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La fabrique du vivant au salon ICS

La biologie de synthèse est-elle le nouvel eldorado scientifico-industriel ? A découvrir au salon ICS du 16 au 18 septembre 2014 à Toulouse

L’Innovation Connecting Show lance son top départ le 16 septembre prochain. Après les financeurs de l’innovation et les champions de l’aéronautique, du spatial ou de l’Internet des Objets, les leaders des biotechnologies et de la biologie de synthèse présents à ICS se laissent eux aussi découvrir en avant-première et dévoilent quelques-uns des secrets de leur stand d’exposition.

Synthèse de nouveaux carburants et de matériaux innovants à forte valeur ajoutée dans le domaine de l’énergie, thérapies plus efficaces notamment en matière de médecine régénérative, création de bactéries capables de dégrader les substances toxiques de l’environnement, développement de bio senseurs pour contrôler la qualité nutritive des sols : les possibilités d’applications industrielles de la biologie de synthèse, qui représentera en 2025 un marché de 1000 milliards de dollars, sont nombreuses. Un potentiel qu’ICS ambitionne de faire connaître à ses visiteurs grâce à la mobilisation de pôles de compétitivité d’envergure, de centres de recherche et de transfert technologique (Toulouse White Biotechnology, CEA Tech, INRA), et d’entreprises à haute valeur ajoutée qui se distinguent dans le paysage européen de l’innovation (Pierre Fabre, Almygen, AB7 Industries…).

A la croisée entre la biologie moléculaire, l’informatique, et la chimie « pour inventer des génomes, obtenir des réactions enzymatiques nouvelles, et créer des cellules capables d’obtenir des activités métaboliques et fonctionnelles inédites » (définition ISO), la biologie de synthèse porte en elle les germes d’innovations prometteuses. "Biocarburants, médicaments, diagnostics, intermédiaires chimiques... La biologie de synthèse part du postulat que l'ingéniérie du vivant sera demain capable de fournir à l'humanité toutes les molécules qui lui sont vitales, avec des superorganismes mieux maitrisés que les OGM. Réalité ou utopie ? Quel que soit l'avenir économique de cette science, il est nécessaire d'en débattre dès aujourd'hui "(Bernadette Bensaude-Vincent). 

Dans leurs laboratoires, des biologistes espèrent aujourd'hui pouvoir "fabriquer la vie". Grâce aux formidables avancées des sciences et des techniques, nous disent-ils, "tout est possible" : en 2014, un chromosome entier d’une levure a ainsi été entièrement synthétisé. Deux nouvelles lettres de l’alphabet du vivant, ces bases azotées qui constituent l’ADN, ont été artificiellement fabriquées et intégrées dans le génome d’une bactérie.

Que ce soit dans l'énergie, la santé ou l'environnement, la biologie synthétique, fer de lance de la 4ème révolution industrielle, fascine par l’étendue de son potentiel. A tel point que les chercheurs et ingénieurs rêvent de pouvoir, demain, fabriquer grâce à elle des matériaux tels que le caoutchouc, le plastique ou le textile.

Biologie de synthèse et applications dans la santé et la dermo-cosmétique à l’honneur à ICS 

Les perspectives d’innovation dans le domaine de la santé sont particulièrement notables, comme l’explique François Roman, cofondateur et membre du comité scientifique d'Almygen, société de recherche sous contrat (CRO) spécialisée dans le développement de protocoles in vivo pour les traitements de maladies neurodégénératives telles qu’Alzheimer ou encore le syndrome de Parkinson. Un enjeu important, à l’heure où l’Organisation Mondiale de la Santé estime à 35,6 millions le nombre de personnes atteintes de démences, dont 60 à 70 % directement concernées par la maladie d’Alzheimer.

Exposant à l’Innovation Connecting Show, le laboratoire présentera notamment sa technique innovante pour tester des molécules et permettre à la recherche d'avancer à pas de géant : « Nous reproduisons chez l'animal des pathologies humaines affectant le système nerveux central, telles que la maladie d’Alzheimer, afin d’accélérer la mise au point de médicaments efficaces. Par exemple, dans le cas de la maladie d’Alzheimer, on induit un processus neurodégénératif chez la souris par injection dans le cerveau d’agents toxiques identiques à ceux identifiés dans le cerveau des malades et que l’on suppose, au moins en partie, déclencheurs de la maladie. Ce modèle animal permet de tester rapidement l’effet de produits médicamenteux ou compléments alimentaires et d'aider à la mise au point de nouvelles stratégies pour lutter contre la maladie, qui touche aujourd’hui 900 000 personnes en France », indique François Roman.

Côté dermo-cosmétique, le potentiel de la biologie de synthèse est tout aussi élevé. Avec une croissance de 4,8 % en 2013, le marché mondial de la dermo-cosmétique représente aujourd’hui un chiffre d’affaires d’environ 11 milliards d’euros. Champions européens de la dermo-cosmétique, les laboratoires Pierre Fabre ont, eux aussi, répondu présents à l’Innovation Connecting Show. Chimie verte, biotechnologies et clônage d’anti-corps par exemple, production de principes actifs… Ils y mettront en avant leurs activités stratégiques en matière de dermo-cosmétique.
Parmi elles, la « botanical expertise », toute nouvelle démarche de recherche de pointe sur les plantes, qui croise les expertises de botanistes, d’agronomes, de biologistes et de pharmaciens. Labellisée au niveau européen, elle a notamment pour but de développer des actifs végétaux, de la phase de recherche sur les plantes à leur mise en culture. « C'est la première fois que nous présentons ce label en salon. Nos laboratoires travaillent sur les plantes, de la recherche de l'actif végétal à l'élaboration du médicament. Ce label garantit le même taux d'actifs dans tous nos produits », expose Jean Lagoutte, coordinateur groupe des relations pharmaciens et professions de santé chez Pierre Fabre. Plus de 140 extraits sont inscrits à ce jour dans cette démarche, soit 60 % des actifs végétaux utilisés par le laboratoire.

De manière plus générale, les biotechnologies connaissent aujourd’hui de nombreux débouchés. Le succès d’AB7 Industries, spécialisé dans les technologies des polymères actifs, est la preuve de ce potentiel de diversification. « Les polymères, ce sont, en mots très simples, des supports qui permettent de stocker et de véhiculer des principes actifs, c’est-à-dire des molécules ou des produits vivants que l’on souhaite diffuser sur une cible précise donnée », indique René Chelle, président de la société. « Les usages de ces technologies sont multiples. Sur le plan de la médecine vétérinaire, les polymères permettent la fabrication de colliers ou de patchs insecticides. Ils trouvent également leur place en cosmétologie avec l’élaboration de produits d’amaigrissement, de produits anti-douleurs applicables sur la peau, ou encore de bracelets pour lutter contre les agressions de moustiques et d'insectes divers», poursuit-il.

La société développe par ailleurs des innovations dans le domaine de l’agriculture : « Les principes actifs que nous concevons, ainsi chargés et véhiculés via ces polymères, atteignent directement les végétaux (feuilles, racines, etc...) en augmentant leur efficacité et leur durée d'action. L'utilisation des actifs naturels est bien entendu prioritaire ». Forte de cette expertise et d’une équipe de R&D de vingt personnes sur un effectif total de 105 collaborateurs, AB7 poursuit son rythme de croisière, avec une croissance annuelle de son chiffre d’affaires oscillant autour de 15 % en moyenne.

La biologie de synthèse, un cadre légal à construire : une thématique discutée à ICS en conférence de haut niveau

Pour Huimin Zhao, spécialiste de la biologie synthétique à l’Université d’Illinois, « la biologie synthétique est le futur des biotechnologies. Elle permet de créer délibérément de nouveaux systèmes et organismes biologiques -ou de les améliorer- en s'appuyant sur les travaux de biologistes, chimistes, physiciens et ingénieurs. Nous sommes donc vraiment dans la pluridisciplinarité et la transversalité ».
Néanmoins, et comme le souligne le ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche, « le défi crucial est de créer les conditions pour que les avancées de la biologie de synthèse s’opèrent résolument dans un climat de confiance citoyenne et d’innovation manifestement responsable ».

Un enjeu crucial qu’abordera, le 17 septembre à 14h au Congrès de l’Innovation d’ICS, Huimin Zhao, dans le cadre d’une conférence modérée par Pierre Monsan, ambassadeur des « biotechnologies blanches ». Il évoquera les défis et les avantages de la biologie synthétique et présentera deux récents projets élaborés par son équipe : l'un sur la biosynthèse de produits naturels pour la découverte et le développement de médicaments, l'autre sur la biochimie dans le cadre de la production économique de produits chimiques et de carburants.
Cette conférence sera suivie d'une table ronde, à 15h15 avec notamment Paul Colonna, Délégué scientifique Développement durable de l’INRA et professeur au Collège de France, ou encore Vincent Schächter, Vice-président Recherche et développement au sein de la division « Nouvelles Energies » de TOTAL.

(Source : Cabinet Giesbert & Associés - 5 sept 2014)

www.ics-show.com

- Lire "Fabriquer le vivant ?" de Miguel Benasayag et Pierre-Henri Gouyon - Ed. La Découverte - 2012
- Lire "Fabriquer la vie" de Dorothée Benoit-Browaeys et Bernadette Bensaude-Vincent - Ed. du Seuil - 2011
- Cf. Observatoire de la biologie de synthèse créé en 2012 
- Cf. Rapport sur les enjeux de la biologie de synthèse de Geneviève Fioraso - 2012