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MASCULIN-MASCULIN ou le Sexe Augmenté

Voilà une exposition très bien mise en scène où les toiles se répondent avec intelligence et humour, de salle en salle et d’une époque à l’autre. Pour une fois, les visiteurs, souvent jeunes, paraissent y prendre beaucoup de plaisir (c’est bien le moins !) et il y a de quoi.

Nous entrons dans un monde d’éphèbes, d’anges déchus aux traits indécis, d’androgynes aux yeux tendres ( « Jason » De Gustave Moreau) que côtoient de gros costauds aux muscles exaltés (ex : sculpture de Gréber, « Coup de grisou »), arqués de souffrance (soi-disant !). Nous humons presque l’odeur de ces chairs évanescentes ou transpirantes ou déliquescentes sur lesquelles la mort (Bouguereau - "Egalité devant la mort") s’apprête à fondre, car la mort est toujours là en suspens comme si tant de beauté et de puissance charnelle ne pouvaient qu’éclore et mourir en pleine acmé.

Mais parfois des corps autrefois magnifiques survivent aux outrages du temps ; alors, un Lucian Freud nous livre un vieillard au sexe mou, déjà tavelé des tâches vertes de la décomposition ; un Ron Mueck, le corps-déchet de son père et Egon Schiele, (pour moi, le peintre le plus intéressant de l’exposition) un autoportrait bouleversant.

Si les sujets (souvent religieux) de la plupart des peintures du XIXème sont terriblement anecdotiques et parfois complètement ridicules à nos yeux contemporains, ces toiles ont de la pâte et une âme qu’elles doivent à l’excellence technique des artistes qui les ont peintes avec une jubilation (jouissance ?) que l’on partage encore si on est un peu à l’écoute de leurs vibrations. Aussi, mêmes les pires et les plus conventionnelles dans leurs compositions attirent le respect.

En regard, les tirages des photos numériques de Pierre et Gilles ou David LaChapelle, semblent terriblement maniérés et très à plat. Ce qui n’est pas le cas d’un magnifique tirage argentique des années 36, de José Maria Sert où l’on voit un homme nu qui monte sur une échelle bancale, vers sa crucifixion pourrait-on croire, et qui porte en lui toute l’incertitude du destin humain.
Je vous laisse le trouver, je n’en ai pas la reproduction ni celle d’un autre qu’il ne faut pas rater, une photo prise par Andy Warhol à la Factorerie dans les années 60. On y voit les membres (avec jeu de mot) de la Factorerie et c’est si vivant, si annonciateur de l’art photographique contemporain dans la façon de cadrer que l’on croirait qu’elle vient d’être faite.

Pour clore le sujet photo (il y en a beaucoup d’autres très intéressantes), allez jeter un coup d’œil dans la partie interdite aux mineurs pour regarder le tirage en couleur de « L’Origine de la Guerre » d’Orlan, un pastiche, le phallus en plus, du tableau de Courbet. C’est vraiment drôle mais cela aurait été plus intéressant à mon sens qu’elle le fasse peindre sur toile « À la manière de… ». 

L’expo est très riche en peintures, un peu moins en sculptures (Quelques Rodin, une œuvre de Louise Bourgeois « Histeria », il y en a de meilleures, et encore d’autres de plus ou moins bonne qualité), il manque beaucoup d’artistes qui auraient pu y être mais je la trouve réjouissante surtout si vous la regardez comme je vous invite à le faire : oubliez les thématiques des salles et, puisque de nos jours on ne parle que de réalité et d’êtres humains augmentés, concentrez-vous sur les techniques d’augmentation du sexe et de sa puissance dans les œuvres, quelles que soient les époques où elles ont été réalisées.

Avec un simple chiffon dont il noue les hanches de son « Saint Sébastien « (quel nœud !), Gustave Moreau attire notre regard là où franchement nous n’aurions pas d’emblée songer à regarder. Quant à son « Jason », que se passe-t-il sous le linge ? Réponse avec l’épée dressée le long de sa jambe. Et regardez le marbre gris de Greber, « Coup de grisou », oh ! les jolies courbures du pantalon. Et le marbre blanc du « Torse du Belvédère » de Peynot, la chose sur sa cuisse, c’est un souvenir d’une belle érection ? Et que dire de la massue peinte par Fléau : il y a « Danger » mais lequel ? Et sur la photo dHoyningen-Huene « Horst on Horse », c’est quoi cette débandade d’une serviette éponge ? Et que se passe-t-il avec "Le Saint Sébastien" de Courmes. Que veut-il enserrer de sa main gauche ? La colonne à laquelle sa passion le lie ? Sans parler de l’objet, une corne de brume que tient la Vierge, à la fois appareil masculin et féminin.

Vous devez penser maintenant, que vous avez à faire à une obsédée sexuelle mais non, je suis simplement sculpteur et je viens de vous expliquer certaines astuces du métier, anciennes comme le monde.
Je vous le dis : allez vous amuser et vous en découvrirez d’autres.

Exposition Musée d'Orsay - Paris jusqu'au 2 janvier 2014.

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Photo ouverture : « Horst on Horse » de Hoyninger-Huene
Photos  ©Musée d'Orsay

Claude CEHES, Sculpteur - Grand reporter Arts et culture UP' Magazine

www.cehes-sculpteur.eu