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Ubuntu ? Ou quand l’Afrique invite à la Posture !

Ubuntu : exposition de la Galerie d’Art Africaine – Inventer, construire ensemble pour créer du nouveau « plus grand » jusqu'au 5 mars 2014.

Le terme ubuntu est souvent lié au proverbe « Umuntu ngumuntu ngabantu » : "je suis ce que je suis grâce à ce que nous sommes tous " par Elísio Macamo.
Ubuntu est un beau concept éthique originaire d’Afrique australe, centré sur les relations entre les personnes, le partage.

C’est une éthique du Nous, qui marque la poétique relationnelle (concept d’Edouard Glissant (1)), la réciprocité entre les personnes, les cultures. En effet, l’individu, dans la conception Ubuntu, se construit à partir de sa relation avec les gens partageant le même monde.

Ubuntu a été ainsi liée à l’histoire de l’apartheid. Elle a inspiré la politique de réconciliation nationale de Nelson Mandela qui citait très souvent ce proverbe : “ Quelqu’un d’ubuntu est ouvert et disponible pour les autres, dévoué aux autres, ne se sent pas menacé parce que les autres sont capables et bons car il ou elle possède sa propre estime de soi — qui vient de la connaissance qu’il ou elle a d’appartenir à quelque chose de plus grand — et qu’il ou elle est diminué quand les autres sont diminués ou humiliés, quand les autres sont torturés ou opprimés. » Desmond Tutu.

Le 10 décembre 2013, Obama rend hommage à Mandela en un mot : « ubuntu ». C’est aussi ce mot qu’il utilise pour l'Open révolution :

« Finally, Mandela understood the ties that bind the human spirit. There is a word in South Africa—Ubuntu—that describes his greatest gift: his recognition that we are all bound together in ways that can be invisible to the eye; that there is a oneness to humanity; that we achieve ourselves by sharing ourselves with others, and caring for those around us. We can never know how much of this was innate in him, or how much of was shap—and burnished in a dark, solitary cell…. »

Pour sa prochaine exposition, la Galerie d’art Africaine a choisi le thème de l’ubuntu pour marquer à la fois l’identité Rhizhome de l’Afrique, son humanisme mais surtout à la racine du verbe –buni - sa capacité à inventer, construire, innover, mettre ensemble pour produire un autre monde plus grand –Toute la richesse et la diversité de l’art Africain et la force créative d’un Continent à suivre.

Une fois encore une belle exposition d’Aude Minart (bravo !) ou vous découvrirez une Afrique qui s’ouvre aux autres, tout en préservant ses spécificités culturelles. Une Afrique qui invite à la posture et à la production d’un monde nouveau, plus empathique, plus ouvert, plus hétérogène, plus vivant …Une sorte de “tout-Monde" qui me remémore les propos d’Edouard Glissant sur la poétique relationnelle que je vous invite à méditer pour trouver un sens profond à la notion de partage, de relation, de réciprocité culturelle !

Exposition UBUNTU  du 7 février au 5 mars 2014 - CLOÎTRE DES BILLETTES,  24 rue Archives 75004 Paris (M° Hôtel de Ville)

Rencontres autour d’un verre les samedis 15 février, 22 février et 1er mars de 12h à 14h

Aude Minard : audeminart[at]hotmail.com  / 06 60 24 06 26

www.lagalerieafricaine.com

(1) A propos d'Edouard Glissant

L’identité-Relation suppose l’ouverture à l’autre. Pour Édouard Glissant, la relation à l’autre est définie comme une nécessité de composer avec lui, d’ouvrir le lieu de la subjectivité au lien avec autrui. À une poétique de l’être posée comme un absolu, Glissant préfère une pensée de la Relation comme ce qui lie, relie et relaie entre eux les sujets. Dans cette optique, la conscience subjective n’est pas un territoire fermé sur lui-même. À l’identité racine-unique qui « tue » alentour, il faut ainsi privilégier l’identité-rhizome dont l’extension va du Je à l’autre, d’autrui à Moi :

Naître au monde, c’est concevoir (vivre) enfin le monde comme relation : comme nécessité composée, réaction consentie.

Contrairement à l’identité-racine qui prend modèle dans l’image de l’Un, l’identité-rhizome n’est pas contraire à l’enracinement. Elle s’oppose simplement à l’idée d’une racine unique et surtout exclusive des autres racines.

Glissant insiste par ailleurs sur ce fait capital que la relation à l’autre ne relève pas d’un besoin de transparence, mais qu’au sein de cette poétique de la Relation doivent au contraire être maintenues la densité, la profondeur et la complexité d’autrui ; ce que Glissant appelle son « opacité ».
Car le rapport à autrui n’est pas une simple mathématique, autrement dit une juxtaposition des consciences et des existences, mais bien plus une relation problématique qui, dans le parcours intersubjectif, vise à préserver ce qui dans l’autre se refuse à ma compréhension et à mon intelligence. Pour Glissant en effet, « plus l’autre résiste dans son épaisseur ou sa fluidité (sans s’y limiter), plus sa réalité devient expressive, et plus la relation féconde » Et cela est rarement compris !

Mais c’est nécessaire si l’on veut comprendre un autre concept de Glissant qui s’applique une fois encore merveilleusement bien à l’Afrique – La créolisation “ : "J’appelle créolisation, la rencontre, l’interférence, le choc, les harmonies entre les cultures, dans la totalité réalisée du monde terrestre." E.Glissant.

Vivre en poésie. Habiter le monde poétiquement.

Maryline Passini, Fondatrice et directrice de l'agence Proâme - Membre du Comité éditorial UP' Magazine

Photos  des Oeuvres : 

Patrick NUPERT - Exposition UBUNTU
NIKO, Sculpteur - Exposition UBUNTU