Close

Halte à la destruction du génie humain !

Etat islamique

La guerre contre la culture en Irak par l'organisation"Etat Islamique" se poursuit avec la destruction ce week-end du site antique d'Hatra fondé au 13ème siècle avant JC. L'UNESCO, par la voix de sa directrice générale, Irina Bokova, estime que « La destruction de Hatra marque un tournant dans l'effroyable stratégie de nettoyage cultuel en cours en Irak ». Les condamnations se multipient. Notre responsable de la rubrique Arts et Culture lance un cri : NON ! Assez !

Halte à la destruction du génie humain. Halte à la destruction de l’histoire. Halte à la destruction de ce qui a de plus beau en l’homme, de ce qui le rapproche des dieux : son infinie aptitude à la création.

Assez ! Déjà, en 1999, la décapitation des bouddhas de Bâmiyân nous a arraché le cœur car le trou que cet acte forait dans la civilisation était mille fois plus grand que le trou en forme de cercueil laissé dans la roche. Un trou noir prêt à avaler l’âme humaine, un trou où l’on brûle tout ensemble, les hommes et les livres, l’avenir et le passé car comment s’affilier à l’humanité sans les précieux livres de pierre ou de parchemin de ceux qui nous ont précédé, de ceux qui ont inventé l’écriture, il y a plus de 6.000 ans en Mésopotamie. Artistes de la planète terre, levez-vous ! Protestez ! Écrivez partout où vous le pourrez votre indignation.

Quant à vous qui n’êtes plus tout à fait humains, qu’avez-vous fait à Mossoul ? Qu’avez-vous fait à Nimroud ? Qu’avez-vous fait à vos enfants ? Ne craignez-vous pas que les dieux antiques ne se lèvent et n’abattent leur colère sur vos épaules, pour vous punir et vous balayer tels les fétus de paille que vous êtes au regard de l’Histoire ? Il est encore temps de se repentir. Arrêtez !
Injonction naïve de ma part, bien sûr. Les nazis qui étaient certainement plus instruits que ceux-là, s’en sont donné à cœur joie pour détruire livres et œuvres d’art qui ne correspondaient pas à leur idéologie. Cela ne leur a pas porté bonheur ! Et malheureusement, la nature humaine semblant invariable, ils n’étaient pas les premiers à commettre l’irréparable.

Il serait plutôt drôle si ce n’était tragique, de constater que les fanatiques auxquels nous avons à faire, effacent les vestiges d’une civilisation dont ils devraient plutôt se revendiquer, eux qui foulent cette terre au pied et en sont peut-être originaires. Leur barbarie n’a d’égale que celle des assyriens qui, en leur temps et sur les mêmes lieux, terrorisaient les populations, les suppliciaient avec une rare cruauté ou les déportaient après les avoir réduites en esclavage. À l’aune des horreurs commises, ils en sont les dignes héritiers. Mais ces barbares-là étaient des barbares « éclairés ». Ils détruisaient tout sur leur passage mais pour mieux reconstruire. Ils nous ont laissé les traces de palais somptueux, de tombes étonnantes, de sculptures d’une grâce rare et d’une exécution remarquable. Leurs bijoux et mobilier n’ont rien à envier aux créations contemporaines. Il en est de même pour ceux de l’antique Égypte qui n’étaient pas spécialement tendres non plus et qui, à chaque changement de pharaon, se jetaient sur les temples de leur prédécesseurs pour en effacer l’imagerie et les cartouches. Mais que ne nous ont-ils pas donné en échange ! Un patrimoine que toute l’humanité revendique comme le sien.

Pas le vide absolu que laissent derrière eux ces terroristes, un grand fond de désespérance aussi noir que le trou d’impact d’une balle de kalachnikov dans les murs.

Claude Cehes, UP' Magazine