Close

Dans 50 ans, on fera l'amour avec des machines

Telle est la vision développée par une équipe de jeunes artistes-publicitaires dans le clip Love 2062, sorti fin décembre sur le Net. Cette réalisation en dit long sur la façon dont certains se projettent dans l'avenir...

Complètement keeks

Financé via la plateforme de financement participatif Ulule, par des investissements personnels et par Heroes Production, le clip se déroule dans un monde post-apocalyptique : la montée des eaux a englouti l'Arc de triomphe et la tour Eiffel (ce qui, au regard des projections actuelles, reste une situation peu probable) et les survivants se sont réfugiés en hauteur (dans le Massif central, semblerait-il). L'eau est retenue par une digue géante et protège les bidonvilles, dans lesquels la puanteur est telle qu'il est préférable de se protéger avec un masque. Pour survivre, certains se shootent à prix d'or et à haute dose de technologies afin de trouver des moments d'amour et d'apaisement :

Romain Demongeot, le réalisateur, travaille comme directeur artistique dans une grande agence de pub parisienne. Parmi ses clients : Greenpeace et une grande chaîne de fast-food. Et, bizarrement, c'est plutôt le second qui lui a fait prendre conscience de certains enjeux et qui lui a donné envie de faire ce projet, à lui et à d'autres directeurs artistiques de l'agence.

A titre personnel, le jeune homme se définit comme dépressif et pessimiste, mais il ne veut pas se laisser abattre : "J'ai beaucoup d'énergie et je ne me morfonds pas, et si je fais beaucoup de choses, c'est parce que j'en ai besoin pour ne pas me laisser aller, pas parce que je pense que ça changera vraiment les choses, ou les hommes." Il accepte donc "de faire des trucs pas très agréables pour vivre" afin de "recharger ses batteries avec de vrais gens, sur de vraies causes" dès que possible.

Avec "keeks", le clip dont la vidéo suivante explique la genèse, Romain Demongeot, souhaite surtout "promouvoir le respect à la terre où nous vivons" :

Un futur souhaitable ?

Pour le prospectiviste Mathieu Baudin, avec qui j'ai discuté de cette sombre vision de l'avenir et de l'amour, nous sommes ici dans l'aliénation de ce que l'on connaît déjà : "Loin d'être une caricature, cette vision est une extrapolation de nos aliénations actuelles. Nous restons dans la fuite de la réalité avec l'éternel mythe du paradis perdu", estime le directeur de l'Institut des futurs souhaitables.

L'univers choisi associe autant de références à la mythologie grecque, qu'à Blade Runner ou à Soleil vert, semble-t-il. Si le résultat artistique et la musique sont plutôt réussis, une question demeure, souligne le prospectiviste : "Cette énergie esthétique ne pourrait-elle pas être utilisée à imaginer la rupture, plutôt que le prolongement de ce qui existe déjà ? Pourquoi ne pas la mettre au service de la réinvention ?"

Et vous, comment imaginez-vous le monde dans cinquante ans ?

(Article d'Anne-Sophie Novel / Blog Même pas mal ! - Déc 2012)