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FIAC 2013 : où est l'innovation ?

Avant le premier jour d'ouverture au public de la FIAC 2013, Claude Cehes a posé son regard d'expert, en avant-première pour les lecteurs d'UP' Magazine. Compte-rendu de promenade.

La Fiac a 40 ans, le bel âge dit-on, l’âge de la maturité internationale en l’occurrence. Toutes les revues d’art s’entendent pour la porter au pinacle : « Une Fiac 2013 renversante » d’après Beaux-arts Magazine, « Une 40éme édition de la Fiac énergique et éloquente » selon Le Journal des Arts. Bien, on va se régaler. Courons-y !

Première belle image dehors, en attendant l’ouverture à la presse : une sculpture monumentale de Jean Dubuffet devant le Petit Palais. Elle semble être là depuis une éternité, en totale harmonie avec le bâtiment. Cela fonctionne si bien que c’en est étonnant. Paris qui manque singulièrement de sculptures devrait l’acheter (Avec nos impôts fonciers en augmentation, ce ne devrait pas être difficile et en plus cela nous ferait plaisir).
Donc tout commence bien.

À l’inverse des années précédentes, je décide de visiter d’abord le premier étage ( Après avoir couru un marathon dans la nef, il faut beaucoup de bonne volonté et une sacrée dose de curiosité pour grimper les marches) et j’entraîne à ma suite le photographe Peter Winfield qui couvre ce reportage, mais il serait plus exact de parler de en ce qui me concerne de compte-rendu.
Dans le Salon d’Honneur, le carré des galeries émergentes, c’est la désillusion. C’est à se demander pourquoi des marchands payent des stands aussi chers pour ne montrer presque rien. Malgré tout, j’ai trouvé deux artistes intéressants qui sauvent la mise. Germaine Kruip (Galerie The Approach) qui met en mouvement des triangles d’acier d’une façon intelligente et Anthony Pearson (Galerie David Kordansky) qui montre des beaux bronzes noirs, genre tuyaux pliés mais curieusement organiques.

En direction du secteur des Galeries Lafayette qui subventionnent une dizaine de galeries et décernent un prix, nous entrons dans le secteur de l’art contemporain pur et dur qui a tendance à me laisser de marbre. Notons quand même, l’accrochage rotatif de Mole et Tibéri (Galerie Sémiose), amusant ; l’installation multimédia d’Éva Kotatkova bien faite mais un peu barbante ( Galerie Hunt Kastner) et à voir, le film "Medea" d’Ursula Mayer qui nous raconte l’histoire d’une Médée aux prises avec le monde contemporain, pas mal du tout.
Ceux qui aiment la vidéo, les diaporamas ou les installations performatives trouveront leur bonheur à cet étage.

Retour à la Nef. D’abord une bonne nouvelle. L’époque des mangas a l’air close. Ouf ! Il nous reste quand même dans ce genre de style, un Balzac- Mickey de Darren Lago ( Nouveau nom de Rodin ) chez Annely Juda, qui est tout à fait marrant si on oublie la piètre qualité d’exécution et un autre Mickey ( Si ce n’est lui, c’est donc son frère) d’un dénommé Kaws (Galerie Perrotin) qui devait être installateur de parquet avant de devenir artiste. Là, c’est tellement bien exécuté que c’en Prest mortellement ennuyeux.

Bronze d'Anthony Pearson © Peter Winfield

 Triangles d'acier de Germaine Kruip © Peter Winfield

J’ai eu un coup de cœur pour une œuvre de Chen Zen à la Galeria Continua. Sa « Chair of concentration » où des seaux d’un autre siècle servent d’écouteur et déversent des informations sur un fauteuil chinois vide va plus loin que le simple humour en touchant au politique, sans compter que la pièce est vraiment une œuvre d’art.
Il y a un magnifique bois de Bazelitz devant une non moins superbe toile chez Thaddaeus Ropac, trois Miro qui valent le coup d’œil chez Lelong, pâtine et formes exceptionnelles, un Marcel Broodthaers de 1968 chez Michaël Werner qui laisse sur place pas mal d’artistes contemporains avec son accumulation de moules.

Car, oui, il faut quand même le dire, la pauvreté de la pensée, le manque d’élaboration de la plupart des artistes présentés sont affligeants. Exemples : Une cage à barreaux de Tom Burr avec de la musique et des pochettes de disque de John Cage (Galerie Bortolami), Gilles Barbier, une de nos coqueluches françaises, qui présente Still Memory 8 à la Galerie Valois, à savoir des livres enfouis dans et traversés par une jungle de plastique, message niveau classe de troisième, et ainsi de suite.

Et à propos du Prix Marcel Duchamp et des artistes en compétition, je dirai comme Louis XVI : « Aujourd’hui, rien à signaler ». Et j’espère qu’une vraie révolution va se mettre en marche pour redonner du sens à l’art sans avoir besoin de mode d’emploi.
Bref, à part de très belles œuvres d’artistes du XXéme siécle que je vous laisse dénicher au hasard de votre parcours, l’ensemble de la foire m’ a semblé uniforme, convenu, bienséant en quelque sorte. Pour tout dire, je regrette les années de jeunesse de cette foire, sa folie créative et la joie de ses artistes.

Oeuvre de Ye Soo Kyung ©Peter Winfield

Photos : Personnage Miguel Chevalier - Fauteuil Shen Zen - Humains Rosemarie Schwarzwälder

Ps : Numérique et digital au Show- Off à l’Espace Cardin.  Expo pauvrissime. Sauf un personnage en Pixels verts de Miguel Chevalier.
Avertissement : Repéré les premières sculptures en 3D. Attention aux horreurs qui vont arriver !
Conseil : Ruez-vous voir au cinéma L'Arlequin (rue de Rennes - Paris 6ème) : "La Ruée vers l’Art" et vous comprendrez tout.

Claude Cehes, Sculpteur - Grand Reporter Arts et culture UP' Magazine - 23 octobre 2013
www.cehes-sculpteur.eu

Photos : © Peter Winfield
www.peterwinfield.fr

Exposition FIAC 2013 du jeudi 23 au dimanche 27 octobre 2013 - Tarif 35 €