Close

Chagall: la force dansante de la vie

Marc Chagall Philharmonique
L’exposition de la Philharmonie de Paris Marc Chagall : Le Triomphe de la musique explore les créations pour la scène de Marc Chagall, les commandes décoratives et architecturales liées à la musique. Une nouvelle approche musicale de l’œuvre est nourrie par l’écoute des sons et des résonances de la matière. Sont réunies environ 270 œuvres (peintures, dessins, costumes, sculptures et céramiques), incluant des installations multimédias notamment grâce à un dispositif exceptionnel développé par le Google Lab autour du plafond de l’Opéra et un ensemble de photographies, pour la plupart inédites. Visite pour les lecteurs de UP’ Magazine…
 
 « De Bach et de Mozart, j’entends leur souffle qui sonne, moi-même je deviens un son » dit Chagall dans l’un de ses poèmes et l’on pourrait ajouter, je deviens une danse aussi.
 La musique souffle sur les personnages qu’il peint comme sur une graminée et ils se dispersent dans l’espace de la toile comme autant de notes de musique en couleur. Ils ne sont pas jetés là au hasard. Chaque coup de pinceau a pour objectif de les faire valser, de les faire tourner dans la cosmogonie, de les y intégrer. Ils font partie de cette lente rotation de l’univers qui n’aurait aucun sens si les êtres humains et les animaux aussi   n’existaient pas pour la contempler. C’est la force dansante de la vie dans ce grand tout qu’il nous raconte à travers la Bible, la musique et bien sûr l’amour qui sont d’après lui les plus belles choses au monde. Chaque toile fonctionne un peu comme une boite de Pétri où le peintre étudie le vivant à la loupe, ses personnages devenant des cellules qui, à la manière d’organismes aquatiques dont ils prennent parfois la forme, assurent la pérennité de la vie.
 
 Il y a une monumentalité, une force dans ces œuvres, du plus petit dessin aux immenses décors pour l’Opéra, une présence qui semble venir d’ailleurs et avoir dépassé le simple humain qu’était le peintre. Il est en symbiose avec le chant des étoiles et on ne peut que reconnaître que ces toiles que l’on pourrait prendre pour de la jolie peinture illustrative sont bien plus que cela. Elles dégagent un flot d’amour, de joie et de foi, non pas en Dieu comme on pourrait le penser mais en l’homme.
 
Marc Chagall, Projet pour le rideau de scène de L'Oiseau de feu, 1945 © ADAGP, Paris 2015 - CHAGALL ®
 
Chagall est un passeur d’harmonie et d’harmoniques. Il n’est donc pas étonnant qu’il ait travaillé pour l’opéra, qu’il se soit pris de passion pour la grande musique comme celle de Stravinsky, elle  sait traverser le cœur des hommes, et qu’il se soit attaché à l’émouvante vision du corps quand cette magnifique et énigmatique machine, se met à danser le monde.
 
La beauté des gestes, la beauté des sons, leur concordance, tout est là sur la toile, sublimé par un coup de pinceau libre, agile, virevoltant. Tout est là dans les taches de couleur qui se balancent, qui se répondent avec humour, qui rythment comme des croches sur une portée l’ensemble du tableau. Et c’est à se demander si cet emploi de couleurs presque primaires ne ferait pas de Chagall un initiateur de l’art abstrait.
 
Marc Chagall, La Danse, 1950-1952.
Centre Pompidou, Musée national d'art moderne, Paris,
en dépôt au Musée national Marc Chagall, Nice 
© ADAGP, Paris 2015 - CHAGALL ®
 
 Il faut s’attacher à bien regarder les esquisses à l’encre de ses décors d’opéra, c’est là qu’on voit Chagall dans l’intimité et la puissance de sa création sans être distrait par la couleur des toiles achevées. Il faut s’attarder sur les masques en papier mâché qu’il a créés avec, on le sent, un plaisir d’enfant, une tête grotesque à trois yeux, une crinière  de cheval en plumes d’autruche, un travail qui le rapproche de l’art brut et amusez-vous à  retrouver chez certains couturiers célèbres de notre temps, les emprunts qui ont été faits à ses costumes de scène (Instruments de musique en trompe l’œil, par exemple).  Ne passez pas non plus sans les voir devant ses poteries de 1952 qui n’ont rien à envier à celles de Picasso.
 
 Prenez le temps aussi, dans la salle des projets pour l’opéra Daphnis et Chloé, de regarder le pas de deux qui est une vraie merveille. Les danseurs sont soulignés de noir et la différence d’échelle faisant, on a l’impression que ce sont les personnages peints par Chagall qui dansent sur et hors de la toile.
 Parcourir cette exposition procure un vrai plaisir tant par la qualité de ce qu’elle montre que par ce qu’elle nous apprend sur la production des différents opéras auxquels il a offert son talent.
 
Claude Cehes, Grand reporter, UP' Magazine
 

Exposition Marc Chagall, Le triomphe de la musique Jusqu’au 31 janvier 2016 Philharmonie de Paris, 221, avenue Jean-Jaurès, 75019 PARIS RENSEIGNEMENTS / RÉSERVATIONS : 01 44 84 44 84 philharmoniedeparis.fr

 
Photo : Marc Chagall travaillant aux panneaux du Metropolitan Opera de New York : Le Triomphe de la musique, atelier des Gobelins, 1966 (c) ADAGP, Paris 2015 - Photo Izis (c) Izis-Manuel Bidermanas