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Inauguration de l'Institut culturel Google

C'est aujourd'hui, mardi 10 décembre, que google s'ancre dans le réel en ouvrant rue de Londres dans le 9ème arrondissement parisien l'Institut culturel Google (siège de Google France), une plate-forme regroupant sur Internet des musées du monde entier, des archives historiques et des vues de paysages célèbres.

À la fois ambassade, centre de conférences, showroom de technologies de pointe et lieu d’exposition d’art contemporain, ce lieu de 350 m² ne sera pas accessible au public, mais uniquement, à l'occasion de la présentation de projets, aux étudiants, artistes, conservateurs et autres acteurs du secteur culturel. Il accueillera par ailleurs en résidence de jeunes artistes (nés après 1989) sélectionnés par la plateforme 89plus, dirigée par les curateurs Hans Ulrich Obrist et Simon Castets, et qui proposeront un projet en interaction avec des ingénieurs.

C'est une nouvelle étape pour Google : 6 millions de documents sont désormais disponibles en ligne sur le service Google Art Project.com – de l'art, mais aussi des monuments, ou des archives. Ce Google Art Project, initié en 2010, se veut être, selon son directeur Amit Sood, une manière de rendre l’art accessible à tous. 

Un zoom en haute définition sur l'art

Avec 400 partenaires issus de 50 pays, 53 000 œuvres sont ainsi visibles sur le Web, dont 67 en très haute définition ; et 80 musées visitables virtuellement grâce à la technologie StreetView (La Tate Gallery à Londres, le MoMA à New York, le musée Jacquemart-André à Paris ou encore le musée Unterlinden de Colmar, le Château de Versailles, La Monnaie de Paris, ...). Google Street View c'est la possibilité de zoomer sur les œuvres d’art numérisées en haute définition, le visiteur pouvant approcher des chefs-d’œuvre de chez lui, pour une immersion optimale. 
Dans une interview au JDD du 8 décembre, Amit Sood explique : "Je me suis demandé s’il était possible de ressentir quelque chose d’émotionnel, comme lorsque l’on se tient devant une œuvre, et la réponse est non. C’est pourquoi nous avons développé une expérience sans pareille de zooming et créé des visites virtuelles comme si vous étiez dans les musées. Ces deux idées ont été développées pour rendre l’art plus immersif en ligne."

La digitalisation extrême d’une oeuvre est une technologie très profonde qui permet de rendre visible jusqu’aux craquelures sur une toile, afin de rendre l'art en ligne plus immersif.

Quelle mission face au monde de l'art ? 

Aller vers le plus grand nombre avec une meilleure compréhension des oeuvres grâce à internet et permettre un meilleur accès à la culture. Le monde entier peut accéder au monde de l'art du monde entier ! La culture en voyageant... chez soi. Le géant américain possédant les outils technologiques de grande précision, ils peuvent proposer des vues à 360°, mettre en relief des détails insoupçonnés.
Ceux qui le souhaitent, artistes ou galeries, pourront accéder à ces technologies pour mettre en valeur leurs propres œuvres. Un atelier est équipé d'un écran géant, d'une station de capture et d'impression 3D, d'outils de fabrication numérique et de l'Art Camera, qui permet de réaliser des images en gigapixels… 

Des réticences argumentées 

Le Google Art Institute est à but non-commercial (pas de publicité). Les œuvres d’art, les expositions et les archives qui sont hébergées viennent d’institutions culturelles. Et celles-ci doivent posséder les droits pour fournir le contenu. Si les musées concernés sont maîtres du choix des œuvres qu'ils souhaitent mettre en avant, ils doivent aussi fournir ces données gratuitement, ce qui exclut les artistes dont l'œuvre n'est pas tombée dans le domaine public (soixante-dix ans après leur mort).

Pour accéder à ce musée géant, les internautes doivent avoir une adresse Gmail (chez Google) pour interagir. Le moteur de recherche américain peut alors monétiser ces métadonnées. C'est une des raisons de certaines réticences dont le Musée du Louvre ou le Centre Pompidou qui jugent ce musée virtuel "pauvre en termes d'histoire de l'art".

Selon le JDD, même Wikimédia a une position nuancée : "A priori, nous sommes favorables à tout ce qui va dans le sens d'un plus grand accès à la culture, précise Rémi Mathis, président de Wikimédia France. Nous regrettons cependant que les images ne soient pas réutilisables et sous licence libre car on ne peut pas les télécharger. Il faudrait que Google montre qu'il crée cet institut vraiment dans un but culturel désintéressé, et tourné vers les utilisateurs qui aiment à mixer les images, les réutiliser."

Aurélie Filippetti, Ministre de la culture, ne s'est pas rendue à l'inauguration : « Malgré la qualité des projets conduits, je ne veux pas servir de caution à une opération qui ne lève pas un certain nombre de questions que nous avons à traiter avec Google », a justifié la ministre de la culture au journal Le Monde. Et de citer quatre points de friction : « La question de l'équité fiscale, celle de la protection des données personnelles, celle de la protection de la diversité culturelle et enfin le dossier des droits d'auteurs. » Par ailleurs, dans « l'automne numérique » (politique numérique du ministère) sont traités des sujets comme la mise en valeur du domaine public et l'ouverture des données du domaine public culturel, poursuit la ministre. 

Photo : AFP