ARTS & CULTURE

Les Arts vivants au Musée du quai Branly-Jacques Chirac

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Le théâtre Claude Lévi-Strauss accueille au musée du quai Branly - Jacques Chirac les expressions artistiques vivantes issues des cultures noneuropéennes. Bien au-delà de la représentation d’un patrimoine immatériel figé, il fait entendre et voir des artistes du 21e siècle dont l’héritage culturel se déploie dans un monde contemporain, dialogue avec lui pour donner naissance à des voix singulières et touchantes. A cette occasion, Eko Supriyanto présente Cry Jailolo pour la première fois en France à partir du 18 novembre.
Photo : Eko Supriyanto présente Cry Jailolo © Bernie Ng, courtesy of Esplanade – Theatres on the Bay
 
Cette saison, cinq grands spectacles pour découvrir ces expressions vivantes : de la danse contemporaine ancrée dans les traditions culturelles avec l’initiatique dreaming australien (Ochres) et les hypnotiques danses d’Indonésie (Cry Jailolo), et de la musique, entre les subtils et galvanisants chœurs masculins sud-africains (Phuphuma Love Minus) et l’exploration jubilatoire des racines du blues par trois musiciens majeurs de la scène mondiale (Cross-Border Blues). Pour finir l’année tout en poésie, les délicates marionnettes de lumière du Cambodge (Un Œil, Une Oreille).
Après plusieurs dates mondiales (Australie, Suisse, Allemagne, Belgique, Singapour...), c'est au musée du quai Branly - Jacques Chirac que les danseurs du chorégraphe indonésien Eko Supriyanto, ont décidé de faire une halte pour la première française. Ils animeront les planches du théâtre Claude Lévi-Strauss pour un spectacle plein de vie et de sensibilité qui défend les traditions culturelles dans une danse contemporaine envoûtante.
 
Côté concerts, le maître-mot reste « éclectisme » ! Le théâtre Claude Lévi-Strauss offre chaque mois un voyage musical vif en émotion et fort en découvertes : post-punk congolais des Mbongwana Star, fougue soul de la cubaine Dayme Arocena, syncopes rock de la griote mauritanienne Noura Mint Seymali, rébètiko délicat de Maria Simoglou, beats acidulés des trois sœurs d’A-Wa, ou mélodie pure du oud de Tarek Abdallah…
La programmation s’articule entre cycles de spectacles et concerts uniques du dimanche, dont les billets donnent accès aux collections ou aux expositions, pour une expérience totale du musée.
 
Autour de chaque spectacle, un ensemble d’activités – master class, visites spéciales, ateliers ou projections – prépare ou prolonge l’expérience artistique pour s’ouvrir à de nouveaux horizons culturels. Une nouveauté cette année : les concerts sont programmés un dimanche par mois, à 17h. Ils sont accessibles sur présentation d’un billet d’accès au musée valable le jour du concert (à l’exception du concert du Festival Sons d’hiver du 22/01/2017).

Spectacles vivants

OCHRES - Danse contemporaine - Compagnie Bangarra Dance Theatre/Australie
Du mercredi 05/10 au vendredi 07/10, 20h; samedi 08/10/16, 15h et 20h
 
La compagnie australienne Bangarra, constituée d’Aborigènes et d’indigènes du détroit de Torrès, est une des troupes d’art vivant les plus importantes d’Australie. Elle se caractérise par une danse puissante et instinctive, une présence dramatique singulière, et par ses bandes-son, composées par David Page, qui mêlent musique contemporaine, paroles rituelles, langues anglaise et aborigène.
Ochres est la pièce-phare de la compagnie. Créée en 1994, elle a révélé au monde la singularité de cette troupe qui puise dans ses racines culturelles les lignes de fuite d’une chorégraphie contemporaine.
 
© Photo Zan Wimberley
 
Plus de 20 ans après sa création, c’est au théâtre Claude Lévi-Strauss que la compagnie a choisi de redonner naissance à ce spectacle à l’étranger. Le spectacle est conçu en quatre tableaux : jaune, noir, rouge, blanc, déclinant pour chacune de ces terres colorées le sens spirituel et les fonctions que leur attribuent les peuples aborigènes.
 
Ochres témoigne du fait que l’essence culturelle d’un groupe lui confère sa force, sa capacité à gué- rir et se régénérer, et sa pertinence dans le monde contemporain.
Chorégraphie de Stephen Page et Bernadette Walong-Sene. Chorégraphie traditionnelle par Djakapurra Munyarryun.
 
CRY JAILOLO - Danse contemporaine - Première française Eko Supriyanto/Indonésie
Vendredi 18 / 11, 20h; samedi 19 / 11, 19h; dimanche 20 / 11 / 16, 17h;
Vendredi 25 / 11, 20h; samedi 26 / 11, 19h; dimanche 27 / 11 / 16, 17h
 
Sollicité pour mettre en valeur les danses traditionnelles des Moluques, le chorégraphe indonésien Eko Supriyanto a travaillé durant deux ans avec les membres de la communauté habitant la petite baie de Jailolo, site de plongée sous-marine très prisé mais dont l’écosystème est désormais menacé par l’exploitation touristique et la pêche massive. C’est en collaborant avec 350 jeunes hommes, plongeant et dansant avec eux, observant leurs mouvements et ceux des poissons, qu’il a conçu cette création reflet de sa perception de la vie sous-marine et de la vie sociale de Jailolo.
En modulant l’amplitude, en accélérant le tempodes danses traditionnelles, Supriyanto a créé une pièce contemporaine pour sept danseurs, choisis parmi les 350 jeunes hommes.
Dans cette transcription chorégraphiée de la danse indonésienne Legu Salai du groupe Sahu, le piétinement continu des danseurs imprime à la pièce son rythme régulier et solennel, que viennent rompre des mouvements plus fluides, des formes d’expressions moins rituelles et plus contemporaines.
Les hommes alternent danse à l’unisson, et danse en miroir, reflétant en cela les mouvements des bancs de poissons sur lesquels les danses traditionnelles ont pris modèle. De temps à autre, un danseur se sépare du corps principal des danseurs pour proposer de nouvelles formes, reprises ensuite et développées par le groupe. Au son régulier des frappements de pieds sur le sol, la pièce évolue ainsi de motif en motif, telle une matière organique en perpétuelle mutation.
 
L’intensité et la solidarité qu’expriment ces jeunes hommes évoquent le lien entre l’individu et la collectivité, que la chorégraphie de Supriyanto éclaire avec subtilité dans une création hypnotique et énergique, tempête au ralenti, exercice d’endurance porté par ces jeunes sur leur terrain de jeu.
Spectacle en coproduction avec la Maison des Cultures du Monde dans le cadre du 20e Festival de l’Imaginaire.
 
PHUPHUMA LOVE MINUS - Chœur masculin Isicathamiya - Afrique du Sud
Samedi 25/03, 20h; dimanche 26/03, 17h; jeudi 30/03, 20h; vendredi 31/03, 20h;
samedi 01/04, 20h; dimanche 02/04/17, 17h
 
Sur la pointe des pieds dans leurs chaussures cirées, cintrés dans leurs costumes élégants et gantés de blanc, onze hommes entament la danse lente et feutrée qui accompagne l’isicathamiya. Ce chant a cappella propre à la culture zouloue, où le chœur répond au chant du leader dans une harmonie douce et puissante, est né dans les townships de Johannesburg au siècle dernier.
À l’époque, les travailleurs débarqués des campagnes, logés dans des pensions où ils n’étaient pas autorisés à faire de bruit, ne pouvaient chanter et danser qu’en chuchotant et effleurant le sol.
Aujourd’hui, les compétitions de chœurs enflamment les nuits des quartiers de la capitale, les concurrents étant jugés autant sur leurs capacités vocales que sur l’élégance de leur apparence.
 
Phuphuma Love Minus © Vuyani Feni
 
Le chœur Phuphuma Love Minus, découvert par la chorégraphe sud-africaine Robyn Orlin, qui a conçu en 2009 la pièce Walking next to our shoes… autour de leur performance, porte aujourd’hui à travers le monde la culture populaire de tout un peuple d’ouvriers migrants. L’isicathamiya, qui puise ses influences dans les traditions locales, les chorales chrétiennes et les minstrels shows américains du 19e siècle, est construit sur un système d’appel et réponse entre un soliste ténor et un chœur exclusivement masculin, où les basses sont particulièrement représentées et qui peut compter de 4 à 20 chanteurs. Les chants, principalement interprétés en zoulou, peuvent intégrer certains éléments en anglais.
 
En chantant, les choristes exécutent des gestes fluides et lents, coordonnés avec précision aux mouvements de leurs pieds qui glissent délicatement sur le sol. De cette danse particulière vient le nom d’isicathamiya : la racine zouloue – cathama – voulant dire «marcher furtivement», à la manière d’un chat. Dans les années 1970 et 1980, l’isicathamiya atteignait le faîte de sa popularité sur la scène musicale d’Afrique australe. Paul Simon, qui convia le chœur Ladysmith Black Mambazo pour l’enregistrement du légendaire album Graceland (1986), donna à cette forme une reconnaissance mondiale.
 
SPECIAL JEUNE PUBLIC : UN ŒIL, UNE OREILLE - Marionnettes lumineuses (À partir de 6 ans)
Compagnie L’Aurore/France-Cambodge
Lundi 26/12, 17h30; mardi 27/12, 14h30 et 17h30; mercredi 28/12, 17h30; jeudi 29/12,
17h30; vendredi 30/12/16, 14h30 et 17h30
 
Un Œil et Une Oreille, frère et sœur nés d’un même œuf, sont séparés à leur naissance et doivent affronter le monde avec leurs handicaps : il lui manque un œil, elle n’a qu’une oreille. Pour tenter de se rejoindre, ils n’auront de cesse d’abattre les barrières qui les séparent. Chacun d’entre eux développera une sensibilité particulière et des capacités hors du commun. Un Œil agira sur la matière visuelle et plastique, et Une Oreille sur l’univers sonore et musical.
 
Un OEil, une Oreille © Photo Pierre Planchenault
 
C’est en unissant leurs forces malgré la distance qu’ils pourront grandir et se retrouver… En réinventant la matière pour se rejoindre, les jumeaux séparés vont modeler un monde nouveau, et devenir les astres du jour et de la nuit. Un Œil sera le soleilet Une Oreille la lune.
 
Né de la rencontre artistique de deux compagnies de marionnettes – Kok Thlok, basée au Cambodge, et L’Aurore, en France –, le spectacle tire le meilleur de leurs forces respectives pour renouveler les marionnettes traditionnelles : les poupées de cuir et de papier, éclairées tantôt de l’intérieur, tantôt comme un théâtre d’ombres, se transforment, passant de deux à trois dimensions, et donnent lieu à un nouveau langage plastique et musica.
 
CROSS-BORDER BLUES - Harrison Kennedy/Jean-Jacques Milteau/ Vincent Segal/États-Unis
Jeudi 18/05, 20h; samedi 20/05, 20h;
dimanche 21/05/17, 17h
 
Harrison Kennedy doit sa nationalité canadienne à des aïeuls enfuis des plantations sudistes où ils étaient esclaves. De cet héritage, il a conservé un respect profond des racines du Mississippi et du Tennessee. Aujourd’hui reconnu comme l’un des représentants les plus authentiques du blues, il s’est fait connaître à l’heure de gloire de la musique soul : après des débuts remarqués au sein de l’écurie Motown (on peut entendre son harmonica sur le légendaire «What’s Going On» de Marvin Gaye), il a longtemps offert sa voix aux Chairmen of the Board, partageant les plus grandes scènes de la planète avec Stevie Wonder, George Harrison, ou Tom Jones.
 
Soulscape © Ivan Sorensen
 
Riche de cet éclectisme, ce bluesman au talent rare propose une série d’explorations jubilatoires qui s’appuient sur l’univers du blues acoustique, avec deux artistes majeurs de la scène européenne : JeanJacques Milteau, maître ès-harmonica considéré comme l’un des artistes français les plus ouverts au blues, et Vincent Segal, qui a entraîné son violoncelle sur tous les territoires – jazz, funk, rock, chanson, et « musique de chambre africaine » sublimée dans ses duos avec Ballaké Sissoko. Respectueux du passé sans sombrer dans la nostalgie, soucieux de tradition mais conscients des enjeux actuels, curieux des mariages sonores inédits dont leur rencontre est porteuse (la voix, le banjo, les cuillers et la mandoline roots de Harrison, les harmonicas imaginatifs de Jean-Jacques, le violoncelle lyrique de Vincent), ils mettent en commun leur formidable capacité d’invention pour dessiner un avenir à la note bleue.
 

CONCERTS 

MÉLISSA LAVEAUX/ÉMILE OMAR 8
ALSARAH & THE NUBATONES, Rétro-pop / Soudan 8
OPPOSING THE COLOR LINE, Conférence musicale / Blues & Soul / États-Unis 8
DAYME AROCENA, Néo-soul / Cuba 8
NOURA MINT SEYMALI, Griot Funk / Mauritanie 9
VOODOO JAZZ TRIO, Festival Sons d’hiver 2017 9
A-WA, Yéménite sound system / Israël 10
TIGANA SANTANA, Folk afro-brésilien / Brésil 10
MARIA SIMOGLOU, Chansons populaires ottomanes / Grèce-Turquie 10
MBONGWANA STAR, Post-punk afrofuturiste / République démocratique du Congo 11
TAREK ABDALLAH & ADEL SHAMS EL-DIN, Suites égyptiennes 11
TOTO LA MOMPOSINA, Diva de la cumbia / Colombie
 
Liste des concerts et programmation complète http://www.quaibranly.fr/fr/
 
 

 

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