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Olympe de Gouges, la blogueuse du XVIIIème siècle

"Quelles que soient les barrières que l'on vous oppose, il est en votre pouvoir de les franchir ; vous n'avez qu'a le vouloir." Olympe de Gouges.

Le Musée virtuel "Olympe de Gouges 2.0" a ouvert ses portes en mars 2013. Créer un espace de référence sur la Toile dédié à Olympe de Gouges et à ses thématiques, lieu de découverte multimédia ludique et instructif, de rencontre interactif et participatif, une source légitime d'informations sur la vie et l'oeuvre de cette femme : voici les principales raisons. Mais pas seulement...

Une rencontre entre Graciela Barrault, cinéaste, un historien, Olivier Blanc et une femme... Olympe de Gouges. Parce qu'elle a été la première en France, en 1791, à publier une "Déclaration des droits de la femme"où elle déclare que "la femme naît et demeure égale à l'homme en droits" (article 1er) qui pose dans toutes ses conséquences le principe de l'égalité des deux sexes.  Audace ô combien déplacée, excessive et scandaleuse ! Ce n'est d'ailleurs que le 21 avril 1944 que les femmes françaises obtiendront le droit de vote.
Ce musée virtuel est donc dédié à sa vie, son oeuvre, utilisant des court-métrages/vidéos comme des promenades à travers l'histoire, des focus bibliographiques, des conférences,...

"Nous devons à une ignorante de bien grandes découvertes." Mirabeau

olympegouges3Née Marie Gouze à Montauban, quelques kilomètres au nord de Toulouse, parlant l'occitan et vivant en milieu rural, rien de prédisposait Olympe à mener des combats humanistes avec deux siècles d'avance sur son époque : égalité des hommes et des femmes, droit de vote pour tous, abolition de l'esclavage et de la "Traite des Noirs", de la peine de mort, défense d'une justice sociale,...

Elle fut la première femme française féministe moderne, à l'image de sa contemporaine anglaise Mary Woolestonecraft ("A Vindication of the Rights of Women"), bien avant Virginia Woolf !

En 1788 sera publiée sa première brochure politique qui ne passera pas inaperçue : "La lettre au peuple ou projet d'une cause patriotique". Quelques mois plus tard, elle réitère par des "Remarques Patriotiques" qui fourmillent d'idées judicieuses et de propositions d'avant-garde. Pendant les premiers mois de la révolution, Olympe va "inonder" les députés, la Cour et le public de ses pamphlets, brochures et pétitions, ne craignant pas le ridicule, voire la violence. On dirait aujourd'hui "buzz", "blog", "tweet", "réseaux",...

C'est ainsi qu'elle fut la première à parler d'assistance sociale, d'établissements d'accueil pour les vieillards, de refuges pour les enfants d'ouvriers, d'ateliers publics pour ceux que l'on n'appelait pas encore les chômeurs, idée qui sera reprise en 1848 sous le nom d'Ateliers Nationaux.  Elle plaide en faveur du divorce (légalisé deux ans plus tard).
 Elle va même beauoup plus loin, dans une attitude d'un modernisme inouï, bien avant Charles Fourier, en proposant une révision du mariage au profit d'un "Contrat social", sorte d'adultère légal qui préfigurerait la reconnaissance par une loi du statut des concubins. Elle réclamait également des secours pour les filles-mères et le droit à la recherche en paternité. Elle demandait le droit d'une pension alimentaire en cas de divorce, mais aussi la reconnaissance par la société de la dignité des mères, mariées ou non. Elle souhaitait aussi que tous les enfants, légitimes ou non, aient un droit sur les biens hérités du père. Ce fût fait... en 1975 !

Elle fût l'une des premières à invoquer cette notion de dignité de l'être humain, en utilisant tous les moyens d'information et de communication de l'époque, de la même façon que les blogueurs d'aujourd'hui pour s'exprimer, faire passer leurs idées et pourquoi pas faire les révolutions.

L'écrivaine méconnue

Son premier roman, elle l'écrira à 36 ans : "Zamore et Mirza ou l'heureux naufrage" qui, en dénonçant l'esclavage des Noirs, n'en finira pas de faire parler d'elle à Paris. Les journaux conservateurs se déchaînent !  Des pièces de théâtres suivront  : Lucinde et Cardénio, puis les Amours de Chérubin, pour donner une suite au Mariage de Figaro, ce qui irrita particulièrement Beaumarchais.

Tout cela dans un climat où la littérature était considérée comme "nuisible pour la femme", comme s'amuse à le rappeler  Charles Monselet, son biographe, dans "Les Oubliés et les Dédaignés."

Qu'en reste-t-il dans l'histoire ?

olympeecritspolitiques1Une phrase célèbre, attribuée à tort par Michelet à Sophie de Condorcet : "Les femmes ont le droit de monter à l'échafaud. Elles doivent avoir également celui de monter à la tribune." Il faudra attendre encore cent cinquante ans ! Cela lui coûtera la guillotine en 1793.

Mais Sophie de Condorcet, justement, qui partageait les idées révolutionnaires de son mari et d'Olympe, allait un jour répondre à Bonaparte qui lui indiquait qu'il n'aimait pas "les femmes qui se mêlent de politique", elle rétorqua : "Dans un pays où on leur coupe la tête, il est naturel qu'elles veuillent savoir pourquoi !"

Choderlos de Laclos avait écrit qu'il n'y aurait pas de véritable révolution sans que les femmes s'en mêlent et que le changement de la société dépendrait de leur courage. Elles payèrent le prix fort mais elles auront pourtant constitué l'armature du féminisme moderne, même si certains historiens ou chroniqueurs du temps les ignorent ou réduisent leur participation à l'anecdote ou au scandale.

 

 

 

Le Musée virtuel "Olympe de Gouges 2.0"

graciela2Graciela Barrault est la conceptrice et porteuse du projet. Elle réalise en 2011 une réalisation making of d'un tour du monde du photographe Marcos Lopez pour Pernod-Ricard. "Créateurs by Marcos Lopez. 10." En 2009,  réalisation d'un documentaire de 52' "Femmes, témoins dans une affaire d'état", pour Mareterraniu Productions, France 3 Corse, Via Stella, France 3 « La case de l'oncle Doc ». En 1998, elle coréalise "Mr Priebke, un nazi en Argentine" doc. 52' avec Cécile Patingre, Sombrero Productions RTBF, RAI, Planète. 

Sa grande réflexion sur "Vers quoi vont les documentaires aujourd'hui ?" lui offre cette rencontre avec Olivier Blanc, Historien et écrivain de la première biographie consacrée à Olympe de Gouges (Edition Syros - 1981). Il est le Conservateur et le conseiller historique du Musée.
Le Musée retracera les itinéraires personnel, littéraire et politique de la vie d'Olympe de Gouges de 1748 à 1791, en utilisant ses écrits, des vidéos, des animations et mises en images avec des comédiens et comédiennes, dont Juliette Stevez.  Une plateforme multimédia qui se veut ludique et interactive.

Plus de vingt personnes collaborent au projet, dont Serge Diloy (Supersonido), producteur ; Frédéric Pham, consultant historien / Documentation et archives ;  Delphine Maréchal, rédactrice en chef / Stratégie, communication ; Marie-Charlotte Flandé, directrice artistique / Design graphique, développement web.

Une belle réhabilitation de cette pionnière humaniste, révolutionnaire et visionnaire aux pratiques et pensées innovantes. Amis blogeurs, ne feriez-vous pas d'Olympe votre égérie ?! 

www.olympedegouges-museum.com

(Source bibliographique : "Ainsi soit Olympe de Gouges" /Benoîte Groult. )

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aller-plus-loin

 

- Livre "Ainsi soit Olympe de Gouges" de Benoîte Groult / Grasset 2013 

- Ecrits politiques d'Olympe de Gouges / Editions Indigo Côté-Femmes / 2007 - Tome 1 (1788-1791) et Tome 2 (1792-1793).

- Pièce de théâtre "Olympe de Gouges, porteuse d'espoir" au Théâtre du Guichet Montmarnasse, jusqu'à fin avril 2013 :

- Roman graphique "Olympe de Gouges"  de Catel et Bocquet / Editions Casterman 

- Livre "Marie Olympe de Gouges, une humaniste à la fin du XVIIIème siècle" d'Olivier Blanc / Editions René Viénet (2003)

- Installation "Olympe de Gouges" / Nam June Paik -1989