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Santéisme & soin de soi : le corps et la vie à l’épreuve des nouvelles technologies

technosciences

Les technosciences comme la génomique, les nanotechnologies et les technologies digitales sont promues comme réponses à un « besoin social » : améliorer la santé de tous. Toutefois on peut interroger leur rôle dans la valorisation de la santé dans nos sociétés. Dans quelle mesure les dispositifs de quantification de soi, la télémédecine (e-santé), les tests génétiques en ligne ou encore la médecine personnalisée contribuent-ils à faire de la santé une valeur prioritaire dans nos sociétés ?

Se déroulait ce week-end à Lille la 89e session des Semaines sociales de France sur le thème de « L’homme et les technosciences », où philosophes, théologiens ou responsables politiques ont débattu des chances mais aussi des risques engendrés par les nouvelles technologies. Sans nier l’aspect positif de beaucoup de ces nouvelles technologies déjà présentes dans notre vie quotidienne, les Semaines sociales se sont interrogées tout au long du week-end sur les rapports entre les technosciences et l’homme. 

Si le concept de « biomédicalisation » est aujourd’hui courant, le terme plus ancien de « santéisme » (healthism) paraît néanmoins plus adapté afin de dresser une cartographie de l’expansion des pratiques et des savoirs médicaux centrés autour de l’individu. L’analyse du vivant au niveau moléculaire, la miniaturisation des appareils diagnostiques et l’utilisation des technologies numériques intensifient et accélèrent la production, la circulation et l’utilisation de données de santé, reconfigurant ainsi le rapport entre médecine et société. La négociation, voire l’appropriation des technologies et des savoirs dits médicaux par les individus, soit au sein soit à l’extérieur des institutions médicales, ouvrent des zones-frontières d’expertise, suscitent des pratiques-limites entre médecine et soin de soi d’où résulte une multiplicité de figures du patient à la croisée des techniques, des procédures et des plateformes biomédicales.

Bernadette Bensaude-Vincent, Professeur de philosophie à l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Directrice du CETCOPRA (Centre d’Études des Techniques, des Connaissances et des Pratiques), et Philippe Bardy, enseignant-chercheur à l’université Paris Descartes (Paris Sorbonne Cité), organisent une conférence les 12 et 13 décembre 2014 de 9h à 16h30 sur ce thème. Gérard Dubey professeur de sociologie à l’Institut Mines Télécom (École de Management), Justine laurent, chercheuse junior dans l’équipe de recherche Chemical Youth, dirigée par Anita Hardon (Université d’Amsterdam), et Mauro Turrini, chercheur post-doctorant “Marie Curie” au sein du laboratoire CETCOPRA de l’Université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne, font partie du Comité d'organisation pour interroger les valeurs qui émergent avec ces nouvelles figures du patient ainsi que les imaginaires et les utopies qui les accompagnent :
- comment les nouvelles technologies, par-delà leur visée d’autonomisation technique, favorisent-elles l’émergence d’un patient informé et auto-responsabilisé (“self-empowered patient”) ?
- Quelles figures du corps, du vivant et de la santé façonnent-elles ?
- Quel est leur impact sur la médecine et les politiques de santé publique actuelles ?

Programme des conférences

Lieux :

- Vendredi 12 décembre : Sorbonne -  Amphithéâtre Sainte-Barbe - 4, rue de la Valette  75005 Paris        
- Samedi 13 décembre  : Sorbonne - Salle “Halbwachs”, 17, rue de la Sorbonne, Escalier C, 1er étage droite - 75005 Paris

- Livre "Le gouvernement des technosciences" de Dominique Pestre - Paris, La Découverte, coll. "Recherches", 2014
- Livre "Les vertiges de la technoscience" de Bernadette Bensaude-Vincent - Paris, La Découverte, coll. "Sciences et Société", 2009
- Livre  "L'heuristique de la peur chez Hans Jonas : Pour une éthique de la responsabilité à l'âge de la technoscience" par Serge-Christian Mboudou - Ed. L'Harmattan, 2010 
- Livre "Technocorps ; la sociologie du corps à l'épreuve des nouvelles technologies" de Brigitte Munier - Ed. Françoise Bourin, coll. "Penser le monde", 2014

Photo : Toile de Keith Haring. Dans ses premières œuvres, l'artiste évoque à plusieurs reprises la menace de la substitution de notre réalité par les nouvelles technologies que sont les écrans (télévision et ordinateur). Il s’inquiète par ailleurs du danger qui pèse sur la créativité et l’individualité face à l’hégémonie technologique.