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Bill Vorn. Soft Métal.

Le Centre des Arts d’Enghien-les-Bains, consacré à l’écriture numérique s’est provisoirement transformé en camp de transit pour robots déjantés. Ces immigrés venus d’ailleurs (plus prosaïquement du Canada, l’artiste étant originaire de Montréal où il vit et enseigne) ont certainement vécu un voyage infernal à travers le temps et l’espace car leur raison semble en avoir été sérieusement ébranlée.

C’est presque avec tendresse que leur auteur observe les réactions de ces machines psychotiques et désorientées qu’il a dû confiner dans des chambres de force, baignées de lumières bleues ou rouges, afin de les apaiser et de contenir leur agressivité. En effet, il se pourrait que la visite d’un humain à sang chaud dans les couloirs de cet asile psychiatrique particulier, déchaîne la fureur de ces êtres métalliques, programmés pour réagir de façon aléatoire à un passage intrusif.

 

Aussi, prudence ! Il vaudrait mieux éviter de se recevoir sur la figure un violent coup de trompe pneumatique de la part de l’une de ces machines agitées (Red Lights) , ni de se faire piquer par les cinq robots suivants, prêts à nous détecter ( Hystericals Machines), dont les comportements aberrants et la forme cylindrique évoquent les caractéristiques du virus du Sida. Alors, courage fuyons et montons au premier étage !

Et là, c’est la désolation. Nous entrons dans un univers de pauvres choses en métal, de forme vaguement humaine, qui poussent des gémissements sinistres et se contorsionnent comme des vers de terre. On pense, non pas, à des malades mentaux du futur mais bien plus à des aliénés du dix-neuvième siècle, victimes de maltraitance et d’abandon, le tout dans un bruit insupportable et des lumières clignotantes infernales.

L’un de ces robots m’a plus intéressée que les autres. Il est apparemment autiste et ne se réveille que pour pousser un hurlement. Il m’a fait penser au Cri, le célèbre tableau de Munch. La « face » de la machine a quelque chose du personnage du peintre.

Avec ce robot, et avec lui seul, j’ai pu enfin adhérer au propos de Bill Vorn qui, interrogeant notre monde déjà passablement robotisé et notre bonne nature, se demande si on peut ressentir de l’empathie envers de simples structures métalliques animées et les considérer comme pouvant être authentiquement autonomes et folles de surcroît.

Et pour ce, il a mis en place depuis 1997, un programme de recherche-création sur L’Esthétique des Comportements Artificiels qui me semble bien pompeux car l’interrogation : « Objets inanimés, avez-vous donc une âme ? » a été posée depuis fort longtemps par Lamartine, que l’on peut voir de l’humain dans un nuage ou une pierre, que la peur de voir apparaître un ordinateur plus intelligent que nature et déviant, fait partie des fondements de la science- fiction. Et qui ne connaîtrait pas encore le titre explicite de ce journal des années 1975: « Métal Hurlant » ?

Ceci dit, l’exposition est de qualité, ne serait-ce que par les moyens mis en jeu pour animer ces ferrailles et qu’il en ressort une certaine beauté esthétique et théâtrale.

Cependant, je me souviens du travail d’un autre artiste qui, en 1976, et lui, humblement, sans ordinateur et sans plus discourir, avec des éléments de machines à coudre animées par de petits moteurs, a traité du même thème, en créant des robots étranges et poignants. Il s’appelle Fabian Sanchez. Je doute que Bill Vorn en ait jamais entendu parler mais ces deux-là , à près de quarante ans de distance, ont beaucoup en commun.

Jusqu'au 23 mars 2014 au Centre des arts - Ecriture numérique d'Enghien les bains (95) www.cda95.fr

Claude Cehes, Sculpteur. Grand Reporter Arts et Culture UP' Magazine
www.cehes-sculpteur.eu