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Quelle reconstruction après le séisme en Haïti ?

En partenariat avec ARTE Actions Culturelles et le musée du quai Branly dans le cadre de Citéphilo 2013, projection le vendredi 13 décembre 2013 du film "Assistance mortelle". 

On sait depuis Platon que le propre des images est d’obéir à une double contrainte : si elles doivent ressembler à ce qu’elles imitent, elles doivent en même temps s’en distinguer, sauf à se transformer en simples simulacres. En ces temps où, dans le monde numérique, se multiplient les « pseudo », ce vieux problème ontologique semble plus que jamais actuel.
Si la tentation est grande de dénoncer les impostures, il convient peut-être d’être plus nuancé. En effet, de la ressemblance au faux-semblant, de la nomination à la pseudonymie, du vivant à ses rôles et à ses ruses, toutes sortes de formes de présence/absence, de vicariance et de délégation révèlent les étranges puissances du pseudo qu’il convient
d’étudier dans ses multiples dimensions.

Première partie soirée

Projection du film de Raoul Peck Assistance mortelle (2013, 96’), une critique radicale du processus d’aide internationale qui a suivi le séisme du 12 janvier 2010 (230000 morts, 1,5 millions de sans-abri). Selon Peck, les 10 milliards de dollars de promesses d’aide humanitaire (et 3 milliards effectivement versés) se sont traduits par un « spectacle pornographique ».
Le film de Raoul Peck opère une critique salutaire des insuffisances des mécanismes de l’aide internationale.

Cependant, en focalisant négativement le propos sur la gestion politique à court terme, la dimension de la complexité de la situation haïtienne ne risque-t-elle pas d’être estompée et son avenir envisagé sous un angle uniquement pessimiste ? Une déconstruction plus ample, prenant en compte les « failles » de la société haïtienne, telles qu’elles ont été analysées sur le temps long par l’anthropologue Gérard Bathélémy ou l’écrivain Yannick Lahens.

Le film décrit ainsi au fil des mois, du haut au bas de l’échelle (conclaves interministériels des grands bailleurs, jeunes volontaires d’ONG sur le “terrain”, négociations à l’ONU...), le fonctionnement, ou plutôt le dysfonctionnement de l’assistance. Un monde qui tourne sur lui-même (plus de 50 % des fonds versés revient sous forme de salaires et de commandes aux donateurs eux-mêmes), avec ses stars (Bill Clinton, encore, mais aussi Sean Penn, Angelina Jolie...), ses rites (colonnes de 4x4, séminaires climatisés d’évaluation, inaugurations de projets, cocktails) et son inaltérable bonne conscience.
En dépit de l’impuissance patente à atteindre les objectifs fixés au départ, le système global de l’aide n’est en effet jamais remis en cause en tant que tel par ses acteurs, si sincères et si dévoués soient-ils. En Haïti, comme dans tant d’autres pays pauvres, ils ont un alibi tout trouvé : l’inadéquation des Haïtiens eux-mêmes, argument qui, d’emblée, motive leur exclusion des processus de décision.

Photo illustration : ©affiche Citephilo 2013

Deuxième partie soirée : Débat

-Raoul Peck, cinéaste, ancien ministre de la culture d’Haïti, président de la Fémis. A notamment réalisé : Moloch tropical (2009) ; L’école du pouvoir (2009) ; L’affaire Villemin (2006)

-Lyonel Trouillot, romancier, poète, journaliste. A notamment publié : Parabole du failli (Actes Sud) ; Le doux parfum des temps à venir (Actes Sud) ; La belle amour humaine (Actes Sud).

- Marcel Dorigny, historien, maître de conférences à l’université Paris 8 et qui a notamment publié : (Avec Anja Bandau et Rebekka Von Mallinckrodt) Les mondes coloniaux à Paris au XVIIIème siècle. Circulation et enchevêtrement des savoirs (Karthala); Rétablissement de l’esclavage dans les colonies françaises. Aux origines de Haïti (Sous la co-direction d’Yves Benot) (Maisonneuve et Larose).

Modération : Stanislas d’Ornano, docteur en sciences politiques, professeur de sciences économiques et sociales au Lycée Arthur Rimbaud de Sin le Noble.

Consulter et télécharger le programme de Citéphilo 2013 (format pdf)

Informations pratiques

• 17h - 20h30
• salle de cinéma
• entrée libre et gratuite dans la limite des places disponibles)