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Les colloques de Cerisy 2019 : A l'écoute des rumeurs du monde

Cerisy
Les inscriptions aux Colloques de Cerisy 2019 sont ouvertes avec un programme riche et intense ! Face aux désordres du monde qui vient, prendre le temps d'une réflexion collective est essentiel si l'on veut éviter que n'apparaissent les monstres dont parlait Gramsci : "Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres". C’est dans la perspective de construire ensemble des futurs souhaitables que l’édition 2019 propose une lecture selon plusieurs axes.

L'urgence de la question écologique

Dès le 13 mai, "La pensée indisciplinée de la démocratie écologique" sera à l'ordre du jour : une indiscipline qui tient l'intelligence collective comme fabrique de la raison. Programmé avant l'annonce du Grand débat, nul doute que ses enseignements ne soient vivement débattus !
Avec : Loïc BLONDIAUX, Dominique BOURG, Marie-Anne COHENDET, Jean-Michel FOURNIAU.
Argument : Alors qu'il y a peu encore, le principe de "concerter autrement [et de] participer effectivement" semblait acquis à la vie démocratique, l'utilité du débat public est questionnée par différents vents contraires. Le retour du populisme d'une part, la tentation d'un retour à la décision autoritaire d'autre part, contribuent à cette remise en cause. Alors que la création de la Cndp (1995-2002) faisait sens dans un contexte où l'on s'imaginait pacifier les rapports de l'humanité avec la Nature, les potentialités de la délibération démocratique se trouvent confrontées à l'urgence climatique et écologique. C'est une des leçons de Notre-Dame-des-Landes (avec Sivens, Bure, etc.) : la démocratie se définit aussi à partir de conflits et de ruptures qu'exigent aujourd’hui de nouvelles formes de vie plus respectueuse de l'écologie. La démocratie confrontée à de nouveaux défis est toujours à réinventer.
La réflexion collective sur la démocratie écologique ne peut qu'être indisciplinée, une invitation à dépasser les disciplines à travers lesquelles sont pensées la démocratie, ses institutions et la participation. L'indiscipline est aussi un caractère du débat public, qui n'exclut ni ne trie, mais propose l'intelligence collective comme fabrique de la raison. L'indiscipline enfin, parce que les innovations et les formes nouvelles de vies démocratiques émergent en dehors de tout cadre institutionnel et n'en revendiquent pas nécessairement d'autres. La démarche indisciplinée de ce colloque vise une réelle confrontation entre la théorie et sa mise en œuvre dans des pratiques institutionnelles.
 
Faisant l'hypothèse que la transition écologique repose autant sur la capacité des citoyens à modifier leurs styles de vie et à s'organiser collectivement que sur le volontarisme politique, "Humains animaux, nature : quelle éthique des vertus pour le monde qui vient ?" mettra l'accent sur les motivations concrètes des personnes. 
Avec : Gérald HESS, Corine PELLUCHON, Jean-Philippe PIERRON
Argument : L'éthique des vertus met l'accent sur les motivations concrètes des personnes, au lieu de se focaliser sur les normes en se contentant d'énoncer des interdictions et des obligations. Elle aide ainsi à combler l'écart entre la théorie et la pratique qui est particulièrement dramatique à un moment où nombre d'individus comme d'États reconnaissent la réalité du changement climatique mais ne parviennent pas à réorienter les modes de production ni à reconvertir l'économie.
Quelles représentations et quels affects expliquent que l'on puisse avoir du plaisir à consommer autrement ? Quel processus de subjectivation permet de se sentir solidaire des autres vivants et d'acquérir les traits moraux indispensables à la transition écologique qui repose autant sur le volontarisme politique que sur la capacité des citoyens à modifier leurs styles de vie et à s'organiser sur le plan social et politique ? Telles sont les questions qui réuniront des acteurs de la société civile et des chercheurs issus de disciplines différentes (économie, littérature, philosophie, psychologie, science politique, sociologie, théologie).

La nécessité de renouveler nos systèmes de pensée

D'abord par une recherche ouverte sur les relations entre sciences et sociétés. À l'initiative des universités des technologies, la rencontre "Les sciences humaines et sociales en recherche technologique" s'efforcera de relever le défi, à partir de divers terrains (agronomie, design, soin, numérique, transport), du caractère constituant des techniques pour nos sociétés, savoirs ou formes d'expérience. Avec "Sciences, techniques et agricultures", l'on construira de nouveaux espaces de pensée pour la recherche agronomique. Les relations entre "Le hasard, le calcul et la vie" seront examinées au croisement des disciplines (1). Et les psychanalystes, nourris par "L'œuvre de Nathalie Zaltzman", réaffirmeront l'exigence de repenser le travail de la culture, qui s'accomplit par le "psychique dans l'individuel".
 
Ensuite par l'écriture qui sera, comme toujours à Cerisy, au cœur des réflexions avec, pour point d'orgue, "Écrire pour inventer (à partir des travaux de Jean Ricardou)". Avec aussi "Spectres de Mallarmé", transformé dans un mouvement à large spectre de réappropriations entre littérature, arts, et sciences humaines, et "Dumas amoureux", figure emblématique d'une énergie vitale et d'un désir de littérature et d'action qui n'a pas encore été suffisamment étudié. Selon la coutume cerisyenne, nous nous réunirons autour d'un "auteur global", "Alexander Kluge" (dont la Chronique des sentiments comporte plus de 5000 pages), figure de la vie intellectuelle allemande qui incarne un projet de diversité culturelle européen. La stylistique aura toute sa place avec "La négation à l'œuvre dans les textes", tandis que "Raconter l'enquête", s'interrogera sur cette nouvelle forme de récits du XXIe siècle, une autre façon peut-être pour la littérature de concourir au renouvellement de la pensée pour l'action.
 
La littérature et la philosophie occupent de tout temps une place de choix à Cerisy. Et l'on en perçoit de plus en plus l'étonnante capacité d'anticipation, ne serait-ce qu'en mettant en lumière la dimension imaginaire du discours scientifique (2). Avec "La revue Critique" qui recense les ouvrages importants parus en France et à l'étranger dans tous les domaines depuis 1946, nous ferons un examen très fouillé des trois époques principales : celle de Georges Bataille, celle Jean Piel et, à partir de 1996, celle de Philippe Roger. L'on se réunira aussi autour de l'œuvre du philosophe, sociologue, écrivain, photographe, "Jean Baudrillard", qui, en poussant la logique des processus jusqu'à leur point extrême, a eu des intuitions quasi-prophétiques.
 
D'une certaine façon, le colloque "Portraits de pays", contribution essentielle pour (re)présenter des lieux (villes, régions) sous différentes formes (livre, internet, photographie, cinéma, radio, télévision), offre une sorte de passage entre les rencontres littéraires et celles qui s'efforcent de renouveler les systèmes de pensée et d'action.
 
Le renouvellement des systèmes d'action est, en effet, en prolongement de la tradition de Pontigny, un autre axe essentiel du programme. Cerisy, lieu de recherche et d'écriture, présente l'opportunité de rediscuter les conditions de l'agir contemporain (3). D'abord, avec "Entreprise, responsabilité et civilisation : un nouveau cycle est-il possible ?", on élargira la réflexion sur les "entreprises à mission" esquissée en 2013 (4). Avec "Territoires solidaires en commun", troisième colloque sur le(s) commun(s), on questionnera les manières dont les solidarités s'articulent entre les échelles locales, territoriales, mondiales, en combinant l'écologique, le numérique et le démocratique; les territoires seront aussi littéraires, avec un atelier d'écriture poétique et à l'intention des postiers. Enfin, "La pensée aménagiste en France : rénovation complète ?" repensera l'aménagement de l'espace, moins par les territoires et leurs cadres de gestion, qu'à partir des réseaux et de leurs opérateurs, qui seront invités à débattre nombreux de ces questions.
 
La Normandie est, pour Cerisy, un terrain exceptionnel pour mettre à l'épreuve du réel les connaissances scientifiques et les hypothèses prospectives formulées par ses colloques. Et cela de diverses façons. Par l'organisation de rencontres portant sur la région normande ("Les historiens normands aux époques médiévale et moderne") ou de journées traitant de sujets liés à la Normandie (à Saint-Lô et Caen avec "Art, industrie et société au temps de la reconstruction", au lycée Saint-Lô Thère pour "Sciences, techniques et agricultures"). Par des coopérations avec les collégiens de Cerisy (pour "Humains, animaux, nature"), par des rencontres avec des habitants (le moment citoyen proposé à Saint-Lô avec "Art plume" lors de "La démocratie écologique"), des visites d'entreprises (pour "Territoires solidaires en commun") et des promenades (au Mont Saint-Michel ou aux îles Chausey)...
 
Maintenir à Cerisy la diversité des pensées, tenir tous les bouts à la fois, ne pas sombrer dans le catastrophisme, mais adopter, sans idéalisme, un optimisme méthodologique nécessaire à l'action, voici quelques-uns des principes qu'il importe de concilier dans une saison de rencontres et de discussions.
 
En plus de ce programme déjà bien fourni, s'ajoute une rencontre récemment proposée par des amis de la revue Esprit sur une question d'actualité. 

Programme

 
 
Lieu : Centre culturel international de Cerisy  - 2, Le Château - 50210 Cerisy-la-Salle
 
(1) Il fait suite au colloque "Sciences de la vie, sciences de l’information" (2016).
(2) Devise de la collection d'Yves Citton dans laquelle viennent de paraître les actes du colloque Écologies de l’attention et archéologie des media, UGA Éditions (2019), dont on peut lire la présentation ci-dessous.
(3) Comme aime à le rappeler Armand Hatchuel.
(4) Poursuivies avec le collège des Bernardins et intégrées dans la loi PACTE.