ARTS & CULTURE

Les Faits du hasard, la nouvelle exposition internationale d'art contemporain numérique

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Accidents artistiques intentionnels et relecture poétique d’une société technologique perçue à l’heure du numérique sont au cœur de la prochaine exposition centrale de la Biennale internationale des arts numériques au CENTQUATRE-PARIS, Les Faits du hasard. Une façon pour l’homme de reprendre la main sur la machine ? Une exposition d’art contemporain numérique qui va puiser dans toutes les esthétiques, dans le numérique, dans le théâtre d’objets, et de jouer de la variété du hasard pour montrer que le résultat d’une œuvre n’est pas toujours reproductible.
 
La Biennale internationale des arts numériques-Paris/Ile de France produite par Arcadi - héritière du festival Némo - va retrouver pour sa deuxième édition, du 9 décembre au 4 mars 2018, son centre névralgique du CENTQUATRE-PARIS à l’occasion de sa grande exposition et thématique transversale : Les Faits du hasard. Comme pour les deux précédentes expositions, la direction artistique y est cosignée par Gilles Alvarez, directeur de la Biennale, et José-Manuel Gonçalvès, directeur du CENTQUATRE-PARIS. Un gage de continuité pour une programmation qui s'inscrira cette saison dans la grande thématique du hasard, de l'accident et de la sérendipité, après, il y a deux ans, l'exposition Prosopopées : quand les objets prennent vie.
"Avant le hasard dans l’art, c’était l’erreur », affirme Gilles Alvarez. « Mais depuis Marcel Duchamp et la mécanique quantique, il existe un hasard intentionnel, un outil qui demande à être organisé par le geste artistique. »
Dans cette nouvelle exploration du rapport homme/machine, où le processus technologique se heurte à une équation artistique souvent capricieuse, plusieurs installations témoigneront donc d’étapes créatives alambiquées, passant par une multiplicité de supports à l’image du Buzz Aldrin Syndrom, de Quentin Euverte, dans lequel matières analogiques, datas numériques, processus chimiques et projection live cinéma participent d’un imprévisible résultat, aux allures de cadavres exquis.
Pour José-Manuel Gonçalvès, il s’agira de « construire une exposition d’art contemporain qui va puiser dans toutes les esthétiques, dans le numérique, dans le théâtre d’objets, et de jouer de la variété du hasard pour montrer que le résultat d’une œuvre n’est pas toujours reproductible ».
Attendez-vous donc à des surprises lorsque vous vous projetterez dans le corps d’un autre, à l’aide d’un casque (l’expérience de body swap de The Machine to Be Another, du collectif BeAnotherLab) ou quand vous observerez les chorégraphies pixellisées des escargots augmentés de Cyril Leclerc et d’Elizabeth SaintJalmes (Le Pixel lent).
 
L’exposition Les Faits du hasard s’attellera à une lecture plus poétique, plus contemplative de notre société technologique filtrée par le numérique. « Le hasard, c’est le contraire de ce qu’on croit qu’est l’art numérique, dont on pense qu’il nous amène au contrôle de tout, à la perfection », résume José- Manuel Gonçalvès. « Mais peut-être que la plus grande perfection, c’est justement que les choses ne soient pas totalement parfaites ?» Humain, vous avez dit humain ?
 

Trois mois d’exposition – Plus de 25 installations d’art contemporain numérique

 
Accidents artistiques intentionnels et relecture poétique d’une société technologique perçue à l’heure du numérique sont au cœur de la prochaine exposition centrale de la Biennale internationale des arts numériques au CENTQUATRE-PARIS, Les Faits du hasard. Une façon pour l’Homme de reprendre la main sur la machine ?
Dans l’exposition Les Faits du hasard, ce n’est pas le hasard qui s’impose aux artistes, mais les artistes qui imposent le hasard aux spectateurs. Il ne s’agit pas de hasards accidentels mais bien de hasards organisés par les créateurs. Les œuvres de l’exposition, de technologies parfois assez pointues, impliquent souvent la programmation informatique. De ce fait, les artistes ont la possibilité de programmer l’aléatoire ou l’indétermination, et d’utiliser cette fameuse « générativité » grâce au code qui, fait partie de la grammaire et des principaux outils de l’art numérique.
Alors, que verra-t-on ? Un art contemporain numérique dont les résultats expérimentaux ne sont pas toujours reproductibles et qui puise dans toutes les esthétiques. Des manifestes du geste artistique et de la personnalité humaine face au règne du numérique et de la satiété technologique.
 
Histoires de hasard…
Le hasard a connu mille interprétations dans l’histoire de l’art, des idées et des sciences. Certains ont très tôt pensé le dompter : dès le XIIIe siècle, ce cher Ramon Llull, dont la Machine à penser (Ars Magna), généralement considérée comme le très lointain ancêtre de l’ordinateur, devait tout organiser (le hasard comme la foi et la prière).
D’autres, comme le peintre Protogène, s’en firent un allié, quand n’arrivant pas à peindre la bave d’un chien sur sa toile, il lui jeta son éponge qui par un hasard heureux traça une bave parfaite !
Mais globalement, le hasard a toujours été considéré comme l’ennemi de l’art, de la raison et des sciences. Balzac (« Les niais appellent ces foudroiements de la pensée un hasard, sans songer que le hasard ne visite jamais les sots ») ou le mathématicien Henri Poincaré (« Le hasard est tout simplement synonyme d’ignorance »), lui firent mauvaise presse. La science s’est construite contre le hasard, et la religion a toujours été du côté d’un déterminisme absolu, « le grand dessein de Dieu ».
Oui mais voilà, le XXe siècle arrive, avec deux formidables radicalités : Marcel Duchamp et la physique quantique. Duchamp, souvent un peu à l’origine de tout ce qui nous concerne aujourd’hui, va utiliser intentionnellement le hasard en créant ses Trois stoppages étalon (pour emprisonner des formes obtenues par le hasard) et son Erratum musical (avec notes tirées au sort dans un chapeau). À partir du mouvement Dada, on intègre systématiquement le concept de hasard à la création artistique. On y introduit des éléments périssables (dont on ignore la durée), on y admet les inconvénients qui pourraient advenir et on collabore avec le temps et son confrère le hasard.
Place ensuite aux « cadavres exquis » des surréalistes, qui firent du hasard un outil objectif, à organiser. Il y aura les cutups beatniks, les compositions aléatoires de John Cage, les œuvres ouvertes chères à Umberto Eco, le hasard dirigé de Pierre Boulez…
Du côté des sciences, des objections à l’idée de déterminisme se manifestent, et mèneront à la mécanique quantique, à la théorie du chaos et au fameux principe d’incertitude d’Heisenberg en 1927.
 
Avec des œuvres de : Romain Gandolphe | Navid Navab et Michael Montanaro | Guillaume Marmin | BeAnotherLab | Pascal Haudressy | Mathias Isouard | Kathy Hinde | Alice Jarry et Vincent Evrard | Nelo Akamatsu | Fabien Zocco | Lawrence Malstaf | Martin Messier | Jérôme Cavalière | So Kanno et yang02 | Jingfang Hao et Lingjie Wang | Fabien Léaustic | disnovation.org | David Bowen | Linda Sanchez | Vivien Roubaud | Quentin Euverte et Florimond Dupont | Jackson | Juan et Santiago Cortés | Alba Triana | PLUG (Nicolas Crosse, Éric-Maria Couturier et Victor Hanna) | GK Collective | Pascal Lièvre | Michel et André Décosterd | Elizabeth Saint-Jalmes et Cyril Leclerc 

Afin d’inaugurer de manière exceptionnelle cette grande exposition de trois mois, la Biennale Némo et le CENTQUATRE-PARIS vous invitent à découvrir des performances qui seront uniquement présentées le jour du vernissage, le 9 décembre 2017 de 14h à 21h au CENTQUATRE-PARIS :

 
 
Pixel Lent d’Elizabeth Saint-Jalmes et Cyril Leclerc : Pixel lent est un ballet performance pour 176 escargots et 2 humains qui évoluent dans une installation plastique et sonore. Chacun des escargots, « augmenté » d’un dispositif technique, devient une entité lumineuse autonome. La présence de sculptures évolutives sédimente le temps passé, présent et à venir ; la musique, tantôt diffusée, tantôt jouée en live, module la perception du spectateur qui déambule dans l’installation. La vidéo projection propose un voyage entre l’infiniment grand et l’infiniment petit.
 
Pixel lent est une expérience sensorielle immersive, un tableau mouvant qui projette chacun dans un rapport intime à la temporalité et au mouvement, et l’invite à la contemplation. Il est fort probable que cette performance audiovisuelle, qui convoque le hasard et la bonne volonté des escargots, reste une des images iconiques de la Biennale ! (De 14h à 18h en continu).
 
 
PLUG Performances musicales : PLUG est un Objet Musical Non (encore) Identifié à qui la Biennale a passé commande d’une série de concerts dans plusieurs lieux de la manifestation. Le groupe est formé de trois musiciens virtuoses, qui sont solistes à l’Ensemble intercontemporain : Nicolas Crosse, contrebassiste ; Éric-Maria Couturier, violoncelliste et Victor Hanna, percussionniste. Avec PLUG, ils passent résolument à l’électricité et à l’électronique, s’arment de basses et de drum machines et explorent d’autres territoires musicaux entre free rock, electronica et noise. Un parfait exemple du décloisonnement qui s’opère entre musiques savantes et populaires. (À 14h, 15h30 et 19h30).
 
Aérobic philosophique de Pascal Lièvre, 2007 : Pour vous mettre en jambes, puis pour vous réchauffer en fin d’après-midi, le plasticien Pascal Lièvre et un professeur d’aérobic vous proposeront de vous faire du bien tout en réfléchissant. Ce seront de vraies séances d’aérobic, à ceci près que chaque série de gestes s’accompagnera d’une phrase philosophique à dire le plus fort possible… Et c’est bien sûr autour du hasard et de la sérendipité que Pascal Lièvre ira puiser chez les philosophes la matière de cette réflexion toute en fi(t)nesse et en étirements. (À 13h30, 14h30 et 17h45).
 
 
GK Collective FRAVI/Agence de rencontres sans risque : Le GK Collective, groupe de recherche théâtrale ouvre un pop-up shop pour son Agence de Rencontre Sans Risque dans le but de proposer des rencontres nouvelle génération, qui correspondent mieux aux attentes des consommateurs de notre nouvelle ère. Rendez-vous sur le stand de l’Agence ; suivez le protocole, surveillez votre téléphone portable et laissez faire le hasard. Une rencontre pour un jour ou pour la vie sera peut-être au bout du fil… (14h > 20h, en continu).
 
 
Cod.Act πTon :  πTon est une installation performative sur l’organicité mécanique et sonore. Un long boyau en caoutchouc refermé sur lui-même est animé de contorsions et d’ondulations semblables à celles d’un organisme invertébré. Encerclé par un groupe de personnes muettes mais équipées d’étranges prothèses vocales, la créature semble vainement tenter de se libérer de cette présence inquiétante, en un rituel polyphonique constitué uniquement de voix artificielles. Il en résulte un événement sonore et visuel saisissant qui renvoie le spectateur aux origines de son comportement. (À 15h, 17h et 19 h).
 
Exposition jusqu’au 7 janvier 2018 au CENTQUATRE-PARIS, 5 rue Curial 75019 PARIS /M° Riquet
 
Dates et horaires :
Hors vacances scolaires : mer, jeu, sam et dim de 14h à 19h
Pendant les vacances scolaires : du mar au dim de 14h à 19h
L’exposition sera fermée les vendredis 25 décembre 2017 et 1er janvier 2018
 

 

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