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Cycle de grandes conférences MuCEM : La peur : Raisons et déraisons

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Le MuCEM appporte une attention toute particulière à sa programmation culturelle, en lien avec ses expositions mais aussi avec l’actualité et les grands débats qui occupent l’espace public.  De février à juin 2015, dans le cadre de son cycle de Grandes Conférences "Pensées du Monde", le MuCEM organise un cycle de rencontres autour de la peur au cours desquelles il s'agira de mieux la comprendre au travers de différents points de vue, pour essayer de la conjurer, voire de la dépasser.

"Car la peur chez les humains ne relève pas seulement du registre de la perception du danger réel, mais aussi de la représentation, de l’image et de l’imagination dont les frontières se déplacent et encourent la confusion des sentiments… " Fethi Benslama, psychanalyste

Le cycle de grandes conférences « Pensées du monde » se poursuit entre février et juin 2015.
« La peur : raisons et déraisons » : il s’agit d’approcher et de mieux comprendre la peur à partir d’une diversité de points de vue. Pourquoi et comment crée-t-on la peur ? Quelles en sont les mises en scène passées et contemporaines ? Et, pour mieux « conjurer la peur » (suivant l’historien Patrick Boucheron qui ouvrira le cycle) voire imaginer la dépasser (avec Jacques Sémelin qui en assurera la clôture), il s’agit de replonger dans l’histoire pour oser aborder le présent.
Conçu en collaboration avec Fethi Benslama, auteur remarqué de L’islam à l’épreuve de la Psychanalyse, le cycle proposé par le MuCEM a été lancé avant les événements parisiens des 7, 8 et 9 janvier. Il prend dans ce contexte, à la fois nouveau et déjà ancien, une autre résonnance.
En partenariat avec Mediapart.

Lire article "La peur" - UP' Magazine

Programme

Jeudi 26 mars : Rencontre avec Ella Shohat

«Saurons-nous composer une autre chanson que l’éternel auto-apitoiement du vieux «le monde entier est contre nous ? Pourrons-nous dépasser les paradigmes narcissiques qui nous rendent aveugles au malheur de ceux que nous avons piétinés sur notre chemin ?
Et pourrons-nous entendre leurs cris, malgré tout ce qui tend à nous rendre sourds ? Laisser tomber nos mécanismes de défense nécessiterait une certaine générosité, et une capacité à écouter. La critique peut aussi être une forme d’amour profond, par lequel la vérité, la réconciliation et la paix peuvent sortir du domaine du rêve.» Extrait de son ouvrage "Le sionisme du point de vue de ses victimes juives", Éditions Hazan, 2006.

Née en 1959 en Israël, de parents irakiens, Ella Shohat vit et enseigne aux États-Unis. Elle se revendique autant juive qu’arabe et a fait de la défense des identités multiples et du multiculturalisme le coeur de son travail. Professeur à l’Université de New York, au département d’études du Moyen-Orient, elle est l’auteur d’une critique du sionisme du point de vue des juifs orientaux et a étudié plus récemment les nouvelles peurs, notamment l’islamophobie, engendrée aux États-Unis par les attentats du 11 Septembre 2001.
Dernier ouvrage paru : Between the Middle East and the Americas : The Cultural Politics of Diaspora, co-direction Evelyn Azeeza Alsultany, The University of Michigan Press, 2013

Jeudi 23 avril : Rencontre avec Idith Zertal

« Les colons font partie intégrante de ce que israël est devenu. ils expriment quelque chose de très profond dans la psyché israélienne, dans ce qui constitue l’identité israélienne : un pessimisme profond avec un optimisme hors de ce monde, messianique ; un mélange de violence et de peur existentielle. »Interview, La Vie, 16 septembre 2013

«Je dois croire, même en des temps si sombres, en la capacité humaine à changer le cours de l’Histoire. Peut-on vraiment continuer cette politique de la peur et de la suspicion contre le monde entier encore longtemps ? Veut-on vraiment retourner dans le ghetto après en être sorti ?»
Interview, Le Monde Benjamin Barthe, janvier 2014

Née en 1945, grandie dans les kibboutz des pionniers, l’historienne israélienne Idith Zertal fait partie de ces « nouveaux historiens » anticonformistes qui ont remis en cause les récits fondateurs de l’Etat d’Israël. Son livre, La Nation et la mort, est devenu un classique. Elle y analyse une « politique de la peur » qui érige la Shoah en « religion laïque ». Rattachée à l’Université hébraïque de Jérusalem, elle enseigne à l’Université de Bâle. 
Dernier ouvrage paru : Les Seigneurs de la Terre. Histoire de la colonisation israélienne des Territoires occupés, avec Akiva Eldar. Traduit par Charlotte Nordmann. Ed. Le Seuil, 2013.

Jeudi 28 mai : Rencontre avec Fehti Benslama

"Je suis en guerre", affirme Fethi Benslama. Et il précise : "Non pas que j’aie  décidé  de  faire  la  guerre, mais que la guerre s’est faite à travers ce que je cherchais et écrivais". La guerre dont parle ici le psychanalyste est celle, visible et spectaculaire du terrorisme islamiste, dont l’actualité l’a rattrapé, et celle, intérieure, d’un sujet qui s’engage, façonné par cette nécessité, qu’il le veuille ou non.
Philosophe et psychanalyste d’origine tunisienne, Fethi Benslama dirige l’UFR des Études Psychanalytiques à l’Université Paris 7-Diderot. Il s’est fait connaître en 1988 en s’engageant pour l’écrivain Salman Rushdie, condamné mondialement par une fatwa. Dès lors, la radicalisation de l’islam a été au coeur de ses combats et de son oeuvre. De La Psychanalyse à l’épreuve de l’islam (2002) à La Guerre des subjectivités (2014), il ne cesse d’analyser, en homme des Lumières, les clivages du sujet musulman.

Son œuvre la plus décisive paraît en 2002 : La Psychanalyse à l’épreuve de l’islam réexamine les sources de l’islamisme radical contemporain à la lumière des impensés des textes fondateurs de la religion de Mahomet : l’altérité féminine, le Dieu du Coran qui n’est pas un père, l’idée même de sujet. Fethi Benslama tente ainsi de poursuivre le travail de Freud sur les monothéismes, qui avait ignoré l’islam. Faire entrer l’islam dans le savoir psychanalytique et inversement, mettre à l’épreuve la psychanalyse en l’appliquant à une autre ère culturelle que celle, européenne et judéo-chrétienne du XIXe siècle, qui l’a vu éclore, c’est, pour cet homme des Lumières, travailler, encore et toujours les relations entre le psychisme et la civilisation.
Face à la cruauté exponentielle du terrorisme islamiste, qu’il analyse comme une auto-des- truction, Fethi Benslama a lancé, en 2005, un appel à l’insoumission, «à l’usage des musul- mans et de ceux qui ne le sont pas» contre toutes les formes de servitude, volontaire ou non, qui ont ouvert la brèche morbide qui ravage le monde «au nom de l’islam». Fethi Benslama, en cela, est un combattant. «Être sujet» est son combat, celui du psychana- lyste, celui du citoyen. Son dernier ouvrage, La guerre des subjectivités qui retrace l’essentiel de son parcours le dit bien : «je m’aperçois, écrit-il, que je n’ai fait que penser à l’intérieur de cette guerre, et que dès le premier écrit, j’en fus partie prenante.»
Dernier ouvrage paru : La Guerre des subjectivités, Ed. Lignes, 2014.

Jeudi 11 juin : Rencontre avec Roberto Scarpinato

«Nul ne peut se permettre de dévoiler les secrets du côté obscène de l’Histoire qu’il a pu entrevoir sans courir le risque d’être écrasé par la réaction compacte et transversale du système tout entier.» Extrait Le retour du Prince, La Contre Allée, 2012

« Poursuivant leurs traces, j’ai pu me rendre compte à maintes reprises que le monde des assassins communiquait, par mille portes tournantes, avec les salons feutrés et insoupçonnables où le pouvoir s’abrite. » Extrait Le retour du Prince, la Contre Allée, 2012

Né en Sicile en 1952, Roberto Scarpinato est le dernier des juges anti-mafia encore vivants. Ancien collaborateur des juges Falcone et Borsellino assassinés en 1992, il est aujourd’hui procureur général auprès du parquet de Palerme et a poursuivi la Cosa Nostra jusqu’à la tête de l’État. Vivant sous escorte policière permanente, il s’est voué à la justice et à la vérité, et voit dans la mafia un « univers mental » corrompu qui menace la démocratie en se nourrissant de ses failles.
Dernier ouvrage paru : Les derniers mots de Falcone et Borsellino, traduit par Antonella Mascali, Ed. La Contre Allée, 2013.

Vendredi 12 juin : Rencontre avec Jacques Sémelin

« Si notre pays s’enfonçait dans une crise économique de plus en plus grave, s’il était harcelé par des attentats terroristes de plus en plus meurtriers (…), il nous faudrait bien trouver des ennemis, pas seulement à l’extérieur de nos frontières mais aussi à l’intérieur et – qui sait ? – dans notre ville ou village, notre rue, notre immeuble (…).
Encore faut-il que, dans un tel contexte, des leaders d’opinion, qu’ils détiennent ou non le pouvoir politique, proposent une lecture de cette situation et affirment « voilà ce qui nous arrive, voici qui est responsable de notre malheur.
Ce sont « eux » qui sont la cause de nos souffrances. Il faut absolument nous en débarrasser. Nous vous promettons qu’ensuite, tout ira mieux. »
Extrait de Purifier et détruire, Le Seuil, 2005

Historien et politologue, directeur de recherche au CNRS (CERI) et professeur à Sciences-Po, Jacques Sémelin a produit une oeuvre mondialement reconnue sur la question des génocides et violences de masse aux XXe et XXIe siècles. Sa formation initiale en psychologie et son engagement auprès des mouvements non-violents de résistance civile dans les années 1970, lui ont permis de développer une approche pluridisciplinaire très précieuse, tant historique que politique et morale. Il est le fondateur d’une encyclopédie internationale en ligne sur les violences de masse.

"Un mot, pour tout dire, domine et illumine nos études : comprendre"

Jacques Sémelin a, depuis longtemps, fait sienne cette profession de foi de l’historien Marc Bloch, écrite peu de temps avant que ce grand Résistant ne soit fusillé par la Gestapo en 1944. Et s’il s’est consacré sans relâche à la compréhension de l’incompréhensible – ce qui peut mener des sociétés humaines au crime de masse –, c’est sûrement par esprit de résistance. Où l’a-t-il puisé ? Il l’évoque dans sa belle autobiographie, J’arrive où je suis étranger : atteint d’une maladie de la rétine qui le condamne peu à peu à la cécité, il a dû se construire « arc-bouté à la fatalité de son destin ». Il entame d’abord des études de psychologie, puis un doctorat d’histoire. Il est ensuite invité à l’Université d’Harvard pour poursuivre ses recherches et rentre enfin en France où il devient chercheur au CNRS et Professeur des Universités en sciences politiques et histoire moderne. Un itinéraire conquis par une résistance morale contre l’aveuglement.

Né en 1951, il découvre adolescent le philosophe italien Lanza del Vasto, le fondateur des Communautés de L’Arche, et se passionne à sa suite pour la non-violence de Gandhi. Les processus de résistance civile au sein des dictatures seront ses premiers sujets de recherche ; et la contestation non-violente, son engagement : en ces effervescentes années post-68, Jacques Sémelin milite au Mouvement pour une alternative non-violente, écrit ses premiers articles dans la revue du Mouvement, rejoint les paysans du Larzac en lutte, lit Ivan Illitch, Bruno Bettelheim, René Girard, Hannah Arendt, fréquente les chrétiens de gauche de la revue Esprit, se rapproche du PSU de Michel Rocard…

La visite du camp d’Auschwitz-Birkenau en 1985 va décider de la nouvelle orientation de son travail : les génocides et crimes de masse du XXe siècle. Les monceaux de cheveux, lunettes, valises des victimes de la Shoah, conservés au Musée du camp, sont peut-être les dernières images du monde que ses yeux ont pu encore capter. De l’historien Léon Poliakov, pionnier en France des études sur la Shoah, rencontré peu après, il conser- vera toute sa vie la mise en garde : « l’événement ayant une multiplicité de causes, il est impossible de connaître LA cause de l’événement ». Entre l’envie de comprendre et la modestie obligatoire, quand la raison ne peut que s’arrêter devant le « trou noir » qu’est le noyau fondamental de la cruauté humaine, ainsi se déploie, inlassablement, l’œuvre de Jacques Sémelin. En 2008, il fonde à Sciences Po, avec de nombreux partenaires internationaux la première encyclopédie en ligne des violences de masse (www. massviolence.org). Comparer pour comprendre la « rationalité délirante » (peur, imaginaires, identités, pouvoirs parnoïaques…) qui mène au pire, est un devoir moral : "non, affirme Jacques Sémelin, le génocide n’est pas « impensable », il est « pensable – trop pensable, malheureusement".

Dernier ouvrage paru : Persécutions et entraides dans la France occupée. Comment 75 % des juifs en France ont échappé à Hitler, Les Arènes/Seuil, 2013.

Lieu : Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée - MuCEM - Entrée J4 - Auditorium Germaine Tillion- 1, Esplanade du 14 - 13 - Marseille
Entrée libre

Jours et heures d’ouverture du MuCEM :

- Hiver (du 1er novembre au 30 avril) : 11h / 18h
- Printemps (du 2 mai au 4 juillet) : 11h / 19h
- Été (du 5 juillet au 31 août) : 9h / 20h
- Automne (du 1er septembre au 31 octobre) : 11h / 19h

Nocturne le vendredi jusqu’à 22h (du 2 mai au 31 octobre). Dernière entrée 45 minutes avant la fermeture du site.
Évacuation des salles d’expositions 30 minutes avant la fermeture du site. Ouvert tous les jours sauf le mardi, le 25 décembre et le 1er mai.
www.mucem.org