Close

Appel à colloque Images tatouées

Le musée du quai Branly lance un appel pour organiser un colloque les 12 et 13 février 2015coordonné par Sébastien Galliot (CREDO-Aix-Marseille Université, CNRS, EHESS), le Département de la Recherche et de l’Enseignement et la Direction du Développement Culturel du musée du quai Branly. Proposé à l’occasion de l’exposition Tatoueurs-Tatoués, ce colloque international interdisciplinaire engagera une réflexion sur le statut ontologique, juridique et esthétique des images tatouées.

Largement absent du champ des études visuelles, le traitement du tatouage par les sciences humaines et sociales reste dominé par un partage entre, d’une part, la question du corps, qui se préoccupe peu des images tatouées et, d’autre part, une sémiologie des motifs et des images, s’efforçant de mettre au jour une rhétorique visuelle. Si dans un cas on glisse sur les images pour ne se préoccuper que de la blessure infligée à un corps, dans l’autre on néglige le corps pour ne s’intéresser qu’à la signification des motifs tatoués.

Afin de définir avec plus clarté le ou les modes d’existence du tatouage, ce colloque aura pour ambition de réinterroger le tatouage depuis sa dimension de geste technique, d’action transformative d’un corps, d’un sujet ou d’une personne, jusqu’à la production et la circulation de motifs tégumentaires, qu’ils soient abstraits, aniconiques ou figuratifs.

Les changements constatés dans l’industrie du tatouage et dans la globalisation de certaines pratiques indigènes nécessiteront aussi d’aborder des questions non plus seulement ontologiques (les propriétés générales du tatouage) mais aussi juridiques (propriété du corps) et esthétiques (appropriation par les artistes contemporains). On étudiera donc la géographie des lieux de transmission, de diffusion et d’échanges, les phénomènes de diversification par les médias, les processus d’entrée dans le monde de l’art, les problèmes éthiques liés à la marchandisation, l’exposition et la conservation des images tatouées.

Fondamentalement interdisciplinaire, ce colloque propose de réunir anthropologues, historiens de l’art, juristes, sociologues, philosophes, conservateurs et autres chercheurs autour d’une réflexion qui voudrait à la fois remettre en perspective une pratique contemporaine en plein essor et soumettre à la critique les modèles interprétatifs existants.

Quatre axes de réflexion ont été retenus :

• Techniques et outils
L’analyse morphologique des ustensiles de tatouage a permis de produire des typologies techniques et de les associer à des aires de répartition. Or, si l’on admet que le tatouage est le résultat d’une action outillée mise en œuvre par des experts, alors les savoirs liés aux matières, aux gestes, ainsi que leurs modes de transmission, sont autant de données pertinentes pour compléter l’analyse des marques tégumentaires par l’étude de la dimension sociale du processus technique qu’est le marquage.

• L’agentivité de l’image tatouée
Partant du postulat qu’une meilleure compréhension du tatouage doit passer par la prise en compte de ses conditions de réalisation, de réception et dans certains cas de cicatrisation, il s’agira de mieux saisir ce que les propriétés formelles et techniques du tatouage peuvent apporter à l’étude des images au sein d’un réseau d’intentionnalités. Attribuer aux images et aux artefacts une capacité d’action n’est pas une posture nouvelle, mais le tatouage n’a que très rarement servi à appuyer ce type d’approche, alors qu’il est une « image agissante » par excellence. On mettra donc les motifs, marques et images tatouées sous l’angle de la figuration au banc d’essai des théories intentionnalistes afin de décrire leur statut d’agent ayant un effet sur le monde, notamment dans le contexte rituel.

• Ecologie du tatouage
Que la pratique et le port de tatouage soient intimement liés à un engagement, à des degrés variés, au sein de communautés d’interconnaissance, à l’acceptation de valeurs, à l’appartenance à des cultures de classe ou à des tribus urbaines, ne fait aucun doute. Le terme « écologie » vise ici à mettre en évidence, dans une industrie désormais globalisée, les ressources (réelles ou virtuelles) qui garantissent la construction des identités professionnelles des tatoueurs et leur reproduction, les lieux où se produisent les innovations (sideshows, salons, conventions, expositions), les phénomènes d’échange et de diffusion, et enfin les interactions significatives entre tatoueurs et tatoués.

• De l’image à l’œuvre
Le tatouage s’est tellement répandu aujourd’hui que le problème s’est déplacé : ce n’est plus un degré de civilisation (ou de sauvagerie) qu’il indique, mais c’est son « coefficient d’art » qui interroge. On peut, en effet, faire une histoire du tatouage moderne et contemporain comme on a fait une histoire de la peinture, avec ses grands artistes, ses styles, ses écoles régionales et ses périodes. La question des droits d’auteur en regard de la propriété du corps, la revendication d’un statut d’artiste et non plus de simple artisan, agitent les milieux du tatouage. Mais le tatouage attire aussi d’autres créateurs (artistes plasticiens, photographes, cinéastes…) qui en reprennent les pratiques, les images et les connotations à des fins que les tatoueurs ne reconnaissent pas toujours comme légitimes. Il reste encore beaucoup à faire sur ce double passage du tatouage dans le champ de l’art.

Modalités de soumission des propositions et calendrier :

Les propositions de communications (300 mots maximum) ainsi qu’une biographie de 5 lignes sont à adresser à Sébastien Galliot s.galliot1[at]gmail.com ET à Jessica De Largy Healy jessica.delargy-healy[at]quaibranly.fr pour le 19 septembre 2014.

Les décisions du comité scientifique sur les propositions seront communiquées le 24 septembre 2014.

Comité scientifique :

- Pierre-Yves Belfils, Responsable des publications périodiques et des publications numériques, médiathèque, musée du quai Branly
- Jessica De Largy Healy, Chargée de la Recherche, département de la Recherche et de l’Enseignement, musée du quai Branly
- Sébastien Galliot, Conseiller scientifique de l’exposition, Chercheur Associé (Centre de Recherche et de documentation sur l'Océanie, Marseille)
- Thomas Golsenne, Ecole Nationale Supérieure d'Art de Nice, Villa Arson
- Frédéric Keck, Directeur, département de la Recherche et de l’Enseignement, musée du quai Branly
- Luc Renaut, Centre de Recherche en Histoire et histoire de l’Art, université Grenoble 2

Coordination :
Anna Gianotti Laban, responsable de la coordination des manifestations scientifiques, département de la Recherche et de l’Enseignement, musée du quai Branly.