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Barthélémy Toguo ou l'art de l'action

Il se revendique de Ray Lema, Baaba Maal ou Alpha Blandy pour la musique et des actionnistes viennois pour l'art de la performance. Barthélémy Toguo, artiste plasticien originaire du Cameroun, défend un art engagé et solidaire. Découverte.

3 juillet 1996. Un homme musclé se rend à l'aéroport d'Orly. Destination : Berlin . La tête rasée, il est vêtu d'un tee­ shirt moulant et d'un pantalon en treillis. II se présente à l'embarquement avec une cartouchière pleine de Carambars, des bonbons pour les enfants. Son gabarit et son accoutrement en font, à première vue, un passager suspect. Très vite, le service de sécurité l'interpelle, l'interroge et passe ses bonbons aux rayons X. Après plusieurs contrôles, les agents comprennent enfin qu'ils se trouvent en face d'un honnête individu. Et pas n'importe lequel : Barthélémy Toguo, artiste plasticien.

L'artiste récidive en 1999, dans le wagon de première classe d'un train à destination de Paris. Habillé cette fois en éboueur ! Oui, Barthélémy Toguo n'hésite pas à se mettre en scène dans ses performances pour tordre le cou aux préjugés et clichés en tout genre. Quitte à provoquer. Le ton se veut humoristique, la politique n'est pas loin. Dans son atelier du 20" arrondissement de Paris, Toguo nous livre ses secrets.

Son travail commence par des dessins préparatoires, des simulations sur des croquis. C'est dans ce loft aux couleurs rayonnantes, dont la grande baie vitrée laisse entrer la lumière - huit mètres de hauteur sous plafond - que naissent ses idées. Son inspiration, il la puise dans la vie de tous les jours où le bonheur côtoie la souffrance, la sexualité, la guerre, la beauté, la laideur.
« Je mets l'homme au cœur de mon travail car, en tant qu'artiste, je dois être témoin de mon époque par rapport aux discriminations, aux échanges Nord-Sud, au sida, à la guerre en Irak, à l'exil, à la révolution arabe, à la célébration de la beauté... », clame-t-il comme une profession de foi.

Reconnu dans le monde entier

Artiste humaniste engagé, Toguo se nourrit également de ses voyages. Au Kosovo, à Lagos, à Johannesburg ou à Auschwitz : il donne la parole à ceux qui sont dans l'ombre et s'imprègne de leur histoire pour la raconter dans ses œuvres. Barthélémy Toguo multiplie techniques et médias. Il utilise installations, dessins, sculptures, performances, photos ou vidéos, qu'il réalise dans son atelier au milieu d'innombrables plantes et tableaux mais dans un décor à son image : organisé. Une culture de l'ordre qui lui vient notamment de sa formation allemande. Car Toguo a étudié l'art aux Beaux-Arts d'Abidjan, à l'École supérieure d'arts de Grenoble en France, puis encore à la Kunstakademie de Düsseldorf. 

Si l'atelier parisien de l'artiste est son laboratoire, son usine de production s'appelle Band j ou n Station, un lieu créé au Cameroun pour la promotion de l'art africain et de la culture.
Ce projet se veut aussi un appel à la diaspora. Chacun doit mettre ses compétences au service de son pays et contribuer à l'épanouissement des hommes. Car « les gouvernements africains ne comprennent pas qu'instaurer l'art dans les écoles permet d'ouvrir l'esprit des enfants», déplore Toguo, qui propose de reprendre les idées d'André Malraux en créant des maisons de la culture, véritables lieux d'émancipation des jeunes.

Chantal Baoutelman, Journaliste UP' Magazine