ARTS & CULTURE

L'exposition EXPLORE | Outside the box de l'IFD à la Biennale internationale du design

Institut français du design
La 10è Biennale Internationale Design de Saint-Étienne ouvre aujourd'hui avec pour thème : Working promesse | les mutations du travail. Pour l'occasion, l'Institut Français du Design, présent sur la Biennale depuis sa création en 1998, propose une exposition de photographies intitulée « EXPLORE | Outside the box ».
Avec la Biennale comme laboratoire, ce concours a pour vocation de soulever des idées, des thèmes, des enjeux, en sollicitant les étudiants autour du futur de travail, en filigrane la question : "Quel est le monde du travail dans lequel vous nous invitez à entrer ?"
Photo : « Réunion de bureau » de Zénaïde Gaboriau et Alice Leblanc – Cette photo est le symbole d’une ouverture sur l’avenir 
 
L’Institut Français du design lançait en février un concours de photographies auprès des étudiants : « Quel regard portez-vous sur le futur du travail ? » avec une exposition à la Biennale Internationale du Design de Saint-Etienne, du 9 mars au 9 avril 2017, pour les heureux gagnants.
Partage social, jobbing, co-working, uberisation, tiers-lieux, profession slasher… autant de nouveaux vocables qui commencent à dessiner les contours du monde du travail de demain. Or le monde change si vite qu’il faut beaucoup d’imagination et des discours aux accents utopiques pour créer la vision de nos sociétés futures.
La photographie est un média qui donne à voir un réel imaginaire. CLassée dans lart contemporain, elle est devenue populaire grâce aux appareils et aujourd'hui, à la portée de tous, avec les smartphones. Mais elle reste un média de création quand elle est capture d'une situation extraordinaire.
Qui, mieux que la génération Y directement impliquée par ces nouvelles formes à définir, pouvait apporter un regard pertinent et inventer les fictions et les images du futur du travail ?
Plus de 100 étudiants issus d'une trentaine d'écoles ont proposé chacun une vision différente de laquelle se détache une certaine appréhension de l'avenir non sans de malignes touches d'humour.
22 photos lauréates ont été sélectionnées par un jury d'experts et exposées pendant toute la durée de la Biennale. Découvrez-les ainsi que les deux Prix du Jury jusqu'au 9 avril à la Biennale.
Les scénarios de vie du futur
Il y a 20 ans, Jeremy Rifkin - que la Biennale avait invité - prédisait la fin du travail. Dans le livre préfacé par Michel Rocard, il suggérait de réduire le temps de travail et de développer le "3ème secteur".
Pourquoi utiliser la photographie ? Dans un monde d'images, capter l'instant c'est aussi observer, scruter, diagnostiquer, voir. Donner à voir.
Avec l'expertise des jurés, l’Institut Français du Design offre un véritable outil de détection. Chercheurs, photographes, designers et journalistes nous aident à comprendre les scénarios de vie du futur.
Anne-Marie Sargueil, Présidente de l’Institut Français du Design

Pourquoi le concours “EXPLORE | Outside the box” ?

La Biennale est un grand rendez-vous professionnel pour le design. Anne-Marie Sargueil, qui pilote l’IFD depuis plus 30 ans, fait le pélerinage à la Biennale depuis sa création en 1998. Elle a voulu apporter sa contribution à l’édition 2017 et à sa thématique : Working promesse | les mutations du travail.
“Le concours “EXPLORE | Outside the box” est l’occasion de considérer la Biennale comme un laboratoire où on peut tester des idées, des thèmes, des enjeux.
On voit que le grand public est demandeur d’une réflexion sur le monde qui nous entoure. La question posée aux jeunes était finalement : “Quel est le monde du travail dans lequel vous nous invitez à entrer ? Nous leur avons demandé d’être optimistes et humanistes, explique-t-elle en préambule.
“Les propositions des étudiants vont nourrir la réflexion des concepteurs. On va partir de l’imagination, ensuite on aura l’observation et puis enfin il faudra passer à l’acte. Mais d’abord l’imagination, d’abord le rêve.“
 
Pour cette première édition, Anne-Marie a sollicité des écoles de design, d’arts appliqués, de photographie ou encore de communication. Mais demain, elle aimerait reposer la question à des étudiants en école d’ingénieurs et de commerce. Car les points de vue sont bien différents.
Ainsi dans cette édition, les jurés ont constaté que “les écoles d’art ont capté l’instant, c’est l’oeil qui décode l’existant. Dans les écoles de design, ils sont dans une recherche de solutions, voire une captation d’un projet, mais pas dans la captation de l’air du temps.“ Une variété d’approches prometteuse pour l’avenir.
 
Optimistes sur le monde du travail, les étudiants ? Pas vraiment. Pour le jury de designers, photographes, journalistes, chercheurs, force a été de constater que la centaine de propositions en lice révélait une vision un peu noire, un peu pessimiste où les technologies sont trop présentes et les humains pas assez. Même si certains ont pris le parti de la dérision, de l’humour, de l’esthétique.
 
Réuni dans la bibliothèque de l’Hôtel de l’Industrie, le jury a sélectionné un palmarès de 22 photos, exposées à la Biennale. Le Prix du jury est décerné à deux photos ex æquo :
 
 
« Le Télétravail : Confort ou Mascarade ? » de Romane Tressol
Ce jeune cadre « costard chaussons » a séduit les membres du jury grâce à la carte de l’humour. Une photo bien mise en scène et accompagnée d’un texte percutant dans lequel Romane Tressol, étudiante à l’ENSAAMA (École Nationale Supérieure des Arts Appliqués et des Métiers d'Art), pose toutes les bonnes questions. « C’est la confusion entre mon chez moi et mon bureau », a réagi le designer Olivier Saguez. Pour le spécialiste de l’aménagement d’espaces professionnels Vincent Rouillard, « La photo pose bien la question de l’intégration des toutes dernières générations. » Le publicitaire Jacques Mandorla y a retrouvé la dérision et la distance propre aux petits-enfants de la pub qui savent lancer des messages forts, l’air de rien.
 
 
Individu hybride de Chloé Vandroux | Martin Duthey
L’humain multifonction, prêt à remplir tous les rôles dans son entreprise, est emblématique du travail de demain pour Chloé Vandroux et Martin Duthey, étudiants à l’ENSAAMA, qui se révèle l’école incontournable de cette première édition du concours.
« Individu hybride » s’est imposée immédiatement comme la photo préférée de Chantal Hamaide, rédactrice-en-chef du magazine Intramuros. « J’y vois la notion de sa propre entreprise et le plaisir qui est essentiel dans cette manière de montrer qu’on entreprend dans la vie ».
Pour le prospectiviste Philippe Cahen, « cette photo correspond à une vraie tendance actuelle d’hybridation. »
 
Toutes les autres photographies sur le site concours :  http://explore.institutfrancaisdudesign.fr

Dans les coulisses du Jury : « L’humour plus fort que l’angoisse »

Pour l’anecdote, le jury s’est réuni dans le bâtiment où les frères Lumière, en 1895, ont organisé la première projection du cinématographe, “la sortie de l’usine des Frères Lumière”. Tout un symbole. Pendant des heures, les membres du jury ont échangé à bâtons rompus autour des photos en compétition. Entendu dans les coulisses du jury…
 
Olivier Saguez : « Le monde du bureau ne sera plus le monde de l’ennui. On s’y rendra pour être mieux qu’à la maison, avec le confort d’un hôtel, pour les rencontres. Ce sera un lieu propice à la régénération… L’avenir du travail, c’est le travail collaboratif. On ne travaille plus avec un grand chef suprême à l’ego surdimensionné. Maintenant, la boîte c’est le « nous », pas le « je ». »
 
Alain d’Iribane : « Les nouvelles générations sont très critiques parce que les modes d’organisation actuelles du travail ne leur conviennent pas du tout avec des injonctions paradoxales et une demande de performances largement irréalisables dans des conditions qui conduisent au burn out. La solution est de reprendre le sens de l’organisation du travail. Ça consiste à redonner aux collaborateurs leur rôle d’humains. »
 
Valérie Abrial : « Certaines images ont de l’humour face à un constat qui n’est pas toujours réjouissant. On a le devoir d’échanger avec la jeune génération. Le design peut améliorer les conditions de travail, que ce soit sociétal, économique ou de bien-être. Le message, c’est « Osons rêver, osons inventer, tous ensemble ». »
 
Sylvie Adigard : « Pour des jeunes qui n’ont jamais travaillé, c’est une prospective compliquée et ils ont démontré leurs angoisses de vie globales plus que des angoisses de vie de travail. Ils sont confrontés à des problématiques d’environnement, d’évolution de l’espace de vie, de technologie et de travailler seul ou en groupe. »
 
Vincent Rouillard : « J’ai une bonne nouvelle pour les étudiants : le monde du travail sera une très belle surprise. Ils découvriront des environnements qui sont joyeux et positifs, qui leur permettront d’échanger, d’être heureux et de s’épanouir et surtout collectivement de construire l’avenir. »
 
Philippe Cahen : « La plupart du temps, on vit dans le passé. Explorer le futur nous aidera donc d’abord à vivre notre présent de façon différente. De manière plus présente et moins dans le passé. Lorsque l’on voit le futur à partir du présent, on prolonge les tendances. Or prolonger les tendances, c’est joyeusement se tromper ! »
 
Françoise Bronner : « Les jeunes posent la question du monde désirable et durable. Je trouve les photos très engagées. Grâce à l’éducation, à la citoyenneté, à la famille, nous apprenons à être plus humains. C’est cet état d’esprit d’équipe que nous devons développer car chacun a un potentiel de créativité. »
 
Chantal Hamaide : « Le travail ne sera plus séparé de la question de la détente ».
 
Jacques Mandorla : « L’humour prive les jeunes de l’angoisse. Ils abordent des sujets sur l’entassement, l’urbanisation de la planète, une verticalité des habitations, la raréfaction des espaces. »
 
Jean-Gérard Bernabeu : ”Le message est dans l’image, elle capte notre imagination”.
 
Stéphane Hugon : « Le travailler ensemble pose la question du vivre ensemble. Aujourd’hui, il s’agit de nourrir des imaginaires de transformation, d’hybridation : la créativité ne se limite pas à la production. A l’origine du travail, il y a une pulsion humaine, une énergie libidinale. »
 
Isabelle Moisy-Cobti : « Ma photo préférée est « Prendre Part ». Elle a du sens, le titre est génial. Il n’y a plus de système vertical, on est dans la transmission, la collaboration, le partage. »
 
Anaïs Bigard-Bachmann : « Certaines photos avaient des visions très positives sur de nouvelles manières de cultiver, sur l’échange des employés dans l’entreprise. Cependant, le thème du monde du travail a eu du mal à venir dans les propositions artistiques. »
 
Christophe Manzolini : « La vocation de l'école, ce n'est pas d'apprendre un métier mais de nous ouvrir sur des sujets. »
 
A propos de l’IFD
 
Parce que notre cadre de vie, véritable moteur d’évolution, ne cesse de s’améliorer, l’Institut Français du Design favorise les projets qui s’inscrivent durablement dans une démarche de « mieux vivre ensemble ». Parce que le design devient l’objet d’enjeux commerciaux et humains importants, l’IFD, en tant que centre d’expertise, œuvre pour promouvoir l’éthique professionnelle dans une économie de marché.
Depuis 1951, l’IFD sélectionne les produits et services qui privilégient le respect de l’utilisateur et de son environnement, le design pour : « La Personne, l’Entreprise, la Cité ».
Créé en 1953 par arrêté ministériel et placé sous le patronage des ministres de l’Industrie, du Commerce extérieur et du Commerce, le label JANUS consacre les meilleures réalisations en termes de design.
Décliné en JANUS de l’Industrie, de la Santé, du Commerce, du Service, de la Cité, de l'Espace de Vie, de la Prospective, du Patrimoine & de l'Innovation, de la Mode, des Composants & des Matériaux, du Mobilier et de la Marque.
Le JANUS contribue à promouvoir l’investissement dans le design et sa transformation en avantage concurrentiel.
Afin d’illustrer sa démarche, l’IFD produit des expositions socio-culturelles qui s’adressent au grand public : "INOVI, ces marques qui changent nos vies", "Ces emballages qui changent nos vies", « Santé en Fomes », « L’Aire du Temps », "Héritage, by JANUS", "Figures du Beau | Unexpected shapes", etc.
Pour favoriser l’innovation par le design, l’IFD facilite la mise en relation de différents acteurs - étudiants, chercheurs, entreprises - et forme des groupes d’étude autour de projets communs.
Enfin, l'IFD s'est donné pour mission de rapprocher le monde de la formation et celui de l'entreprise, et facilite l'insertion professionnelle des jeunes diplômés.
 

 

 

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