Evénements

Théorie critique des crises contemporaines : invariants épistémologiques et nouvelles perspectives

centre culturel de Cerisy
Le Centre culturel international de Cerisy, dirigé par Edith Heurgon, organise un colloque de 7 jours, du 6 au 13 juin 2018, sur le thème "Théorie critique des crises contemporaines : invariants épistémologiques et nouvelles perspectives". Ce colloque se consacre à l’étude de la Théorie critique, non seulement du capitalisme, de la rationalité instrumentale, de la société administrée, de la culture de masse, mais aussi de la crise, généralisée et permanente qui définit si bien la société contemporaine.
 
Le colloque, sous la direction de Frédérick Lemarchand et Patrick Vassort, abordera des thèmes multiples allant des crises technoscientifiques et écologiques jusqu’à celles de la valeur et du travail en passant par celles de la culture, de la connaissance et du politique sans limiter le champ des réflexions aux auteurs et aux textes les plus classiques de cette Théorie.
 
L'on souhaite, de la sorte, redéfinir collectivement les contours et l’avenir d’une Théorie critique indispensable au vivre ensemble, tout en en constituant un vaste panorama conceptuel et documentaire. Si la crise contemporaine concerne également la pensée, il faut veiller à ce que la crise de la pensée n’interdise pas une pensée de la crise.
Avec le concours de la revue Illusio, référencée par l’International Consortium for Critical Theorie Programs et avec le soutien du Laboratoire CERREV (Université de Caen Normandie).
 
Centre culturel international de Cerisy

Programme

 
Mercredi 6 juin
Après-midi:
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée:
Présentation du Centre, du colloque et des participants

Jeudi 7 juinÉducation et Politique
Matin:
Comment peut-on penser l’éducation après Auschwitz?
Modérateur: Anselm JAPPE

Florent PERRIER: Penser l’utopie après Auschwitz avec Miguel Abensour

Après-midi:
Modérateur: Christophe DAVID
Véronique NAHOUM-GRAPPE: Éducation et migrations
Philippe GODARD: Éducation, migrations, désillusion et... refus de parvenir?

Modérateur: Nicolas OBLIN
Marc CHATELLIER: Entre angoisse, déni et fétichisme, la disparition de l’institution comme tiers structurant au sein de l’École
Tristan POULLAOUEC: Regrets d’école. Le report des aspirations scolaires dans les familles populaires

Table ronde, animée par Cédric BIAGINI

Soirée:
Jazz

Vendredi 8 juinÉcologie, politique, anthropocène et post-humain
Matin:
Écologie, politique, anthropocène et post-humain: quelle articulation?
Modérateur: Frédérick LEMARCHAND
Jean-Paul DELÉAGE: Écologie et politique
Louise VANDELAC: Écocide et anthropocide: l’échappée du monde, de sa mise en mots et de sa mise en sens [visioconférence]

Après-midi:
Modérateur: Frédéric NAUDON
Estelle DELÉAGE: De l’oubli des paysans à la frénésie technicienne
Alain GRAS: Le piège électrique, la transition énergétique n’aura pas lieu

Modérateur: À préciser
Émilie GAILLARD: Apports et perspectives ouvertes par un droit des générations futures pour faire face aux crises environnementales et bioéthique
Michelle DOBRÉ: L’écologie et l’environnement face au développement numérique

Table ronde, animée par Frédérick LEMARCHAND

Soirée:
Lecture/débat "Avant Première", Revue Illusio, Enfance, Extrait d’un inédit de Theodor Adorno (Ed. BDL, Sept. 2018)

Samedi 9 juin Dialectique de la Raison
Matin:
Processus de production et critique de la valeur: quelle dialectique?
Modérateur: À préciser

Gérard RAULET: Le débat sur la réification dans la théorie critique contemporaine
Anselm JAPPE: Travail et domination

Après-midi:
Modérateur: Fabien LEBRUN
Christophe DAVID: De la fronde à la bombe: Benjamin et Anders face aux progrès des technologies guerrières
Cédric BIAGINI: L'emprise numérique

Table ronde, animée par Florent PERRIER

Soirée:
Lecture/débat "Avant Première", Extrait de S. Grünig, "Ivan Illich: pour une ville conviviale?" (Ed. BDL, Sept. 2018)

Dimanche 10 juin
Matin:
Traversée à pied de la baie du Mont-Saint-Michel

Après-midi:
Exposés des doctorants du Cerrev

Soirée:
Théorie Critique et Édition(s), par Samuel BADAUD

Lundi 11 juinSexualisation - Sexuation - Domination et répression
Matin:
Civilisation: sublimation ou répression de la sexualité: quelle dialectique?
Modérateur: Patrick VASSORT
Jorge NÓVOA: Une théorie critique des "nouvelles" formes de domination du capital en Amérique latine: le cas du Brésil
Marc BERDET: Éduquer après la dictature. Se souvenir des futurs perdus d’Amérique latine

Après-midi:
Modérateur: Marc CHATELLIER
Olivier VOIROL: L'amour à l'ère du capitalisme numérique
Ronan DAVID: Dialectique de la différenciation des sexes

Modérateur: Fabien LEBRUN
Nicolas OBLIN: Le sport: une forme historique d’esthétisation politique du transhumanisme
Patrick VASSORT: Sport et domination

Table ronde, animée par Gérard BRICHE

Soirée:
Lecture/débat "Avant Première", Extrait de la Correspondance Adorno - Kracauer (Ed. BDL, Sept. 2018)

Mardi 12 juinProcessus de production et critique de la valeur
Matin:
Technique et idéologie du progrès: quelle dialectique?
Modérateur: Marc CHATELLIER
Gérard RABINOVITCH: Dans l'ombre des Lumières
Benoît BOHY-BUNEL: Kant ou les Lumières de la valeur

Après-midi:
Modérateur: David RONAN
Soleni BISCOUTO FRESSATO: Le peuple brésilien entre informations, divertissement et aliénation. Les images spectaculaires du Réseau Globo de Télévision
Fabien LEBRUN: Techno-capitalisme et destructivité: du massacre de masse en cours au Congo (RDC), déterminé par le secteur high tech

Modérateur: Olivier VOIROL
Gérard BRICHE: Temps de travail, temps libre: temps compté
Jan SPURK: Encore du progrès...?

Table ronde, animée par Marc BERDET

Soirée:
Débat sur alimentation et génie génétique, par Gilles-Éric SÉRALNI

Mercredi 13 juin La Théorie Critique : au XXIe siècle?
Matin:
Invariants épistémologiques et nouvelles perspectives conceptuelles
Modérateur: Olivier VOIROL

Katia GENEL: Progrès et pathologies dans la théorie critique
Patrick VASSORT - Collectif Illusio: En guise de perspectives

Après-midi:
DÉPARTS
 

Résumés des interventions et bio-bibliographies

 
Marc BERDET : Éduquer après la dictature. Se souvenir des futurs perdus d’Amérique latine
Cette intervention vise à élaborer une théorie matérialiste de la mémoire, inspirée par Walter Benjamin, qui, en guidant nos regards sur les "lieux de mémoire" en Amérique latine, en particulier au Chili et au Brésil, puisse servir de boussole critique pour aborder des manifestations culturelles de la mémoire collective. Nombre de musées ou parcs de la mémoire et autres anciens lieux de torture transformés en sites d’hommage et de recueillement suivent une narration tantôt linéaire, tantôt rédemptrice, pour dénoncer la violation passée des droits de l’homme et célébrer l’État de droit présent. Ce "devoir de mémoire" exercé dans des "lieux de mémoire" pour édifier le public, est pris dans les filets d’une narration préétablie qui le simplifie et l’immobilise. Nous avons ainsi l’impression que la mémoire est un acte volontaire et conscient. Or, on pourrait penser des espaces de réminiscence d’où surgissent des matériaux du passé qui viennent bousculer notre vision présente, dramatisée ou idéalisée, et, par conséquent, notre présent lui-même. Au lieu de fixer notre attention dans un acte volontaire de remémoration, on peut se laisser surprendre par un passé mobile et multiple dans un acte involontaire de réminiscence. La madeleine de Proust, les trouvailles de Benjamin, le montage de Guzmán sont trois manifestations différentes d’un même phénomène : la mémoire involontaire, qui ne fait pas seulement surgir un passé oublié mais aussi un passé qui n’a simplement pas eu lieu, tissé de désirs et de tensions vers l’avenir. D’une conception idéaliste à une autre matérialiste, il ne s’agit donc non seulement de ne pas oublier ce qui s’est passé pour éviter que cela advienne de nouveau, mais aussi de se rappeler ce qui ne s’est pas passé pour qu’à l’avenir cela ait des chances de se réaliser.

Marc Berdet est chercheur et enseignant à l’Université de São Paulo (USP), docteur de l’Université Paris 1 Panthéon Sorbonne (Cetcopra). Après différents séjours de recherche et d'enseignement en Allemagne, au Mexique et au Chili, il travaille actuellement au Brésil sur le problème de la mémoire collective et de la culture démocratique dans les pays d’Amérique latine qui ont souffert de dictatures civiles-militaires.
Publications:
Fantasmagories du capital. L’invention de la ville-marchandise, Paris, La Découverte, collection "Zones", 2013.
Walter Benjamin. La passion dialectique, Paris, Armand Colin, 2014.
Le chiffonnier de Paris. Walter Benjamin et les fantasmagories, Paris, Vrin, collection "Matière étrangère", 2015.

Cédric BIAGINI : L'emprise numérique
Les nouvelles technologies recomposent le monde selon leur propre logique, celle de la performance et de l’efficacité. Elles renforcent le règne de la compétition et l’exigence d’aller toujours plus vite, de se mobiliser intégralement pour son entreprise et sur les " réseaux sociaux ", d’être capable de s’adapter à toutes les évolutions technoculturelles, sous peine d’être exclu. L’homme numérique croit avoir trouvé l’autonomie en se débarrassant des pesanteurs du vieux monde matériel. " Enfin libre ! ", dit-il, alors qu’au contraire, il dépend de plus en plus de dispositifs technoscientifiques. Pour rester dans la course et tenter de maîtriser un réel qui lui échappe, il multiplie les machines. Mais ce sont elles qui désormais le possèdent.

Cédric Biagini anime les éditions L'échappée et contribue au journal La Décroissance.
Publications:
L'Emprise numérique, L'échappée, 2012.
L'Assassinat des livres par ceux qui œuvrent à la dématérialisation du monde, L'échappée, 2015.
Aux origines de la décroissance, avec P. Thiesset et D. Murray, L'échappée, 2017.

Soleni BISCOUTO FRESSATO : Le peuple brésilien entre informations, divertissement et aliénation. Les images spectaculaires du Réseau Globo de Télévision
Depuis l'invention du cinéma et plus fortement avec la diffusion de la télévision, les sociétés se forment et s'informent à base d'images en mouvement. Actuellement, ces images sont, dans la plus grande majorité, des représentations plus que complices du néolibéralisme et du capital fictif. Elles sont la traduction la plus spectaculaire de l'industrie culturelle et fusionnent d’une façon permanente, l'information avec le divertissement. Elles deviennent facteur d'identification, d'influence et de formation des subjectivités ainsi que d’aliénation. Ce sont des images révélatrices d'une société en crise, non seulement économique et politique, mais surtout, englobant les consciences et aussi l'inconscient d’une grande partie de la population brésilienne. Au Brésil, ces images sont produites et diffusées de façon hégémonique par le Réseau Globo de Télévision, la première grande entreprise de télédiffusion dans le pays et la deuxième plus grande au monde. Depuis sa fondation en 1965, la Globo favorise un remaniement systémique entre information et loisir, entre réalité et fiction.

Soleni Biscouto Fressato est docteure en sociologie, chercheuse au Groupe de Recherche Oficina Cinema-História (Université Fédérale de Bahia) et rédactrice en chef de Culture et Cinéma de la Revue O Olho da História (www.oolhodahistoria.ufba.br). Auteure de Caipira oui, moldu non. Représentations de la culture populaire dans le cinéma de Mazzaropi (EDUFBA, 2011) et deLe "miroir magique" des feuilletons (images spectaculaires remplaçant la réalité) (sous presse). Auteure et organisatrice, avec Jorge Nóvoa et Kristian Feigelson, de Cinématographe. Un regard sur l'histoire (EDUFBA, EDUNESP, 2009) et, avec Jorge Nóvoa, de Regards sensibles : les beautés des villes et ces barbaries (Prismas, 2018).

Benoît BOHY-BUNEL : Kant ou les Lumières de la valeur
Il s'agira de revenir sur l'un de mes essais dans lequel je propose une critique matérialiste et sociale de la Critique de la raison pure. Une relecture de Marx, Lukacs, Sohn-Rethel et Bergson, permettra de confronter une théorie critique et une critique des sciences modernes à ce texte fondateur de la philosophie moderne. En particulier, la division entre un certain travail intellectuel spécifiquement moderne et une praxis dépossédée fera problème.

Benoît Bohy-Bunel est professeur de philosophie certifié, théoricien critique à la Wertkritik et militant communiste libertaire.
Bibliographie:
Kant, Critique de la raison pure.
Marx, Capital.
Bergson, Essai sur les données immédiates de la conscience.
Sohn Rethel, Travail intellectuel et travail manuel.
Lukacs, Histoire et conscience de classe.

Gérard BRICHE
Professeur de philosophie et d’esthétique à l’École Nationale d’Arts de Dunkerque-Tourcoing. Membre du Groupe français de la "Nouvelle critique de la valeur".
Publications:
La Grande dévalorisation: pourquoi la spéculation et la dette de l’État ne sont pas les causes de la crise (de N. Trenckel et E. Lohoff) - (Trad. sous la dir. G. Briche), Inter-éditions, 2014.
Éloge du vandalisme: comment être artiste après la fin de l'art, Gruissan, Éditions ESA-Publi.net, 2014.
"Ce qu’il reste de la politique", in Revue Lignes, n°41, ("Quête"), mai 2012-mai 2013.

Marc CHATELLIER : Entre angoisse, déni et fétichisme, la disparition de l’institution comme tiers structurant au sein de l’École
La notion de lutte pour la reconnaissance — telle que la pose Axel Honneth — apparaît comme le point aveugle des relations complexes qu’entretiennent entre eux les processus de domination, réification et émancipation. L’auteur a abordé successivement — et à des époques différentes — les trois concepts, pour essayer d’identifier les mécanismes qui, dans le capitalisme contemporain, empêchent les êtres humains d’accéder à la réalisation de soi. Quels sont les rapports qu’entretiennent les notions de réification et de reconnaissance dans la pensée de Honneth, au sein d’une théorie sociale ? Et davantage dans les processus éducatifs institués ? Ce sont les mécanismes intersubjectifs de socialisation et de constitution de la personnalité qui définissent le besoin d’humanité de l’homme et la gravité des blessures que lui inflige le mode de vie moderne. Le primat de l’Autre, tel qu’il a été mis en évidence sur le plan de la psychologie sociale donne toute sa portée à la réification : "si l’Autre ne me regarde pas comme une personne digne de considération, je ne suis pas seulement frustré de la reconnaissance à laquelle j’ai droit, je suis aussi empêché de me constituer comme personne à mes propres yeux, je n’existe pas comme Sujet". Dès lors dans un ensemble d'institutions éducatives en crises — où le sujet (maître/élève) vacille entre souffrance au travail et difficultés d'apprentissage — nous examinerons comment la réification prend un triple visage: entre angoisse, déni et fétichisme, et montrerons comment seul un retour à l'institution — au sens du  tiers structurant — peut permettre de déployer une reconnaissance intersubjective non morbide.

Marc Chatellier est Professeur des écoles spécialisé en ZEP, docteur en Sciences de l’Éducation (2000 - CREN EA2661) et doctorant en philosophie (2014-2018 - CAPHI EA2136) de l'Université de Nantes, membre du Comité de rédaction de la revueIllusio.
Publications:
Freud à l’École, de la résistance des sujets aux sujets de la résistance, Lormont, Bord de l’Eau, 2017.
"La critique de la valeur comme renversement épistémologique des sociétés dites libérales", in Revue LESTAMP, Actes du colloque "Le mal aux limites des sciences sociales", Nantes, Éditions LESTAMP, Juin 2016.
"Le concept de reconnaissance en sciences sociales", in Revue Pratiques, n°73, "Subjectif objectif, l’inextricable", Paris, Mai 2016.
"Entre Performance et Équité Sociale: l'école face aux paradoxes du paradigme de la reconnaissance", in Actes du Colloque International Reconnaissance et Critique Sociale, Nantes - Septembre 2015, ENS Éditions, à paraître.

Christophe DAVID : De la fronde à la bombe: Benjamin et Anders face aux progrès des technologies guerrières
La réflexion sur le progrès des technologies guerrières a été une des lignes de force de la déconstruction de l’idéologie du Progrès, qui avait accompagné la Révolution industrielle, par la première génération de la Théorie critique. Déchiffrant le dernier conflit mondial en date, imaginant le suivant, Walter Benjamin et Günther Anders ont travaillé à mettre en place une conception de l’Histoire dont ce n’est plus le Progrès mais la Catastrophe qui décide du sens. "Aucune histoire universelle ne conduit du sauvage à l'humanité civilisée, mais il y en a très probablement une qui conduit de la fronde à la bombe atomique", écrivait Adorno dans Dialectique négative. Cette intervention se propose d’éclairer la contribution de Benjamin et d’Anders à cette philosophie de l’Histoire qui "conduit de la fronde à la bombe atomique".

Christophe David est maître de conférences en philosophie à l’Université Rennes 2. Traducteur de Benjamin, Anders et Adorno, il leur a consacré de nombreux articles et a co-organisé avec Florent Perrier un colloque sur la Théorie esthétique d’Adorno à l’Université Rennes 2 en octobre 2016.

Ronan DAVID
Ronan David, docteur en sociologie à l’Université de Caen Normandie et membre du comité de rédaction de la revue Illusio, s’intéresse, dans le cadre de ses recherches, à l’étude des processus de réification, de domination à l’œuvre dans la différenciation des sexes, l’éducation, le sport.
Publications:
Jouer le monde. Critique de l’assimilation du sport au jeu (avec Nicolas Oblin), Lormont, Le Bord de l’Eau, 2017.
Le Sport contre les femmes, Lormont, Le Bord de l’Eau, 2015.

Estelle DELÉAGE : De l’oubli des paysans à la frénésie technicienne
La poursuite du déploiement de la rationalité technicienne dans l’agriculture interroge aujourd’hui, à nouveaux frais, notre rapport à la technique et à la nature. La frénésie technicienne à l’œuvre dans l’agriculture (développement de la méthanisation industrielle, culture de plantes génétiquement modifiées, utilisation de robots, etc.) annonce-t-elle le stade ultime de l’oubli des paysans ? Les résistances paysannes auront-elles raison de cette démesure ?

Estelle Deléage est agronome et maître de conférences en sociologie à l’Université de Caen Normandie. Elle est rédactrice en chef de la revue Écologie & Politique.
Publications:
Agricultures à l’épreuve de la modernisation, Paris, Quae, 2013.
Ravages productivistes, résistances paysannes, Lormont, Bord de l'Eau, 2013.
Paysans. De la parcelle à la planète, Paris, Syllepse, 2004.

Jean-Paul DELÉAGE
Professeur honoraire de l’Université d’Orléans, physicien et historien des sciences, il a enseigné à l'Université Paris 7 - Denis Diderot. Ses intérêts et ses recherches se sont focalisés sur les éléments fondamentaux, écologiques et sociologiques, de ce qu'il est désormais convenu de désigner comme la crise de l'environnement.
Publications:
Croissance, emploi et développement (sous la dir.), Paris, La Découverte, 2013.
La Biosphère, notre terre vivante, Paris, Gallimard, 2001.
Histoire de l'écologie: une science de l'homme et de la nature, Paris, La Découverte, 1991.

Michelle DOBRÉ
Professeur des universités à l’Université de Caen Normandie, sociologue. Ses recherches sont orientées vers l’écologie politique.
Publications :
La Face cachée du numérique. L’impact environnemental des nouvelles technologies (avec F. Flipo et M. Michot), Paris, L’Échappée, 2013.
Consommer autrement. La réforme écologique des modes de vie (avec S. Juan sous la dir.), Paris, L’Harmattan, 2009.

Émilie GAILLARD : Apports et perspectives ouvertes par un droit des générations futures pour faire face aux crises environnementales et bioéthique
Intégrer la finitude en droit est devenu un impératif particulièrement nécessaire à notre temps. Le droit n’a pas su empêcher l’avènement de l’Anthropocène et est actuellement pris de vitesse par la question du transhumanisme. Il est devenu impératif de remonter aux fondements philosophiques du droit, d’enrichir la matrice temporelle du droit de sorte que les générations futures prennent chair de droit. De nouveaux principes juridiques tels que ceux de non-discrimination temporelle, de dignité des générations futures ou encore d’intégrité de l’espèce humaine pourraient voir le jour. Ainsi, tant la protection des équilibres du vivant, de la planète que l’infime protection de la condition humaine de l’Humanité pourraient être protégés en droit. Leur traduction sous forme de droits de l’homme transgénérationnels, voire de crimes permettrait de renouveler l’effectivité du droit face à ses crises.

Émilie Gaillard, maître de conférences en droit privé à l’Université de Caen Normandie, enseigne le droit international de l’environnement et des droits de l’homme à Sc. Po. Rennes. Ses écrits accompagnent le changement de paradigme que nécessite la protection juridique des générations futures, tant en théorie générale que dans la mise en œuvre de ce nouveau droit. Ses écrits portent sur les droits de l’homme des générations futures, la démocratie transgénérationnelle, les crimes et dommages transgénérationnels.
Publication :
Générations futures et droit privé. Vers un droit des générations futures (éd. LGDJ 2011, 673p), thèse primée par l’Académie des Sciences Morales et Politiques en 2010.

Katia GENEL : Progrès et pathologies dans la théorie critique
En comparaison avec le scepticisme des premiers théoriciens critiques, notamment Benjamin, Adorno et Horkheimer, on peut constater une certaine résurgence de l’idée de progrès dans les versions récentes de la théorie critique (Habermas et Honneth). Cette idée accompagne une pensée en termes de maladie de la société qui a toujours été présente dans la tradition de Francfort mais prend un sens nouveau avec l’inflation de la référence à la pathologie. Il s’agira ici d’explorer cette métaphore médicale afin de saisir plus précisément la nature du progrès évoqué et d’expliciter la philosophie de l’histoire qui sous-tend ces théories sociales. La référence à la santé et à la maladie vient-elle se substituer à la référence au progrès ? La théorie critique peut-elle se passer d’une telle référence ?

Katia Genel, maîtresse de conférences en philosophie allemande à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, est actuellement en délégation au Centre Marc Bloch à Berlin.
Publications :
Autorité et émancipation. Horkheimer et la Théorie critique, Paris, Payot, 2013.
Hannah Arendt. L'expérience de la liberté, Paris, Belin, 2016.
Ainsi que des articles sur l’Ecole de Francfort et sur la sociologie et la philosophie françaises et allemandes contemporaines.

Philippe GODARD : Éducation, migrations, désillusion et... refus de parvenir?
Dans un monde qui vit une mutation formidable, dans lequel l’État abandonne au secteur privé la totalité de ses rapports positifs avec ses citoyens, la place réservée par la nation à son système éducatif constitue un bon indicateur du niveau de totalitarisme. A fortiori si l’on évalue la place que le système éducatif réserve aux migrants, actuels ou "historiques". La désillusion est au rendez-vous, et, à son tour, elle se révèle un indicateur... du niveau des luttes : la désillusion n’est que l’aveu de notre peur de la libération. Au-delà de l’aspect humanitaire qui invite à accueillir toute personne cherchant un refuge, nous questionnons les motivations des uns et des autres, des "accueillants" comme des migrants. Ce qui est recherché par les premiers comme par les seconds ne semble pas aller dans le sens de l’émancipation. Trop d’acteurs tentent en effet, malgré les conditions socioculturelles et économiques, de parvenir dans ce monde-ci. Ils oublient qu’ils pourraient choisir la voie du refus.

Philippe Godard travaille depuis deux décennies avec des jeunes mal profilés par le système éducatif et qui ont du mal à y trouver leur place (élèves dits décrocheurs, individus "violents" ou dits hyperactifs, et jusqu’aux enfants placés en foyer, souvent discriminés par l’institution). Il est actuellement en train de réaliser un ouvrage avec des enfants placés et leurs éducateurs. Il a mené durant plusieurs années des actions d’éveil aux langues dans des collèges, avec des enfants migrants nouvellement arrivés.
Dernier ouvrage :
Croire ou pas aux complots?, Édition Calicot, 2017.

Alain GRAS : Le piège électrique, la transition énergétique n’aura pas lieu
La fée serait-elle devenue une sorcière? Assurément appuyer sur un bouton procure un sentiment de puissance auquel ne se mêle aucune culpabilité. En réalité, le système technique électricité est rarement pris dans sa totalité, à la fois diverse et fragile. On ne cesse, en effet, au nom de la transition, de vanter les mérites de cette "énergie", un terme foncièrement trompeur dont la propagande "progressiste" abuse. L’électricité n’est qu’un flux, un vecteur qui transporte une puissance, provenant d’une source primaire, à travers des réseaux, parfois à très longue distance. La transition ne peut s’affranchir d’une prise de conscience que globalement le flux électrique apparemment immatériel fait partie, selon le mot bien choisi de Bruno Latour, du Terrestre. Les COP 21+n sur le CO2 ne seront que des bavardages de politiciens et technocrates, qui resteront inefficaces sans une mise en cause de la croissance et de notre mode de vie. Le piège électrique risque ainsi de se refermer sur un monde qui retourne à l’énergie du XIXe siècle.

Alain Gras est socio-anthropologue des techniques, professeur émérite, UFR de Philosophie, Uté Paris 1. Fondateur du Centre d’Étude des Techniques, des Connaissances et des Pratiques (CETCOPRA), Paris 1, actuellement dirigé par Thierry Pillon, après Bernadette Bensaude.
Publications:
OIL, anthropologie du pétrole, B2, 2016.
Le choix du feu, Fayard, 2007.
Fragilité de la puissance, Fayard, 2003.

Anselm JAPPE : Travail et domination
Selon la vulgate marxiste, le travail — considéré comme identique à l’éternel "métabolisme humain avec la nature" — a toujours été "dominé" par le capital, ou, pour le dire encore plus directement, les travailleurs ont été dominés par les capitalistes. Cependant, une autre lecture de Marx amène à voir que travail et capital sont deux stades de la même transformation de l’énergie humaine en valeur qui s’accumule en capital qui redevient travail. La spécificité du capitalisme ne consiste pas dans le phénomène de l’exploitation, mais dans le rôle spécifique du travail qui y constitue le lien social, au lieu d’être déterminé par d’autres formes de lien social. Une perspective d’émancipation ne peut alors consister dans l’émancipation du travail vis-à-vis du capital, mais dans le dépassement du travail lui-même et de sa double nature, abstraite et concrète. Ce qui domine vraiment la société marchande ne sont pas des personnes, mais le "sujet automate": la valorisation de la valeur à travers l’absorption de travail vivant.

Docteur en philosophie, professeur d’esthétique à l'École d'art de Frosinone et l’Université de Tours, familier des auteurs de l'École de Francfort, Anselm Jappe tente dans ses écrits de renouveler la théorie critique par une nouvelle lecture de l'œuvre de Karl Marx, au sein du courant français de la "Nouvelle critique de la valeur".
Publications:
La société autophage, Paris, La Découverte, 2017.
Crédit à mort: la décomposition du capitalisme et ses critiques, Clamecy, Éditions Lignes, 2011.
L’Avant-garde inacceptable. Réflexions sur Guy Debord, Éditions Lignes, 2004.
Les Aventures de la marchandise, pour une nouvelle critique de la valeur, Paris, Éditions Denoël, 2003, rééd. La Découverte, 2017.
Guy Debord, Paris, Éditions Denoël, 2001.

Fabien LEBRUN : Techno-capitalisme et destructivité: du massacre de masse en cours au Congo (RDC), déterminé par le secteur high tech
La détermination guerrière du capitalisme numérique est une réalité depuis vingt ans dans un silence médiatique révoltant. Une guerre interminable se déroule effectivement en République Démocratique du Congo (RDC), causée entre autres par l’industrie numérique qui y pille les minerais indispensables à la fabrication des gadgets électroniques envahissant notre quotidien (téléphones portables, ordinateurs, etc.). Ainsi, c’est l’extractivisme névrotique et l’exploitation des ressources naturelles sur lesquels il faut se pencher afin de comprendre la matérialité de nos vies occidentales virtualisées. Il faut remonter le circuit de la mondialisation économique, repartir à la base de la chaîne produisant les marchandises technologiques par milliards, jusqu’à leur composition en métaux, eux-mêmes produits à partir de matières premières et exposer où, comment, dans quelles conditions, pour qui cela est possible et avec quelles conséquences. Seront abordés, à partir de cette exploitation illégale du sous-sol congolais, l’institutionnalisation du crime, les conditions de travail épouvantables dans les mines, le saccage environnemental, les multiples conflits se traduisant par des millions de morts et des centaines de milliers de viols, la responsabilité indéniable du secteur high tech.

Fabien Lebrun, docteur en sociologie et membre du collectif Illusio, a notamment coordonné les quatre volumes de la revueIllusio consacrés à la Théorie critique de la crise.
Publications :
"Vers la convergence homme-machine et société-machine ou le techno-capitalisme comme nouveau stade du sujet automate", inL’Homme et la société, à paraître en 2018 (avec Paul-Fabien Groud).
"Le Congo (RDC): un génocide au XXIe siècle? D’un massacre de masse déterminé par l’industrie numérique", in Illusio, n°16-17, Le Bord de l’eau, 2017.
"Crime institutionnalisé : un désastre social, culturel et politique", préface à Wolfgang Pohrt, Sociologie du crime politique. L’être humain à l’époque de son utilité, Le Bord de l’eau, 2013 (avec Nicolas Oblin).
Footafric. Coupe du monde, capitalisme, néocolonialisme, L’Échappée, 2010 (avec Ronan David et Patrick Vassort).

Frédérick LEMARCHAND
Maitre de conférences en sociologie à l’Université de Caen Normandie. Codirecteur du Pôle Risques de la Maison de la recherche en sciences humaines de Caen. Dans l’héritage de la théorie critique, il travaille depuis quinze ans sur les aspects fondamentaux des sociétés technoscientifiques (crises du nucléaire, de la vache folle, OGM...).
Publications :
"Le nucléaire, une technologie insoutenable", in Revue L'Économie Politique, n°72, Paris, 2016.
"Pour dépasser le concept de risque", in Du risque à la menace (sous la direction de D. Bourg, P.-B. Joly et A. Kaufmann), colloque de Cerisy, Paris, PUF, 2013.
Les silences de Tchernobyl (avec G. Ackerman et G. Grandazzi), Paris, Autrement, 2006.

Véronique NAHOUM-GRAPPE
Anthropologue et ethnologue, chercheur à l'EHESS et au Centre Edgar-Morin. Collaboratrice des revues Chimères et Esprit.
Publications :
Vertiges de l'ivresse. Alcool et lien social, Paris, Descartes et Cie, 2010.
Balades politiques, Paris, Les Prairies ordinaires, 2005.
Du rêve de vengeance à la haine politique, Paris, Buchet Chastel, 2003.

Jorge NÓVOA : Une théorie critique des "nouvelles" formes de domination du capital en Amérique Latine: le cas du Brésil
Une difficulté des sciences sociales est de cerner les époques de la modernité qui, pour cause des survivances des structures des périodes précédentes, ont survécu longtemps de façon pré-capitaliste. La globalisation a été progressive et a joué un rôle très important dans des régions colonisées par des États qui ont pris des avancées conduisant à l’industrialisation. L’Amérique Latine a vécu toutes les formes de la dialectique "rupture et continuité". La crise actuelle exige la critique des théories qui cherchent à expliquer les rapports dominations/subordinations à partir des idéologies du progrès, de la croissance, du développement, avec des concepts tels que sous-développement, dépendance, impérialisme, centre-périphérie, etc., afin d'élaborer une théorie critique capable de cerner les groupes sociaux qui subissent ses relations réelles. Le Brésil fait partie de cette totalité sous la domination du capital fictif. Son rôle leader dans le BRICS et la politique pós-Dilma tracent deux lignes qui font revenir un phénomène né à l’époque coloniale : la relation entre les élites dominantes des espaces colonisés et celle des régions des États colonisateurs dominants. L’étape actuelle propage dans tous les coins du monde la logique marchande dominée par la valeur fictive. Celle-ci "recrute" des fractions avancées, comme à la période de l’accumulation coloniale, ce qui remet en cause toute velléité de développement du dit "État national souverain". Le juridique prend le devant de la scène pour réorganiser cette nouvelle domination.

Jorge Nóvoa est professeur titulaire à l'Université Fédérale de Bahia, Professor Invité de Paris III - Sorbonne (Département du Cinéma et de l'Audiovisuel), Coordinateur du Groupe de Recherche Oficina Cinéma-Histoire, Rédacteur en chef de la Revue O OLHO DA HISTÓRIA (www.oolhodahistoria.ufba.br).
Publications :
L'histoire à la dérive: un bilan de fin de siècle, Salvador, EDUFBA, 1993.
Carlos Marighella: l'homme derrière le mythe, São Paulo Editora UNESP, 1999 (avec Cristiane Carvalho da Nova).
Incontournable Marx, São Paulo/Salvador, UNESP/EDUFBA, 2007.
Cinématographe. Un regard sur l'histoire, São Paulo/Salvador, UNESP/EDUFBA, 2009 (avec Soleni Biscouto Fressato et Kristian Feigelson).
Les regards sensibles. Les beautés des villes et ses barbaries, Curitiba, Prismas, 2018 (avec Soleni Biscouto Fressato).

Nicolas OBLIN : Le sport : une forme historique d’esthétisation politique du transhumanisme
Au cours de cette communication, nous interrogerons le rapport au temps et à l’histoire entretenu par l’institution sportive. D’un côté, les mises en scènes spectaculaires organisées par les différentes instances du sport seront analysées comme des éléments importants du déchaînement d’une histoire événementielle masquant les structures profondes de la société (Hartmut Rosa). D’un autre côté, nous montrerons que les finalités de l’institution sportive, qu’il s’agisse de l’établissement des hiérarchies sportives ou de l’établissement de records sont des catalyseurs de l’idée de progrès articulée à une conception de l’histoire "inséparable de celle d’un mouvement dans un temps homogène et vide" (Walter Benjamin). Enfin, nous développerons l’idée selon laquelle ces conceptions de l’histoire et du progrès sont familières des fondements épistémiques, philosophiques et politiques du courant transhumaniste (humanité augmentée). Le sport, avant-garde du déterminisme technoscientifique, n’est, de ce point de vue, qu’une de ces institutions qui offrent aux masses l’occasion de jouir de l’anéantissement politique, culturel, esthétique des individus et des peuples.

Nicolas Oblin est docteur en sociologie de l’Université Paul Valéry Montpellier III, directeur de rédaction de la revue Illusio et enseignant spécialisé auprès de jeunes en grande difficulté scolaire. Il s’intéresse, dans le cadre de ses recherches, à l’étude de la corporéité, de l’institution sportive, ainsi qu’à celle des institutions d’éducation et de formation ; en particulier aux rapports de domination et aux processus de réification qui s’y déploient.
Publications :
Sport et esthétisme nazis, préface de Patrick Vassort, Paris, L’Harmattan, 2002.
La Crise de l’Université française. Traité critique contre une politique de l’anéantissement, préface de Jean-Marie Brohm, Paris, L’Harmattan, 2005 (avec Patrick Vassort).
Sport et capitalisme de l’esprit. Sociologie politique de l’institution sportive, Bellecombe-en-Bauges, Le Croquant, 2009.
Pourquoi nier le mal sportif ?, Lormont, Le Bord de l’eau, 2015.
Jouer le monde. Critique de l’assimilation du sport au jeu, Lormont, Le Bord de l’eau, 2017 (avec Ronan David).

Florent PERRIER : Penser l’utopie après Auschwitz avec Miguel Abensour
Dans son dernier ouvrage publié avant sa disparition, La communauté politique des "tous uns" (Belles Lettres, 2014), Miguel Abensour est revenu sur la difficulté d’envisager la persistance de l’utopie après Auschwitz : qu’en est-il en effet de l’utopie après la catastrophe, comment peut-on même songer à l’utopie? À l’opinion commune, satisfaite de pouvoir disqualifier l’idée qu’un monde meilleur puisse encore être envisagé, Miguel Abensour oppose pourtant "un renversement inattendu de la question": "comme l’ont perçu à des degrés divers Etty Hillesum, Adorno, Levinas, loin de ruiner l’idée d’utopie, cette situation sans précédent aurait pour effet surprenant de faire naître, de susciter une sommation utopique d’un genre nouveau, inédite, inouïe, comme si le désir d’éviter la répétition de la catastrophe ne pouvait s’accomplir que par le choix radical de "l’écart absolu" propre à l’utopie de Charles Fourier" (p. 373). Nous nous proposons d’explorer la fécondité des positions esquissées ici au regard, notamment, de pratiques critiques artistiques contemporaines que l’on cherchera à cerner sous l’espèce de "poches de résistance" actives.

Membre de l’EA 7472 "Pratiques et théories de l’art contemporain" (PTAC), Florent Perrier est maître de conférences en esthétique et théorie de l’art à l’Université Rennes 2, chercheur associé à l’Institut Mémoires de l’édition contemporaine (IMEC) et aux Archives Walter Benjamin de Berlin. Ses travaux portent sur les rapports entre l’art, l’utopie et le politique de l’ère industrielle à l’extrême contemporain, sur l’esthétique et le politique chez Walter Benjamin et sur l’esthétique de la résistance dans les arts contemporains.
Publication :
Topeaugraphies de l’utopie, collection "Critique de la politique", Payot, 2015.

Gérard RABINOVITCH : Dans l'ombre des Lumières
"C’est en Allemagne que se produisit l’explosion de tout ce qui était en train de se développer dans tout le monde occidental sous la forme d’une crise de l’esprit et de la foi" (Karl Jaspers, La Culpabilité allemande). Il faut — dans l’esprit des Lumières mais en correction de celles-ci — en prendre acte: le progrès de l’humain dans l’homme et le progrès des sciences et des techniques ne marchent pas d’un même pas.
L’homme moderne est en état de "carence éthique", comme on dit "carence affective" et "carence alimentaire". "Sans abri spirituel" consignait Siegfried Kracauer. La possibilité d’une civilisation de mort est maintenant devenue quelque chose de tangible.
La Shoah ne constitua pas un "intermède" catastrophique, contingent de la marche de la modernité vers son apogée. Elle ne fut pas non plus une régression conjoncturelle. Pas davantage une embardée de l’Histoire, redressable par quelques corrections dans l’après coup. Ce que nous enseigne son effectivité, avec l’ensemble de tous les éléments et circonstances qui l’ont permise, devrait bien mobiliser notre attention et la mettre en alerte. Car "la nuit s’est ouverte et elle est restée déclose" (Paul Celan).

Gérard Rabinovitch, philosophe et sociologue. Chercheur au CNRS, chercheur associé au CRPMS (Université Denis Diderot), directeur de l’Institut européen Emmanuel Levinas de l’AIU.
Publications récentes :
Terrorisme/Résistance. D’une confusion lexicale à l’époque des sociétés de masse, Éditions Le Bord de l’Eau, 2014.
Somnambules et Terminators. Sur une crise civilisationnelle contemporaine, Éditions Le Bord de l’Eau, 2016.
Leçons de la Shoah, Éditions Canopé (à paraître en 2018).

Gérard RAULET : Le débat sur la réification dans la théorie critique contemporaine
Dans le mouvement général de révision du marxisme orthodoxe, la publication du livre de Lukács Histoire et conscience de classe aux Éditions de Minuit a été un signe important. Elle correspond à une tendance générale à substituer le concept d’aliénation à celui, plus "basique" ou trop ouvriériste, d’exploitation et à ouvrir ainsi de nouvelles perspectives critiques à la pensée socialiste. S’interrogeant en 1998, à l’occasion du 30e anniversaire de Mai 1968, sur "les origines intellectuelles de cette révolution fondatrice [...] de notre "France contemporaine"", Daniel Lindenberg prétendra, non sans raison, qu’Histoire et conscience de classe — "livre maudit du marxisme occidental" — est "(re)devenu la bible du gauchisme" (Daniel Lindenberg, "1968 ou la brèche situationniste", Esprit, n°242, mai 1998, p. 127-140). Cette question est importante — et d’autant plus que, pour la réception de Marcuse, par exemple, elle a constitué un point de fixation idéologique et théorique. Tandis que semblait dominer la vague de l’anti-humanisme — fût-il théorique (Althusser) — un front assez large s’est créé pour défendre la validité herméneutique et même analytique du concept d’aliénation, malgré son appartenance aux écrits du "jeune Marx". J’ai moi-même engagé ma thèse d’État de cette façon, en défendant la possibilité d’un humanisme marxiste utilisant la notion d’aliénation de façon négative, pour appréhender la tendance d’une désaliénation à conquérir. Dans un contexte d’épuisement de la Théorie critique, dans lequel elle peine à maintenir une ligne émancipatrice face à l’idéologie néo-libérale, Axel Honneth a relancé le débat sur Lukács et sur la réification. C’est l’occasion de faire le point sur une catégorie épistémologique qui est et a été tout autant au cœur des crises du marxisme que de sa théorisation des crises depuis les années 1920.

Gérard Raulet, professeur d’histoire des idées allemandes à l’Université Paris-Sorbonne, est  directeur du Groupe de recherche sur la culture de Weimar (Fondation Maison des Sciences de l'Homme & UMR 8138 SIRICE). Direc teur de l'UPRES-A 8004 "Philosophie politique contemporaine" (CNRS / École Normale Supérieure de Lettres et Sciences humaines) de 1999 à 2003, il .a dirigé le programme ANR/DFG CActuS (Critique, Actualité, Société) avec Axel Honneth de 2014 à 2016.
Publications en philosophie politique contemporaine:
Critical Cosmology. Essays on Nations and Globalization, Lanham MD, Lexington Books, 2005.
La philosophie allemande depuis 1945, Paris, Armand Colin, 2006.
Republikanische Legitimität und politische Philosophie heute, Münster, 2012.
Philosophische Anthropologie. Themen und Positionen, Band 2: Philosophische Anthropologie und Politik, Nordhausen, 2013 (dir. en collaboration avec Guillaume Plas).
European Constitutionalism. Historical and Contemporary Perspectives, Bruxelles e.a., 2014 (dir. en collaboration avec Alexandre Dupeyrix).
Wissen in Bewegung.Theoriebildung unter dem Fokus von Entgrenzung und Grenzziehung (dir. en collaboration avec Sarah Schmidt), Berlin, 2014.
Bibliographie complète sur www.weimar.msh-paris.fr et sur www.irice.univ-paris1.fr

Gilles-Éric SÉRALNI
Gilles-Éric Séralni est Professeur de biologie moléculaire, à l’Université de Caen Normandie, membre associé de l'équipe CERREV. Responsable du pôle Recherche Risques, Qualité et Environnement Durable. Membre de l'équipe Estrogènes et Reproduction des Mammifères, laboratoire de biochimie ; sujet de recherche et d'expertise: effets des OGM et des pesticides sur la santé, président du Conseil scientifique du CRIIGEN.
Dernières publications:
Le Sursis de l'espèce humaine, Belfond, 1997, rééd. revue et augmentée sous le titre Nous pouvons nous dépolluer !, Josette Lyon, 2009.
OGM: le vrai débat, Flammarion, collection "Dominos", octobre 2000
L'Évolution de la matière, de la naissance de l'Univers à l'ADN, éditions Pocket, collection "Explora", 1994.

Jan SPURK : Encore du progrès… ?
L’ambiguïté et la perversion du progrès, de l’avancement réalisable et maîtrisable vers une vie meilleure, sont critiquées depuis longtemps et avec des orientations théoriques très différentes.  On doit considérer non seulement les "dégâts du progrès" mais également sa perversion comparée à l’idée libératrice que les Lumières se sont faite du progrès. "Aussi peu l’humanité telle quelle avance suivant les lois de la réclame du toujours-mieux, aussi peu est l’idée du progrès sans l’idée de l’humanité" (Adorno). L’idée de l’humanité a disparu de la conception du progrès basé sur la généralisation de la logique marchande et de la marchandisation. En revanche, "Le progrès signifie la sortie de l’emprise, aussi de l’emprise du progrès, qui est lui-même une nature, grâce à l’humanité réalisant sa propre naturalité" (Adorno). C’est-à-dire que le progrès est à comprendre comme le projet de l’autonomie croissante et de la libération des hommes.

Jan Spurk est sociologue, professeur des Universités à l’Université Paris Descartes, Faculté des Sciences Humaines et Sociales — Sorbonne, responsable du master "Sociétés contemporaines"; études de sociologie à Francfort et à Paris.
Ses champs de recherche sont: théories sociales, théories critiques, subjectivités, espaces publics.
Publications :
Contre l'industrie culturelle. Les enjeux de la libération, Éditions Le Bord de l'Eau, 2016.
Au-delà de la crise ?, Éditions du Croquant, 2016.
Les limites de l'indignation ou la révolution commence-t-elle à Bure?, Éditions du Croquant, 2017.

Louise VANDELAC : Écocide et anthropocide: l’échappée du monde, de sa mise en mots et de sa mise en sens
Au moment où l’avenir s’échappe, comment ralentir, dévier et repenser l’érosion du corps vivant de la planète intrinsèquement liée à l’érosion emmêlée du corps humain, du corps de la pensée et du corps social, pour éviter que le silence lancinant des chants d’oiseaux disparus ne s’impose aussi à la mise en mots du monde? Quelles sont les catégories opératoires conduisant certains à une telle quête effrénée de séduction dévorante et d’autres à un tel mutisme, tous deux emportés par ces délires inconscients nous conduisant hors de nous-même et hors du monde... Nommer, saisir l’instant de pensée au vol, renouer avec ces fils du lien et de la limite qui s’évanouissent dans l’illusion perverse de s’inventer soi-même, enivré par la puissance du marché et de la technique. Au point, désormais, d’y dissoudre y compris l’idée de génération, réduite aux produits de parents 1 et 2, auxquels on a confisqué jusqu’au nom de mère et de père, pour faire de ces enfants les rejetons de la binarité 0-1 d’une intelligence dite artificielle, au service de la montée en puissance d’un posthume post-homme, visant à abolir au nom du règne de la production, catégorie déjà absolète, l’intelligence vive du respect des conditions d’engendrement des êtres et du monde.

Professeure titulaire à l’Institut des sciences de l’environnement et au Département de sociologie de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), Louise Vandelac, directrice du CREPPA, co-directrice de VertigO, chercheure au CINBIOSE, au TITNT, au CRIIGEN, au pôle Risques de la MRSH d’Unicaen, siège à de nombreuses instances publiques. Ses travaux interdisciplinaires et intersectoriels sur les transformations socio-économiques, socio-techniques et politiques des milieux de vie et du vivant, au croisement des enjeux de santé, d’environnement, d’agroalimentaire et de politiques publiques, gratifiés de plusieurs prix (Multidisciplinarité de l’ACFAS, Doctorat honorifique, Cercle des Phénix de l’environnement), convergent notamment vers l’analyse critique des NBIC, du CKTS et du Post-homme.
Publications :
"Des mirages du "Technological Fix" aux exigences d’Écosanté", Colloque conclusif Technique, promesses et utopies: où va la médecine, Collège des Bernardins, 2016.
"De l’homo-oeconomicus au posthume post-homme", Numéro "Humain, transhumain", Revue Approches, Paris 2018.
"Et si l’avenir s’échappait...", Dossier Revue Liberté Art et Politique, n°315, 2017 (en ligne).

Patrick VASSORT
Maître de conférences HDR de l'Université de Caen Normandie. Il est directeur de publication de la revue Illusio.
Publications :
Contre le capitalisme. Banalité du mal, superfluité et masse, Lormont, Le Bord de l'eau, 2013.
L'Homme superflu: Théorie politique de la crise en cours, Le Passager clandestin, 2012.
Le Sport contre la société (avec Clément Hamel et Simon Maillard), Lormont, Le Bord de l'eau, 2012.

Olivier VOIROL
Maître de Conférence à l’Université des Sciences sociales et Politiques de Lausanne, membre du laboratoire de recherche Laboratoire capitalisme, culture et sociétés (Université de Lausanne).
Publications :
"Autour d'Axel Honneth. Reconnaissance et communication", in Revue Réseaux, n°193, Paris, La Découverte, 2015.
"Luttes pour la reconnaissance", in Dictionnaire des mouvements sociaux, Paris, Presses de Sciences Po (P.F.N.S.P.), 2009.
"Axel Honneth et la sociologie: reconnaissance et théorie critique à l'épreuve de la recherche sociale", in La quête de reconnaissance, Paris, La Découverte, 2007.
 
 
Lieu :  Centre culturel international de Cerisy - Le Château, 50210 Cerisy-la-Salle
 
Plus d'informationswww.ccic-cerisy.asso.fr