ARTS & CULTURES

Lisières & Mimesis à la Maison de l'Amérique latine

arts et cultures
A l’occasion de la 6e édition de la Semaine de l’Amérique latine & des Caraïbes – France, la Maison de l’Amérique latine à Paris inaugure deux nouvelles expositions qui placent l'Amérique centrale à l'honneur à travers deux artistes de deux différents pays et générations, David Solis, originaire du Panama, et Marlov Barrios, originaire du Guatemala. La nature est au cœur de la proposition de David Solis qui aborde le rapport oppressant entre l'homme et son environnement naturel. Marlov Barrios, quant à lui, définit son œuvre comme une alliance syncrétique entre le monde maya, colonial et contemporain. Jusqu’au 7 mai 2019.
 

LISIÈRES – David Solis

La nature que peint David Solis est une nature psychique, intériorisée. Les paysages naissent et se développent d’abord dans l’esprit de son auteur, avant de se répandre progressivement sur la toile. Ils l’envahissent de même que la nature tropicale colonise lentement, inexorablement, chaque centimètre carré de terre. Les arbres tendent leurs branches dans les airs à la recherche de la lumière, l’accaparant, sans même laisser au marcheur – minuscule être humain – entrevoir le ciel.
Troncs, feuilles, joncs, lianes, racines : autant d’éléments qui semblent enserrer le spectateur. Ces jungles primaires sont construites de fuseaux verticaux qui, par un jeu de perspective et de cadrage, sont étrangement semblables à des barreaux de prison. Par où respirer ? L’œil du spectateur cherche une échappatoire. Il le trouve souvent dans une petite frange haute de la toile : le ciel gris ou bleu dans lequel se découpe la silhouette des arbres, et au loin, une étendue d’eau. L’Eldorado est tellement loin... ou ne serait-ce qu’un mirage ?
 
David Solis "Mangrove blues", 2016 ©DS
 
La technique de David Solis souligne son héritage académique : le graphite, la peinture à l’huile, le pastel. Sa maîtrise de formats d’envergure (une douzaine d’œuvres mesurent plus de 100 x 100 cm) est une constante de son travail. Les petits formats, quant à eux, révèlent un goût pour le détail plus minutieux. Lisières rassemble une cinquantaine d’œuvres (2008-2018) dans lesquelles la Nature prend une part quasi exclusive, et où l’empreinte humaine ne se lit qu’en filigrane. À ses forêts caractéristiques, se joignent des marines aux horizons étendus, des natures mortes, des semi vanités ou encore d’étranges poissons. Cette exposition est invitation à un voyage intérieur, entre mémoire et prophétie.
Avec le concours de l’ambassade du Panama en France.
 
David Solis - Photo d’atelier, 2018, Montpellier
 
David Solis, né à Panama City en 1953 se forme à la Faculté d’Architecture avant d’entamer des études artistiques à l’Ecole des Beaux-Arts de Panama City. En 1975, grâce à une bourse, il s’établit à Marseille. Sa formation à l’Ecole des Beaux-Arts de Marseille-Luminy le mène au Diplôme National Supérieur des Arts Plastiques avec une mention spéciale en dessin. En 1978, il installe son atelier à Montpellier, où il développera sa carrière d’artiste. Dans sa ville natale, il est représenté par la galerie Habitante dès les années 1990. En 2004, l’exposition Un tiempo de taller au Musée d’Art Contemporain de Panama est pensée comme un instantané de son atelier, de l’esquisse à l’œuvre élaborée. A partir de 2006, avec les expositions telles que Selvas y otros mundos I et II, Horizons croisés, Entre dos aguas..., les forêts denses et humides, les troncs personnifiés, les lisières, les rives, les marines, deviennent les leitmotivs de sa recherche picturale. En 2016 est présentée la deuxième exposition monographique de David Solis au Musée d’Art Contemporain de Panama : Riberas, un corpus d’œuvres sur toile et sur papier consacré aux paysages des rives tropicales, urbaines et forestières, diurnes et nocturnes. L’exposition Lisières à la Maison de l’Amérique latine est la première exposition monographique de David Solis à Paris.
 

MIMESIS – Marlov Barrios

La Maison de l’Amérique latine à Paris invite Marlov Barrios à réaliser, dans le cadre de la sixième édition de la Semaine de l’Amérique latine & des Caraïbes, une intervention in situ qui recouvrira directement les murs de la Salle Asturias. Réalisée sans sketch préparatoire, cette œuvre originale, et par essence éphémère, sera l’occasion de générer une réflexion sur l’empreinte du mimétisme, dans la nature, les rapports sociaux, l’Histoire de l’art.
Marlov Barrios, spécialement venu du Guatemala pour l’occasion, réalisera cette œuvre murale du 13 au 23 mai. Elle inclura, en plus de la peinture murale, quelques dessins et aquarelles sous cadre, ainsi que des sculptures en bois brut.
 
Marlov Barrios, « Mimesis VI », technique mixte sur papier, 2019, 35.5x28cm
 
Dans l’univers pictural de Barrios, le temps, de même que les cultures, est syncrétique : ainsi, l’époque classique Maya s’entremêle au monde colonial baroque, qui, à son tour, se fond dans l’époque contemporaine aux influences nord-américaines, européennes, et même japonaises. A partir d’une vision formelle - jamais narrative ni descriptive - les œuvres symboliques de Barrios traduisent à la fois la collusion et la cohabitation de ces trois univers. Il propose ce qu’il appelle “une archéologie de l’immatériel”, allant puiser dans l’ultracontemporain des sources d’inspiration qu’il ramène à une pratique artisanale – comme la peinture à l’huile, les collages, le dessin à main levée ou la sculpture de bois.
 
Les œuvres de Marlov Barrios interpellent le spectateur sur des sujets intrinsèquement guatémaltèques bien que nourris d’une réflexion sur la globalisation : les relations de pouvoir, le centre et la périphérie, la spiritualité et le matérialisme, le monde rural et le monde urbain, l’entremêlement de la tradition et de l’ultra modernité. Ses pièces soulignent la convergence, les mouvements. L’exode rural, le flux migratoire vers le Nord, impliquent des temporalités différentes qui affluent vers le présent et sont condamnées à agir les unes avec les autres.
Avec le soutien de l’ambassade de France au Guatemala et le concours de la Cité Internationale des Arts, Paris.
 
Marlov Barios
 
Marlov Barrios est né à Guatemala City en 1980. Après des études d’architecture à l’Université San Carlos de Guatemala, il se forme aux arts visuels à l’Ecole La Esmeralda, à Mexico. En 2008, il co-fonde le Taller Experimental de Gráfica de Guatemala, association pour l’enseignement et la valorisation de la gravure ; puis le collectif La Torana, au sein duquel il participe à la 1e triennale de la Caraïbe, en République Dominicaine, et à la Biennale de Pontevedra, en Espagne (2010). En 2012, aux côtés de l’artiste Lucrecia Muñoz, il ouvre La Ruleta, espace pour la promotion de l’art contemporain à Guatemala City. Marlov Barrios a présenté dix-sept expositions individuelles, dans de nombreux espaces culturels de Guatemala City, mais aussi à Mexico, à San José de Costa Rica (notamment l’exposition “Plus Volta” au Musée d’Art et Design Contemporain) ou encore à El Salvador (exposition “Médulas” au Musée MARTE). La récente rétrospective “El Eco y la Avalancha” au Centre Culturel municipal de Guatemala City, a rassemblé cent-vingt pièces parcourant dix-neuf ans de trajectoire artistique. Son œuvre fait partie de collections privées en Amérique centrale, en Espagne et à Taïwan.
 
Dans le cadre de cette exposition, rencontre avec Marlov Barrios le 27 mai à 19h « L’œil Pense » : Être artiste en Amérique centrale aujourd’hui.
 
Commissaire d’exposition Christina Chirouze Montenegro, curatrice franco-guatémaltèque, réside à Paris depuis les années 1990. Après une licence en Conception et mise en œuvre de projets culturels (La Sorbonne Nouvelle), complétée d’un Master en Etudes Latino-américaines (Université de Salamanque, Espagne, 2011), elle se spécialise dans l’art centraméricain moderne et contemporain. Sa thèse Expressions artistiques actuelles pour la mémoire collective : le cas du Guatemala post-conflit (1996-2011), est publiée aux Editions Lharmattan (2013). Elle est actuellement correspondante culturelle du magazine en ligne Nómada (Guatemala). Au sein de son entreprise La Caféothèque de Paris, elle a exposé près de soixante-dix artistes depuis 2008, et conçu de nombreux cycles culturels dédiés à un pays caféier, où se sont succédé dégustations de crus de café, expositions, projections, conférences et concerts. En février 2019, elle a organisé « Blanco & Fuego », un festival de la porcelaine de Limoges à Guatemala City.
Christina Chirouze Montenegro est présidente et fondatrice de l’association AcÁ Paris pour le rayonnement culturel de l’Amérique centrale en France.
 
Expositions jusqu’au 7 mai à la Maison de l’Amérique latine à Paris, 217 Boulevard Saint-Germain 75007 Paris
 
Photo d’entête : David Solis, Nocturno I, 2013, 120x120cm. © DS
 

 

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