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RefleXions - Photographies de Claude Gaspari

Je viens vous parler d’un très grand photographe et vous propose de m’accompagner à bord de ses photos, pour un voyage dans une dimension inconnue de nous où Claude Gaspari pilote son appareil avec maestria.

Là, on dirait que les choses de notre quotidien ont été aspirées par le trou noir qu’il a creé dans l’univers qui est le sien et qu’elles nous reviennent en pleine lumière après avoir subi, Ailleurs, des déformations étranges, des mutations minérales, des distorsions de matière. Elles  palpitent et se tordent dans un spasme de couleur aux frontières du rayon que capte son objectif et il devient l’inventeur, comme Schwarschild, l’astrophysicien, d’une ligne de lumière qui devrait porter son nom.

Quand nous nous promenons parmi les tours de la Défense, nous tous, pouvons voir les beaux reflets que renvoient d’immeuble en immeuble, leurs milliers de fenêtres mais le photographe qu’il est, y décéle davantage, comme si ces verres se révélaient à lui et lui confiaient l’histoire de leur origine et le temps de leur fusion.

Sur son passage, les miroirs se boursouflent et tels des organismes vivants, sortent des murs en dansant pour venir à notre rencontre et nous faire entrer en résonance avec la vibration des cieux. Et pour nous contenter un peu plus, ils nous dévoilent au gré du vent, avec joie semble-t-il, les mystères de la lumière en diffraction et nous racontent à leur manière, le conte de Peau d’Âne, dont ils ont revêtu la robe couleur du temps. Alors nous n’avons plus qu’à admirer sur les façades, le chatoiement de cette parure (RefleXion) et y guetter l’apparition des gemmes précieux, d’onyx ou d’agate, qui y sont rebrodés.

 

 

 

 

Et quand Claude Gaspari qui affectionne Venise, part en ballade sur la lagune, ce n’est pas pour photographier à son tour, un paysage de carte postale, mais pour plonger son objectif au cœur des lents remous de ses eaux dormantes, intoxiquées par le pétrole. Alors son regard y fait naître des terres étranges et molles qu’un Dali aurait pu peindre (R.A), des paysages oniriques à la Max Ernst, des îles croisées dans une autre galaxie, des éruptions solaires jaillissant dans l’espace ou des marbres paysagés si précieux qu’on aimerait les poser sur un socle pour mieux les contempler.

On en oublierait que ce sont des tirages photographiques que nous avons sous les yeux et nous les apprécions d’autant plus que nous savons qu’ils ne doivent leur magie qu’à la prise de vue, qu’ils n’ont subi aucune retouche sur ordinateur, comme il est courant aujourd’hui avec la photo numérique, ce qui est quand même un exploit digne d’être noté.

Oui, Claude est un Grand et il a toujours travaillé pour et en compagnie des grands. Il a été le responsable pendant près de trente ans, du service photo-video de la Fondation Maeght et a photographié les œuvres et les portraits des plus fameux artistes du vingtième siècle pour illustrer les catalogues de leurs expositions (Calder, Giacometti, Miro, Tal-Coat et bien d’autres encore) mais il n’a pas oublié aussi de soutenir le travail d’un nombre incalculable d’artistes en devenir, dont il s’est fait l’ami tant il est vrai qu’une séance photo crée des liens forts entre le photographe et le plasticien.

Quand Claude débarquait dans mon atelier, du temps des ektas 10 x10  des chromalins et des prises de vue à la chambre, chargé comme un baudet de fils électriques, de fonds en papier de couleurs différentes, de plaques argentiques pour les noirs et blancs, de pelloches, de pieds, de parapluies et d’éclairages, il me semblait, en l’aidant à porter son matériel, que le professionnalisme qu’il manifestait à l’égard de mes sculptures, (en ne comptant pas ses efforts pour transbahuter tant de matériel afin de les photographier au mieux) leur apportait une valeur ajoutée qui m’honorait venant de la part d’un photographe si recherché.

Puis il entrait dans mon travail et des heures durant, jusqu’à la nuit parfois, il cherchait le plus beau plan ou le meilleur contre-jour qui pourrait servir la sculpture. Et si, embêtante comme toute artiste qui se respecte, je lui faisais remarquer parfois, qu’à mon goût, on ne voyait pas assez bien ceci ou cela, il refaisait la prise de vue selon ma demande, avec la gentillesse qui lui est coutumière, la tête cachée sous le voile noir et l’œil sur le quadrillage de l’objectif de sa chambre, tout en rigolant et me donnant du « CEHES, CRS ! ».

Je pense que Claude qui est la discrétion même, ne se serait jamais permis de plaisanter avec un Giacometti ou un Calder, mais je suis sûre que, devant tant d’intérêt et d’attention pour leurs œuvres, ces artistes-là avaient le plus grand respect pour son travail et qu’ils l’ont accueilli dans leur intimité de créateurs avec une confiance et une amitié  que l’on peut encore palper sur les superbes clichés couleur ou noir et blanc qu’il a fait d’eux.

Et puisque j’en suis aux photos en noir et blanc dont Gaspari a toujours lui-même assuré le tirage avec le plus grand soin, je vous laisse admirer la qualité d'une de ses photos, réalisée pour la SNCF, lors d’une exposition passée (Série Villeneuve 1993).

Alors ne vous privez pas d’aller voir ses dernières oeuvres qui sont superbes et bien loin de la sophistication des photographies à la mode dont la préciosité ou l’aridité convenues ont du mal à séduire notre photographe, elles se «  Réfléchiront » sans aucun doute, dans votre mémoire.

Exposition jusqu'au 25 janvier 2014 : Galerie Matignon, 18 avenue Matignon.75008. Paris - 01 42 66 60 32

www.claudegaspari.com / www.claudegaspari.fr       

Claude CEHES,  Sculpteur - Grand reporter  Arts et culture UP' Magazine    

www.cehes-sculpteur.eu