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Exposition Le Comte des nuages: Masanao face au Mont Fuji

musée quai Branly exposition
Le musée du quai Branly présente une exposition du 3 novembre 2015 au 17 janvier 2016 sur le météorologue japonais de renom et passionné par la capture de l’image statique ou en mouvement, le comte Masanao Abe (1891 - 1966) qui a consacré 50 ans de sa vie à l’étude et à la photographie des corrélations entre les nuages et les courants atmosphériques sur le mont Fuji. En partenariat avec l’Intermédiathèque de Tokyo, le musée du quai Branly met en lumière cette figure oubliée en présentant dans l’Atelier Martine Aublet une sélection d’œuvres majeures – photographies et films – mais aussi d’appareils photographiques ou de mesure de la collection du comte Masanao Abe récemment acquise par l’institution tokyoïte.
Photo : Masanao Abe à l'Observatoire de la foudre © musée de l'université de Tokyo
 
Fondateur, en 1927, de l’observatoire Abe de recherche sur les nuages et courants atmosphériques, au pied du mont Fuji, il a laissé un héritage sans égal pour la photographie scientifique, qui impose de lui reconnaître aujourd’hui une place à part en tant que chercheur et inventeur de nouvelles techniques de l’image, aux côtés des Frères Lumières, de l’Américain Eadward Muybridge ou encore du Français Étienne-Jules Marey.
 
Au-delà du caractère technique et scientifique, l’esthétique et la beauté des images du comte Abe doivent être aujourd’hui reconsidérées, à l’instar des photographies de nuages d’Alfred Stieglitz, comme une contribution à la photographie moderniste.
 
Le mont Fuji à l'aube © musée de l'université de Tokyo
 
Masanao ABE (1891 – 1966) : Une vie pour l’étude des nuages
 
Né à Tokyo en 1891, Masanao Abe n’est encore qu’un enfant quand il assiste, en 1898, à la première projection à Tokyo du cinématographe, tout juste importé au Japon. Gravé dans sa mémoire, ce souvenir initiatique éveille en lui une aspiration envers l’image animée. Adolescent, il s’essaie à la fabrication de son propre appareil de prise de vues et se passionne pour le domaine et acquiert une « kineocamera », un appareil de prise de vues à usage domestique, fabriqué au   Japon.
 
Elève brillant, il intègre deux ans plus tard, le département de Physique de la faculté des Sciences de l’Université impériale de Tokyo et s’y fait  vite  remarquer pour ses connaissances en matière d’appareils de prise de vues.
En 1927, il fonde au pied du mont Fuji, « l’Observatoire Abe de recherche sur les nuages et courants atmosphériques », réunissant une documentation colossale sur l’observation des corrélations entre les nuages et les courants atmosphériques. Ses études sur le mont Fuji ne se limitent pas à la simple obtention d’images d’archives. Celles-ci sont accompagnées de données minutieuses relatives à la météorologie telles que la date et l’heure, la pression atmosphérique et le temps, constituant ainsi un impeccable patrimoine scientifique.
 
Fiche de données d'observation, 1933 © musée de l'université de Tokyo
 
Vue du mont Fuji depuis l'Observatoire Abe vers 1937 © musée de l'université de Tokyo
 
Inventions et recherches photographiques au service de la science
 
Lors d’une traversée en Méditerranée en 1923, Masanao Abe aperçoit la « Comtesse des vents », forme étrange de nuage lenticulaire qui apparaît au-dessus de l’Etna et qui demeure immobile un certain temps avant de disparaître. De retour de voyage, il découvre cette même forme au-dessus du Mont Fuji. Dès 1925, il consacre tout son travail à la plus haute montagne du Japon.
 
Depuis la seconde moitié du XIXe siècle, la photographie était utilisée pour les recherches sur les nuages. Toutefois, la mise en application des techniques filmiques, et plus particulièrement la prise de vues en accéléré et la prise d’images stéréoscopiques animées qu’utilisa Masanao Abe, fut d’une ingéniosité inédite dans le monde de la météorologie.
 
Photographies séquentielles d’un nuage tsurushi dans un stratocumulus, 1926 © musée de l’université de Tokyo
 
Masanao Abe inventa divers instruments de mesure et d’enregistrement. Ces recherches, amorcées avec la prise d’images statiques au moyen d’un appareil photographique grand format, ont connu des développements techniques successifs, avec des images produites au moyen d’un appareil stéréoscopique, des images filmées aux formats 16 et 35 millimètres, des images en accéléré, des images stéréoscopiques filmées à partir de deux points d’observation éloignés, puis avec la mise au point d’un dispositif de capture d’images stéréoscopiques animées permettant de contrôler simultanément les deux points d’observation, pour aboutir à une proposition relative à la méthode de projection des images stéréoscopiques animées.
 
Investigations sur les moyens d’enregistrer par l’image un objet mouvant et changeant, les expériences menées par Masanao Abe constituent également un nouvel examen de l’histoire de l’évolution des techniques de l’image. Il est donc nécessaire de réévaluer Masanao Abe dans l’histoire des sciences en tant qu’investigateur des techniques de l’image et ce aux côtés du cinématographe des Frères Lumière ou de la chronophotographie de l’Américain Eadward Muybridge et du Français Étienne-Jules  Marey.
 
Expérience sur les courants atmosphérique © Musée de l’univesité de Tokyo
 
Une contribution inédite à la photographie moderniste
 
Au delà de son intérêt scientifique, le travail de Masanao Abe doit être reconnu du point de vue de l’histoire de la photographie. Ses photographies grand format des nuages flottant sur Fujisan, sont remarquables en tant qu’œuvres d’art saisissant l’apparence des montagnes d’avant-guerre, apparence qui nous est désormais inaccessible. Le comte des nuages nous propose un spectacle hypnotisant, une danse de séduction des volutes s’amassant et se dispersant autour du sommet  imperturbable.
 
Ses photographies, d’une qualité indéniable, ne cèdent en rien aux esquisses de nuages à l’encre d’Alexander Cozens, peintre paysagiste du 18e siècle, ou encore aux photographies de nuages prises à la même époque par le photographe Alfred Stieglitz.
 
Ainsi, les photographies d’archives des diverses expériences scientifiques menées par Masanao Abe font pleinement partie de l’histoire de la photographie moderniste.
 
Un espace dédié : l'Atelier Martine Aublet 
 
Les installations de l’Atelier Martine Aublet sont conçues avec le soutien de la Fondation Martine Aublet, sous l’égide de la Fondation de France. « Nous souhaitons garder une place à des formes de présentation plus légères, plus souples, mais aussi plus libres, plus personnelles et à l’occasion plus iconoclastes. » Stéphane Martin, président du musée du quai Branly.
 
Un espace modulable sur le Plateau des collections : Cet espace de 170 m2 est conçu comme un cabinet de curiosités contemporain pouvant présenter une trentaine d’œuvres. L’Atelier Martine Aublet présente chaque année une moyenne de trois installations qui mettent en lumière les nouvelles  acquisitions du musée, la photographie contemporaine non-occidentale, une collection extérieure invitée, les collections du musée du quai Branly ou encore une carte blanche à des artistes contemporains, des personnalités ou encore des institutions culturelles et scientifiques partenaires du musée.
Ces projets spécifiques offrent une liberté et une souplesse de mise en place dans des délais courts, en fonction de l’actualité du musée, et des grands événements nationaux et internationaux, permettant de créer des événements inattendus.
 
La Fondation Martine Aublet
Outre l’Atelier Martine Aublet, plusieurs axes, en lien avec les actions du musée, ont été choisis par la Fondation Martine Aublet pour orienter son engagement :
- l’attribution de bourses destinées à aider de jeunes chercheurs à se  former  sur le terrain et à mener à bien une recherche dans les domaines de l’ethnologie, de l’histoire des arts extra- européens et de l’histoire des arts. Ces bourses, d’un montant de 15.000 euros chacune, ont bénéficié à 38 jeunes chercheurs du monde entier depuis leur création en 2012. Elles ont été remises suite à un appel d’offre international.
- le prix Martine Aublet est décerné par  la  Fondation  Martine  Aublet  - en collaboration avec le musée du quai Branly - à une personnalité scientifique reconnue, soucieuse de transmettre son savoir à un large public, dans les domaines de l’ethnologie, de l’histoire extra-européenne et de l’histoire des arts, et dont l’œuvre est publiée en France.
Doté de 20.000 euros, le premier prix a été remis le 1er octobre 2012 à l’anthropologue Francoise Héritier, Professeur honoraire au Collège de France, saluant ainsi l’ensemble de son œuvre et de sa carrière ; le deuxième prix a été attribué, le 03 mars 2014, à Maurice Godelier pour son ouvrage « Lévi-Strauss » (2013, Le   Seuil).
www.fondationmartineaublet.com
 
Photographie hémisphérique de nuages, 1932 ? © musée de l'université de Tokyo
 
A propos du Professeur Yoshiaki NISHINO, Commissaire de l’exposition
 
Né en 1952, Yoshiaki Nishino est docteur ès lettres, professeur, directeur du musée de l’Université de Tokyo (UMUT) et Directeur de l’Intermédiathèque. Ses spécialités sont l’histoire de l’art, la muséo- technologie et la politique  culturelle.
Après des études sur l’iconographie chrétienne du Moyen-Âge tardif à la Faculté de lettres de l’Université de Tokyo, Yoshiaki Nishino est nommé maître de conférences à l’Université de Hirosaki,  puis chercheur invité du Centre international de documentation et de recherche du Petit Palais à Avignon. En 1993, il obtient son doctorat avec ses Recherches sur la Provence du XVe siècle, qui reçoivent l’année suivante le 11e  prix Shibusawa-Claudel. Ce prix, créé en   1984à l’occasion du 60e anniversaire de la Maison Franco-Japonaise, est décerné chaque année aux travaux de haut niveau de chercheurs français sur le Japon et réciproquement de chercheurs Japonais sur la France. Ce prix contribue ainsi à une meilleure compréhension mutuelle entre les deux pays.
Au printemps 2003, à la demande du ministère de la Culture français, le professeur Nishino participe en tant qu’historien de l’art spécialiste à la restauration du Triptyque du Buisson ardent, chef-d’œuvre de la peinture gothique du 15e siècle de Nicolas Froment conservé à la cathédrale Saint-Sauveur d’Aix- en-Provence. Suite à ses travaux, il publie, en 2011 en langue française, le catalogue : Le triptyque du Buisson ardent. Comité franco-japonais pour la recherche scientifique sur le patrimoine culturel.
Le professeur Nishino mène par ailleurs de nombreuses recherches bibliographiques, sur les mouvements d’avant-garde artistique en Europe, la bibliographie artistique occidentale, ou encore le graphisme littéraire moderne au Japon.
En 1994, le professeur Nishino intègre l’Université de Tokyo où il participe à la création du musée universitaire. Avec le concept de « muséo-technologie », il avance l’idée d’une nouvelle discipline pratique et synthétique dans le domaine muséal, discipline adaptée au 21e siècle. Yoshiaki Nishino dirige la politique d’acquisition de collections et archives numériques de ce musée qui  acquiert  alors  un statut de 1er plan. Par ailleurs, au sein de ce musée, Yoshiaki Nishino conçoit de nombreuses expositions expérimentales : L’univers morphologique de l’Asie de l’est, Les lettres de l’histoire, L’archéologie du savoir, Entre le vrai et le faux, Propaganda, Biosophia of birds, Ishin : l’aube des échanges scientifiques franco- japonais. Le professeur Nishino  obtient  également  de nombreux  prix  de design  et de scénographie  pour ses  expositions.
En 2001, à la suite de la rénovation d’un bâtiment situé dans les jardins botaniques Koishikawa de Tokyo et classé « propriété culturelle importante », le professeur Nishino fonde l’Annexe du musée de l’Université de Tokyo. Il y développe son concept de muséo-technologie au croisement de l’art et de la science, et collabore avec de nombreuses personnalités et des artistes contemporains tels que : Mark Dion (Chamber of curiosities, 2002), Hermès (Société de recherches sur le Dressage, 2003), Mariko Mori (Transcircle, 2004), un projet collaboratif liant Milan, São Paulo et Tokyo (Global Souk, 2005), Pierre Hermé (Sweets & Science, 2011). Par ailleurs, il collabore avec Hiroshi Sugimoto à la Fondation Cartier pour l’art contemporain (Hiroshi Sugimoto, 2004), Naoki Takizawa à l’Université Nationale de Taiwan et au musée des Tissus de Lyon (Anthropometria, 2011).
En 2007, le professeur Nishino initie le projet Mobile Museum, dans le cadre duquel il organise plus de 130 expositions mobiles pour toucher le public scolaire ou en entreprise, au Japon et à l’étranger. Le Mobile museum a tourné dans onze pays : la France, l’Italie, la Suisse, le Maroc, l’Éthiopie, la Syrie, le Laos, la Mongolie, la Chine, Taiwan, les Philippines et le Pérou.
Enfin avec l’aide d’entreprises privées, le professeur Nishino fonde au sein du musée le département de Muséo-technologie (MT) et l’Intermédiathèque (IMT). L’Intermédiathèque ouvre en 2012 aux 2e et 3e étages de la JP Tower au sein de l’ancienne poste de la capitale nipponne. Avec des expositions sur le patrimoine scientifique, l’Intermédiathèque entreprend de faire dialoguer la création artistique contemporaine et les sciences, croisant des disciplines aussi variées que le théâtre, le cinéma, la musique, la photographie, la mode, la gastronomie, le design et l’art.
 
L'intermédiathèque : Un espace d’exposition expérimentale à Tokyo
 
Etablissement culturel public tokyoïte géré conjointement par la Japan Post et le Musée de l’Université de Tokyo, l’Intermédiathèque, à la différence des musées traditionnels, a été conçue pour être une arène expérimentale, créatrice et productive qui, à travers la recherche académique, stimule le dialogue entre des modes d’expression divers en vue de nouvelles  productions  culturelles.
 
Le cœur de ses activités consiste à jeter des ponts entre des  domaines  différents  et éloignés les uns des autres, comme l’attestent ses expositions Art & Science qui croisent expression artistique et recherche scientifique. Ce projet culturel et  scientifique  a  été confié au directeur du musée de l’université de Tokyo, le Professeur Yoshiaki Nishino. La volonté de créer un lien entre les disciplines et les époques se lit aussi dans son design même qui mêle l’ancien et le nouveau et qu’on peut qualifier de « rétro-futuriste ».
 
Le quai Branly à Tokyo
 
En 2013, la convention de collaboration scientifique signée entre l’université de Tokyo et le musée du quai Branly a conduit à la création d’un espace d’exposition satellite du musée du quai Branly au sein de l’Intermédiathèque, le quai Branly TOKYO. Ce projet, rendu possible grâce au mécénat de Monsieur Christian Polak et de la société K.K. SERIC, est une tentative inédite pour associer des institutions d’enseignement et de recherche franco-japonaises autour de prêts mutuels de leurs collections.
 
Espace d’exposition pérenne, le quai Branly Tokyo présente des chefs-d’œuvre des collections du musée du quai Branly. Depuis sa création, le quai Branly Tokyo a accueilli les expositions : NIAS du 18/03/2013 au 16/03/2014, FERS RITUELS AFRICAINS du 01/04/2014 au 16/02/2015 et l’exposition SCULPTURES MAORIES  jusqu’au 15/02/16.
 
Nuage © musée de l'université de Tokyo
 
Informations pratiques
LE COMTE DES NUAGES : MASANAO ABE FACE AU MONT FUJI : musée du quai Branly - 37, quai Branly - 75007 Paris
tel. : 01 56 61 70 00
www.quaibranly.fr
Mardi, mercredi et dimanche de 11h à 19h
Jeudi, vendredi et samedi de 11h à 21h
Ouvert les lundis des petites vacances scolaires