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L’essor international de la FrenchTech

Le 22 octobre 2014 avaient lieu trois événements reliés de près ou de loin à l’initiative fédératrice de la FrenchTech :
- Les Rencontres Internationales de la FrenchTech organisées par UbiFrance et l’AFII.
- La pose symbolique de la première pierre de 1000 Startups à la Halle Freyssinet, le plus grand incubateur au monde lancé par Xavier Niel, et en présence du Président de la République.
- L’événement CES Unveiled de Paris présentant en avant-première quelques startups françaises qui lanceront leur produit au CES de Las Vegas en janvier 2015.

Le point commun de ces trois événements était de mettre en valeur la dimension internationale de nos startups et de notre écosystème d’innovation numériques. Le premier événement, explicitement destiné à partager les bonnes pratiques des entreprises innovantes à l’international, le second créant une première mondiale avec le plus grand incubateur au monde, faisant de Paris une place remarquable et remarquée en matière d’entrepreneuriat, et le dernier illustrant un développement sans précédent des startups dans le secteur des loisirs numériques et des objets connectés. Au point de faire de l’ombre à tous les pays européens présents au CES !

Cela faisait plaisir à voir. Entrain, dynamisme, et aussi de nombreuses innovations au rendez-vous aussi bien côté startups qu’au niveau de l’écosystème, avec 1000 Startups.

Je vais ici reprendre chacun des trois événements et ensuite les relier entre eux par un fil conducteur qui a démarré il y a quelques années déjà sur l’internationalisation de l’écosystème français des startups.

Rencontres Internationales de la FrenchTech

Cette conférence n’est pas nouvelle, seul le nom l’est. Il s’agissait avant des Rencontres Internationales du Numérique ’Ubifrance. J’ai eu l’occasion de faire le compte-rendu de l’édition 2010 de cette conférence. A l’époque, le UbiFrance “bashing” était plutôt légion chez les startups. Elles se plaignaient d’une offre de services peu adaptée à leurs besoins. Ce bashing a baissé de plusieurs tons depuis. UbiFrance s’occupe bien mieux des startups aujourd’hui et en coordination avec les pôles de compétitivité et autres structures de l’écosystème numérique français.

Cette conférence sponsorisée par des entreprises privées (IBM, BNP Parisbas, Air France, Microsoft, …) est l’occasion de croiser et d’entendre à la fois les responsables d’Ubifrance dans de nombreuses régions du monde et des entrepreneurs qui se sont implantés à l’international. Les trophées de l’international du numérique de l’IE Club organisés depuis une dizaine d’année mettaient ici en valeur 17 PME innovantes, très souvent peu connues
Photo : Lionel Baraban (Famoco) . Lionel Barbaran de Famoco, l'un des lauréats des Trophées de l'International du Numérique de l'IE Club annoncés lors des Rencontres Internationales de la Frenchtech organisée par UbiFrance le 22 octobre 2014 à Paris. La société commercialise un lecteur NFC sécurisé tournant sous Android.

Les “best practices” fusaient de toute part. C’est un des rares endroits où en une journée, on peut apprendre énormément de choses sur les opportunités qui existent dans chaque région du monde et comment les aborder. Comme Ubifrance est implanté un peu partout dans le monde, ils ont tendance à vouloir systématiquement rappeler qu’il ne faut pas penser qu’aux USA dans son développement international.

L’une des tables rondes les plus marquantes concernait l’Asie, animée par Alexandre Zapolsky de Linagora et de la commission internationale de Syntec Numérique. Elle rappelait l’attractivité de ce continent, dans la lignée de quelques observations faites lors de mon récent passage à Tokyo : il y a en belle place à prendre en Asie pour les entreprises françaises. Qu’il s’agisse de la Chine, de Taïwan, de la Corée du Sud ou du Japon.

Jean-Marie Giraudon de SSL Europa expliquait ainsi comment il avait, après deux ans d’investissements et de patience, pu pénétrer le marché chinois avec ses solutions de sécurisation et de signature électronique. En plus de la Chine, la société est aussi implantée au Vietnam et en Australie. Advanced Track & Trace. Expérience similaire avec Jean-Pierre Massicot de Advanced Track & Trace qui est aussi implanté en Chine et va y déployer un système de traçabilité alimentaire en partenariat avec la société chinois Wan Cheng. Netgem, le spécialiste des box TV d’opérateurs, s’est implanté à Singapour pour à la fois gérer son plus gros client, Telstra en Australie, ses fournisseurs à Taïwan, et gagner de nouveaux clients, comme au Sri Lanka.

Les clés de la réussite dans les différents pays ont été évoquées. Exemple avec le Japon, un pays friand en innovations où il faut savoir se différentier, respecter les coutumes et les normes locales et, un peu comme en Chine, savoir faire appel à des intermédiaires locaux pour créer une relation de confiance. Il y avait aussi une belle intervention de Bruno Bonnell, dans un robot de téléprésence Awabot alors qu’il était à Lyon, expliquant de manière très synthétique les différences clés entre les différents pays d’Asie (lenteur au Japon, rapidité en Corée, etc).

David Monteau rappelait dans la conférence Ubifrance les trois objectifs de la French Tech qu’il coordonne avec Clara Deletraz à Bercy : labelliser les métropoles, développer l’offre d’incubation et d’accélération privée et surtout, renforcer l’attractivité internationale de l’écosystème français des startups. En clair, surtout aider les entreprises françaises à exporter. Ce dernier point, très étroitement relié au premier, est le plus important pour développer l’écosystème. Le marché des startups est généralement le monde. S’il ne l’est pas, leur croissance n’ira pas bien loin. David Monteau insistait aussi sur l’aspect collaboratif de la FrenchTech. Son organisation l’illustre bien : ils ne sont que deux à Bercy pour la coordonner. Ils s’appuient sur Bpifrance pour gérer le budget de 215 millions d’Euros ventilés à 200 m€ dans le financement en fonds propres d’incubateurs, accélérateurs et fablabs et à 15 m€ pour la dimension communication internationale.

Hervé Schrick de Xange Private Exity et de l’AFIC (Association Française des Investisseurs pour la Croissance) indiquait que le potentiel de développement international est l’un des principaux critères de décision d’investissement dans une startup.

Gaël Duval a annoncé la réédition de la conférence “French Touch Festival” de New York de juin dernier. La prochaine édition aura lieu les 22 et 23 octobre 2015. L’objectif sera notamment d’y attirer plus d’investisseurs, médias et intervenants américains de l’écosystème de l’innovation du coin.

Paul-Francois Fournier de Bpifrance rappelait que le succès de la banque publique d’investissement passera par l’international. Il en profitait pour mettre en avant la création récente du pass FrenchTech qui vise à simplifier l’accès aux différents services publics pour les startups de forte croissance. La sélection des startups est gérée par les pôles de compétitivité et en collaboration avec la Coface, l’INPI, Bpifrance, Ubifrance et les investisseurs. Je participe à l’un des comités de sélection de startups chez Cap Digital, ce qui me donne un point d’observation intéressant.

Axelle Lemaire, Secrétaire d’Etat au numérique, clôturait la matinée en se félicitant du dynamisme de la FrenchTech et en rappelant quelques mesures clés qui vont contribuer à la faire rayonner à l’international, et notamment le visa entrepreneurs en cours de création.
Photo : Axelle Lemaire Muriel Penicaud et équipe SponsorLive (12).jpg. Axelle Lemaire et Muriel Pénicaud (Ubifrance) donnent de leur personne pour faire la promotion de Sponsorlive, une des entreprises exportatrices intervenantes dans la conférence Ubifrance.

Je n’ai pas assisté à toute la conférence, étant parti pour les deux autres événements de la journée. Elle se poursuivait l’après-midi avec trois tables rondes : sur l’export en Europe (UK, Allemagne, Russie), sur le financement du développement international et sur l’export dans d’autres zones et notamment l’Inde et l’Afrique. Elle se terminait avec la projection du film “We love entrepreneurs” réalisé par Frenchweb. Le lendemain, les PME et startups pouvaient rencontrer les experts d’Ubifrance pour étudier leurs projets de développement international. Cette conférence annuelle est un des rares endroits où les startups peuvent apprendre des choses concrètes pour se développer à l’international ! D’où son succès grandissant.

Second événement marquant de cette semaine, la pose symbolique de la première pierre de la Halle Freyssinet par Xavier Niel, François Hollande et Anne Hidalgo.

En guise de première pierre, il s’agissait de trois logos bleus imprimés en 3D par les équipes de l’Usine IO, le fablab le plus avancé de la région parisienne, installé à deux pas de la Halle Freyssinet et qui sera aussi en charge de la création du fablab intégré à la Halle. Normal, vu que Xavier Niel est l’un des principaux investisseurs dans l’Usine IO ! (cf quelques photos du lieu).

Beaucoup de personnalités étaient présentes à cet événement, et notamment Axelle Lemaire et Fleur Pellerin, un grand nombre d’entrepreneurs, notamment parmi ceux qui ont été financés par Xavier Niel directement ou via son fonds Kima Ventures, les fondateurs et des élèves de l’école 42, une autre des initiatives de Xavier Niel, Jacques-Antoine Granjon (qui, avec Xavier Niel et Marc Simoncini, est à l’origine de la création de l’EEMI, une école qui forme aux métiers du web), l’architecte Jean-Michel Wilmotte et son équipe, Jean-Louis Missika (Maire-Adjoint de Paris en charge de l’urbanisme et de l’innovation), etc. A lui tout seul, Xavier Niel a créé un véritable écosystème entrepreneurial qui démarre dans l’enseignement, se poursuit dans le financement et couvrira avec 1000 Startups les phases d’amorçage et d’incubation des startups.
Photo : François Hollande (14).jp. L'intervention de François Hollande à l'occasion de la pose des trois premières pierres symboliques de 1000 Startups, imprimées e3D FDM par l'usine IO. Le président a rappelé que l'inventeur du béton précontraint était corrézien !

Dans leurs discours respectifs, Xavier Niel, Anne Hidalgo et François Hollande (discours du Président) ont réaffirmé la place de Paris comme plaque tournante de l’innovation, sur le fait que la France était un pays où il faisait bon d’entreprendre. Hollande a insisté sur l’absence de contradiction entre l’installation d’un incubateur tourné vers le futur dans un bâtiment classé monument historique !

Quid de la “dernière pierre” ? C’est prévu pour fin 2016 sachant que les chantiers de BTP ont des délais voisins de ceux du développement logiciel : imprévisibles et très élastiques, comme les coûts d’ailleurs ! Pour certains, il serait préférable que l’inauguration ait lieu avant mai 2017. En attendant, on peut visualiser la simulation 3D réalisé par l’architecte Jean-Michel Wilmotte.

Photo : Halle Freyssinet (5).jpg
Vide aujourd'hui, la Halle Freyssinet sera à partir de 2017 un point focal de l'écosystème parisien des startups.
Côté communication, avec l’école 42 et cet incubateur en construction, Xavier Niel a lancé une offensive salutaire et positive sur l’écosystème entrepreneurial français, qui, semble-t-il, commence à avoir de l’impact outre-Atlantique. Petit à petit, la France commence à être prise au sérieux. Même s’il y a encore beaucoup de chemin à faire !

On met évidemment sous le tapis en pareille circonstance les sempiternels écueils de l’environnement entrepreneurial français : le code du travail, la complexité administrative, le coût du travail (qui est à relativiser dans les startups, notamment du fait du Crédit Impôt Recherche) et la fiscalité de l’investissement (qui au demeurant n’est pas si mauvaise que cela). Comme si on laissait le MEDEF s’en charger car cela concerne toutes les entreprises et pas juste les startups !

Lire la suite : Olivier Ezratty - Blog Opinions Libres