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Symposium international "Manger en ville"

alimentation
"Manger en ville" est le thème du prochain grand symposium international, organisé par la Chaire Unesco Alimentations du monde de Montpellier SupAgro et du Cirad, l’UMR Moisa, l’OCHA, le Centre Edgar Morin de l’Institut Interdisciplinaire d’Anthropologie du Changement (IIAC) les 4, 5 et 6 décembre prochains à Paris.
Le thème « Manger en ville : les styles alimentaires urbains en Afrique, Amérique latine et Asie » veut essayer de comprendre comment les citadins composent avec la diversité de l’offre et des injonctions auxquelles ils sont confrontés : sociales, nutritionnelles, écologiques, religieuses, politiques et/ou économiques, etc. Comment combinent-ils ces multiples références ou au contraire se raccrochent-ils à des modèles plus stricts, et comment l’expriment-ils ? Quelles sont les implications, les risques ou les perspectives politiques, économiques, sociales ou culturelles des dynamiques observées ? Quelles sont les conséquences méthodologiques pour étudier la diversité de ces évolutions ?
 
L’objet de ce symposium est de rendre compte de ce foisonnement pour tenter d’en dégager des lignes de force qui permettent d’éclairer les différents acteurs des systèmes alimentaires. Plus qu’à une analyse de la ration nutritionnelle ou de leur corpulence, on s’intéressera aux pratiques et aux représentations relatives aux approvisionnements, à la gestion de la cuisine, aux repas, à la gestion des déchets, etc., dans le quotidien où pour les événements sociaux. 
L'objectif de la Chaire AdM est d’accroître et de diffuser les connaissances théoriques et empiriques sur les systèmes alimentaires dans le monde (urbains notamment), sur leur diversité, leurs dynamiques et leurs impacts sur l’Homme et l’environnement, dans un objectif de développement durable : amélioration qualitative des diètes alimentaires, réduction des inégalités d’accès à l’alimentation, itinéraires techniques de production et logistique optimisés, limitation du gaspillage alimentaire et recyclage des déchets, filières à ancrage territorial, pratiques alimentaires, etc.
 
Regards socio-anthropologiques sur les styles alimentaires urbains en Afrique, Amérique latine et Asie -  Paris, OCHA, 4 & 5 décembre 2017
 
Dans 15 ans, les villes d'Afrique, d'Amérique latine et d'Asie représenteront près de la moitié de la population mondiale et plus de 80 % de la population urbaine. Or on sait très peu de choses sur l'alimentation de ces nouveaux urbains que l'on suppose souvent converger vers un modèle unique, dit « occidental ». Et si ces villes étaient davantage et autre chose que le lieu de l'uniformisation alimentaire mondialisée et de la transition nutritionnelle ? Certes, c'est en ville que s'observe le plus la tendance dominante. Mais, carrefour de populations d'origines diverses, la ville affirme et réinvente les particularismes et constitue le creuset d'innovations éclatantes ou sans lendemains.
Aujourd'hui, les tendances dominantes sont à la marchandisation, l'industrialisation et la globalisation des échanges. C'est également le constat d'une évolution de la consommation vers plus de produits animaux, de lipides, de sucres, de produits transformés et moins de cuisine à domicile. D’un point de vue épidémiologique et à l'échelle macro, ces changements sont analysés à travers la notion de « transition nutritionnelle ». Celle-ci est caractérisée par une baisse des maladies infectieuses parallèlement à une augmentation de l’obésité et des maladies non-transmissibles (1) . Parce que les sociétés d’Europe et d’Amérique du Nord ont connu un processus de ce type par le passé, et parce que les acteurs industriels qui dominent l’industrie agricole et agroalimentaire sont issus de ces sociétés, certains assimilent ces changements à une « occidentalisation » des régimes alimentaires (2) .
À des échelles d’analyse plus fines, celles des pratiques et des représentations alimentaires (autrement dit des « styles alimentaires »), on observe une très grande diversité de situations et de trajectoires. Les produits locaux ne sont pas marginalisés. Des milliers d'entreprises, souvent à petite échelle, les valorisent et les adaptent aux contraintes et aux goûts des citadins. Cuisinier(e)s et restaurateurs inventent de nouveaux mets en combinant des aliments d'origine diverses. Les façons de faire ses courses, de préparer et de prendre ses repas se diversifient et varient selon les moments. Plus qu'en milieu rural, d'où la plupart d'entre eux proviennent, les citadins font face à une offre alimentaire plus variée et à des informations et des prescriptions de multiples origines (familiale, médicale, publicitaire, etc.). Certains mangeurs « pluriels » (3) reconfigurent des pratiques en agençant diverses références selon les repas ou les occasions. Ils naviguent d'un groupe social à l'autre et articulent des savoirs parfois contradictoires. Mais tous les mangeurs ne sont pas égaux face à cette offre diversifiée. Les villes sont le creuset de fortes inégalités sociales et les populations les plus pauvres connaissent des situations d'insécurité alimentaire inédites où ce qui pose problème est la qualité de la nourriture plus que sa quantité.
 
À l'opposé de pratiques flexibles, d'autres mangeurs adoptent des comportements plus rigides et défendent des positions normatives plus radicales. Ils s'appuient sur des références « traditionnelles » ou exogènes, religieuses ou non, contestant parfois les pratiques d'autres sociétés. L'alimentation des villes d'Afrique, d'Amérique latine et d'Asie apparaît ainsi tiraillée par des mouvements contradictoires, subissant et inventant en même temps des « modernités » alimentaires. 
 
(1) Popkin B. M. (1999). Urbanization, lifestyle changes and the nutrition transition. World development, 27(11): 1905-1916.
(2) Pingali P. (2007). Westernization of Asian diets and the transformation of food systems: Implications for research and policy. Food policy, 323 : 281-298.
(3) Corbeau J.P. (2003). Le mangeur pluriel. In Collectif d'auteurs. Le mangeur du XXIème siècle. Les aliments, le goût, la cuisine et la table. Actes du colloque international de Dijon. Dijon, Educagri Editions et ANCR, pp. 43-58.
 
Les deux premiers jours de ce symposium, ouverts à un public scientifique sur inscription, mettront en discussion les résultats d’enquêtes de terrain dans les villes africaines, asiatiques et latino-américaines menées par des socio-anthropologues de ces villes ayant répondu à un appel à communication.
Le symposium est ouvert à d’autres chercheurs de ces disciplines sur demande.
Lieu : Maison du lait/Cniel - 42 Rue de Châteaudun, 75009
 
Ce symposium sera suivi par une journée largement ouverte à public élargi aux acteurs des systèmes alimentaires (pouvoirs publics, ONG, entreprises, médias) sur inscription qui aura lieu le 06 décembre au siège de l’UNESCO à Paris. La matinée sera consacrée à un colloque sur la défiance vis-à-vis de la science, des politiques et des industries dans le domaine de l’alimentation. L'après-midi permettra de présenter et mettre en discussion une synthèse des présentations et discussions des 04 et 05 décembre
 
Défiance durable ? Paris, Unesco, 6 décembre 2017
 
Dans de nombreux pays, la question de la confiance et de la défiance a pris une acuité considérable : on note un déclin sinon un effondrement de la confiance consentie au politique et à l’Etat, aux media, aux institutions en général, aux grandes entreprises et à leurs marques. Or en matière d’alimentation, la méfiance est ancienne et même inhérente à la condition d’omnivore. En outre, diverses crises de sécurité sanitaire se sont succédé depuis les années soixante-dix, aggravant cette méfiance, au point de la transformer en défiance. La charge de la preuve est comme inversée : il convient de se méfier a priori, jusqu’à preuve du contraire.
Dans la perception des consommateurs, l’agriculture intensive et l’alimentation de masse sont pointées comme responsables d’une perte de sens du manger. Dans le contexte récent, d’autres dimensions se sont ajoutées à ces perceptions. C’est d’abord la montée des périls écologiques : pollutions, climat, atteintes à la biodiversité, épuisement des ressources, bactéries multirésistantes, etc. C’est aussi la question du rapport homme-animal, dont l’émergence en France est plus tardive qu’ailleurs mais d’autant plus aiguë. Dès lors, peut-il y avoir une alimentation durable avec une telle tendance à la défiance ?
 
Inscriptions sur :
 
Ce symposium est organisé par la Chaire Unesco Alimentations du monde de Montpellier SupAgro et du Cirad, l'UMR Moisa, l'Observatoire CNIEL des Habitudes Alimentaires (OCHA), le Centre Edgar Morin de l'Institut Interdisciplinaire d'Anthropologie du Contemporain (IIAC). Avec le soutien de la Fondation Daniel  et Nina Carasso et en partenariat avec Danone.
 
 
Dans le cadre du Mastère « Innovations et politiques pour une alimentation durable » (IPAD) de Montpellier SupAgro et du Cirad, la Chaire Unesco Alimentations du monde organise un séminaire de formation. Chaque séance de 09h30 à 12h00.
Mercredi 11 octobre 2017 : Benoît DAVIRON (CIRAD) : « Du solaire au minier, une histoire de la place de l’agriculture dans le développement »
Jeudi 12 octobre : Bruno HÉRAULT et Julia GASSIE (Centre d’études et de prospective du ministère de l’Agriculture) : « MOND’Alim 2030 : un regard prospectif sur la mondialisation des systèmes alimentaires »
Jeudi 19 octobre : Nicolas BRICAS (CIRAD, Chaire UNESCO Alimentations du monde) : « Alimentation durable : enjeux et initiatives »
Vendredi 20 octobre : Pierre-Henri GOUYON (Muséum national d’histoire naturelle) : « Agriculture et biodiversité »
Jeudi 26 octobre : Sophie THOYER (Montpellier SupAgro) : « Politique agricole commune : une réforme impossible ? »
Vendredi 27 octobre : Fanny PUJO-SAUSSET (Secours Catholique-Caritas France) : « Lutter contre la précarité alimentaire ».