Evénements

Accumulations et accélérations : L’emballement du monde

Collège d'études mondiales
La 3ème session du séminaire organisé par Christopher Pollmann, Professeur agrégé de droit public, Université de Lorraine – Metz, et la Fondation de la Maison des sciences de l’homme – Collège d’études mondiales se poursuit en 2017.
« Plus vite, plus haut, plus fort » : au-delà de l’arène olympique, les injonctions à l’accélération et à la croissance régissent nos vies, parfois jusqu’à l’addiction. Si l’augmentation des vitesses et du nombre de produits et services proposés est réelle, en est-il de même des gains de temps et autres avantages attendus ? Une voiture coûte beaucoup de temps de travail, l’autoroute peut être bouchée, les mails sont plus nombreux que les lettres et innombrables sont les objets qui accaparent notre quotidien…
 
Le maître-mot de ce monde, n’est-il pas l’emballement, fruit de ces accumulations et accélérations, tel une boule qui s’agrandit en dévalant la pente ? Cette industrialisation saisit même la culture, à son tour massifiée et rationalisée. La mécanisation de l’existence finit par atteindre la vie et le corps humains : le transhumanisme, en voulant supprimer la mort, ne ettrait-il pas en cause la naissance ?
Ne procurant guère de sens, l’emballement s’étend aux affects. De plus en plus d’individus s’effondrent, n’arrivant plus à satisfaire les exigences imposées. Quelques autres se réfugient dans la violence la plus extrême pour se défouler de leur colère accumulée ; société et politique, en répliquant par l’autoritarisme, voire un désir de vengeance, tendent à nourrir la spirale vicieuse du “toujours plus”.

Accélérations …

Beaucoup de choses s’accélèrent. Nombre de gens voient leur vie s’enfuir et le temps leur manquer… Si l’augmentation des vitesses est réelle, le gain de temps attendu l’est moins. La multiplication des options et l’injonction moderne comme quoi une vie bonne serait une vie bien remplie créent même saturations individuelle et collective. Dès lors, l’individu et la société “hypermodernes” doivent toujours plus mais peuvent sans cesse moins prévoir le futur.
L’accélération peut même générer de la stagnation : Comme le corps humain, lors de son déplacement motorisé, s’immobilise dans des “projectiles”, comme l’individu sommé de foncer peut succomber à cette « pathologie de la liberté » (Alain Ehrenberg) qu’est la dépression, le collectif pressé, par sa dynamisation privée de direction, subit un « enfermement sur le présent » (François Hartog). Cette « inertie fulgurante » (Paul Virilio) crée l’impression d’une fin de la politique en tant que possibilité de façonner l’avenir.
 
Riche en paradoxes, l’accélération est aussi un défi à la recherche : Problème de “vitesse au carré”, elle suscite des simplifications absurdes (telle que l’affirmation courante d’une « accélération du temps ») et fournit un terreau fertile pour des récriminations et des conseils populaires. D’où un cadre chargé d’affects préjudiciables pour un examen désintéressé, lequel doit également tenir compte de phénomènes de décélération. De son côté, la notion de régulation, fondamentalement équivoque, semble reposer sur le mythe du pilotage de la société.
Ce terrain de recherche, complexe et donc prometteur, permet et exige de renouveler la critique sociale et de pratiquer une démarche transdisciplinaire. Ses premiers fruits se situent à la fois dans l’enrichissement des sciences humaines et dans la découverte de jalons pour une “vie bonne”.
 
Inspiré d’une pédagogie interactive, le séminaire 2017 – gratuit et sans inscription – s’adresse à toute personne intéressée et notamment aux étudiants et chercheurs en sciences humaines, en droit et en philosophie.
 
Prochaines dates :
 
27 février 2017 : “Le capitalisme, un système à maximiser les productions et les activités”, avec BERNARD FRIOT, sociologue et économiste, professeur émérite à l’Université Paris-Ouest Nanterre, auteur dePuissances du salariat, La Dispute 2012 (salle du Conseil A)
13 mars 2017 : “Dépression et ‘terrorisme’, le double suicide de sociétés privées de sens”, avec ALAIN BERTHO, professeur d’anthropologie à l’Université de Paris VIII, auteur de Les enfants du chaos. Essai sur le temps des martyrs, La Découverte 2016 (salle du Conseil A)
27 mars 2017 : “La politique sous l’emprise de l’emballement : Cumul des mandats, dérives autoritaires, …”, avec DOMINIQUE ROUSSEAU, professeur de droit public à l’Université de ParisI Panthéon-Sorbonne, auteur de Radicaliser la démocratie : Propositions pour une refondation, Seuil 2015 (salle du Conseil A)
24 avril 2017 : “L’industrialisation de la culture”, avec JAN SPURK, professeur de sociologie à l’Université de Paris V René Descartes, auteur de Contre l’industrie culturelle : Les enjeux de la libération, Éd. Le Bord de l’eau 2016 (54 bd. Raspail)
15 mai 2017 : “La compétition sportive, laboratoire de la vie capitaliste”, avec NICOLAS OBLIN, docteur en sociologie, chercheur à l’Université de Caen, auteur de Sport et capitalisme de l'esprit : Sociologie politique de l'institution sportive, Éd. du Croquant 2009 (54 bd. Raspail)
29 mai 2017 : “Le transhumanisme, stade ultime de la machinisation de l’homme ?”, avec JEAN-MICHEL BESNIER, professeur de philosophie à l’Université de Paris IV-Sorbonne, auteur de Demain les posthumains.  Le futur a-t-il encore besoin de nous ?, Hachette 2009 (54 bd. Raspail)
 
Lieu : Bât. Le France, 190 av. de France, Paris 13e, (Métro Quai de la gare) ; puis 54 bd. Raspail, Paris 6e, (Métro Sèvres-Babylone)