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GRADHIVA n°22: Cosmos, univers terrestre et objets célestes ...

musée quai Branly
La revue d'anthropologie et d'histoire des arts Gradhiva du Musée du quai Branly vous présente le Cosmos comme vous ne l'avez jamais vu ! Comment appréhender le cosmos, cette énormité comprenant l’univers terrestre et les objets célestes ? Comment le visualiser ? Le tenir dans ses mains ?
 
Figurant des systèmes de relations organisant un tout, les cosmologies constituent, de long temps, des sujets d’étude privilégiés par l’anthropologie. On les trouve communément sous la forme de représentations totalisantes (comme un mandala, ou un globe), ou bien sous la forme d’objets contenant le cosmos (comme un chaudron). Pour user d’autres terminologies, elles peuvent se décliner en « cosmogrammes », qui traitent le cosmos comme une entité indépendante et autonome, ou en « objets cosmiques », qui contiennent le cosmos. Ou, pour le formuler encore autrement, ces cosmologies dévoilent des vues « panoptiques », qui permettent d’ « embrasser facilement d’un seul coup d’œil », ou bien des vues « oligoptiques », offrant de la totalité qu’elles
cherchent à exprimer des vues partielles, mobiles, connectées à d’autres. L’anthropologie, mais aussi l’histoire des savoirs modernes et l’anthropologie des sciences et des techniques, sont ainsi rompues aux objets et dispositifs rendant possible de tenir le cosmos dans ses mains ou de l’avoir devant ses yeux, rendant possible de le contempler, de le maîtriser et de l’expérimenter. 
Quels sont, néanmoins, les petits opérateurs nécessaires à de telles manœuvres ? En proposant d’approcher les cosmologies autrement que comme des
représentations du cosmos, les auteurs de ce nouveau numéro de GRADHIVA invitent à suivre les lentes, patientes, souvent laborieuses, parfois confuses, élaborations du cosmos, en s’intéressant aux ingrédients ou composants, ainsi qu’à leurs modes de liaison.
Comment le cosmos est-il capté – plutôt que capturé ? Quels en sont les révélateurs ? Qu’est-ce-qui, localement, est capable de servir d’indicateur de changements qui nous dépassent (comme les changements atmosphériques) ?
 

Résumés des articles du dossier

 
Choses cosmiques et cosmogrammes de la technique, par John Tresch
 
Les choses peuvent évoquer et même contenir tout un cosmos : c’est la thèse de Martin Heidegger dans certains de ses écrits tardifs qui parlent des choses en tant que « rassemblements ». Mais son analyse des choses s’inscrit dans une critique soutenue de la technologie et de l’« époque des conceptions du monde ». Dans cet article, John Tresch considère les objets techniques comme des « choses cosmiques » à la Heidegger. Pour contrebalancer ces généralisations totalisantes, voire totalitaires, sur l’« arraisonnement », ainsi qu’une tendance, assez largement répandue parmi les critiques de la modernité, à ne présenter la technologie qu’en termes dystopiques, uniformes et claustrophobes, John Tresch propose le concept de « cosmogramme » : un objet concret qui cherche à résumer l’ordre du cosmos. Les cosmogrammes des sciences et de la technique occidentales peuvent servir de base à la comparaison et à la connexion du « monde industriel » avec d’autres manières d’organiser l’univers.
 
Astromorphing. Des planètes, des visages et des ondes de longue portée en astrologie, par Emmanuel Grimaud
 
L’astrologie possède sans doute en Inde son plus grand laboratoire, si l’on en croit l’éventail exceptionnel de situations dans lesquelles elle se trouve mobilisée. Elle jouit par ailleurs d’une reconnaissance institutionnelle, donnant lieu à des enseignements et des recherches très variées, au croisement de la science, de la médecine et de la divination. Contrairement aux idées reçues, elle possède une dimension expérimentale indéniable. Elle n’a jamais cessé de se réinventer au cours du temps, donnant lieu à de nouvelles formes de connexion aux astres, à un affinement des méthodes de calcul pour anticiper leurs fluctuations et à de nouveaux procédés pour magnétiser utrement tout ce qui nous entoure. C’est plus particulièrement à l’astromorphologie que cet article est consacré et aux techniques utilisées par un astrologue indien pour mesurer les emprises des astres à même le visage et leurs mécanismes d’influence à distance. La consultation astrologique est envisagée ici comme un lieu privilégié où faire des expériences en résonance dont on peut suivre en situation les enchaînements et les implications sur les personnes, modifiant leur rapport au corps et à l’environnement (astromorphose).
 
Les signatures des dieux. Graphismes et action rituelle dans les religions afro-cubaines, par Julien Bonhomme et Katerina Kerestetzi
 
Cet article s’intéresse aux graphismes en usage au sein des religions afro-cubaines, notamment dans le palo monte et l’abakuá. Il examine comment ces signes, appelés firmas ou « signatures », participent à la dramaturgie rituelle. Qu’il s’agisse d’une cérémonie collective ou, plus modestement, d’un « travail » magique pour un patient, les graphismes saturent l’espace, les artefacts et les corps des participants. Ils servent à figurer les esprits des morts, les dieux, les astres ou tout autre agent non humain mobilisé par le rite. Ils donnent également à voir les actions invisibles que ces entités sont censées accomplir. Ils constituent en somme des diagrammes de l’action rituelle : à la fois une représentation de ses parties invisibles et le schème organisateur qui structure son déroulement. Combinant les approches sémiotique et pragmatique, l’article étudie à la fois ce que représentent les signes graphiques et ce qu’ils permettent de faire.
 
Petits récits destinés à joindre les deux bouts des particules au cosmos – en passant par la Suisse, par Sophie Houdart
 
D’où gagner le sentiment de soi dans l’univers ? Partant du sentiment océanique cher au  romancier Romain Rolland, cet article se propose de rendre compte, sous forme de petits récits, d’une enquête menée au CERN sur le Grand collisionneur de hadrons (LHC). Au regard de la littérature qui dresse en droite ligne une relation des particules au cosmos et présente la machine comme transcendance, il se situe à l’échelle humaine, au niveau de ce qu’il faut bel
et bien pour connecter les unes à l’autre et éprouver le sentiment de ce qui nous déborde.
 
La lune de Saturne et le « nous » œcuménique. Entre astrobiologie et anthropologie, par Istvan Praet
 
Cet article aborde l’exploration spatiale d’un point de vue anthropologique en privilégiant avant tout le domaine de l’astrobiologie et, plus particulièrement, les recherches menées aujourd’hui sur Titan, la plus grande lune de Saturne. Titan constitue l’un des sujets favoris des astrobiologistes : cette lune possède en effet toute une série de caractéristiques, parmi lesquelles une atmosphère très dense, qui lui confèrent un étrange air de famille avec la Terre. Mais comment en est-on venu à établir cette soi-disant familiarité ? Pour y répondre, Istvan Praet se propose d’étudier ce qu’il appelle le « nous œcuménique », à savoir notre plus grand dénominateur commun. Quand les planétologues posent la question de savoir si nous sommes seuls dans l’univers, ce « nous » ne renvoie pas nécessairement au concept biologique de vie. Pour l’astrobiologie contemporaine, le « nous » peut parfois faire référence aux êtres dont la constitution est proche de celle des roches, des océans, ou même des planètes.
 

Gradhiva au musée du quai Branly - Anthropologie et histoire des arts

 
Créée en 1986 par Michel Leiris et Jean Jamin, GRADHIVA a représenté un lieu de débats sur l'histoire et les développements de l'anthropologie fondés sur des études originales et la publication d'archives ou de témoignages. Depuis 2005, la revue est publiée par le musée du quai Branly et se consacre à l’étude scientifique des arts au sens le plus large du terme : elle traite de toutes les productions et pratiques qui font l’objet de jugements de caractère esthétique ainsi que des contextes ou champs dans lesquels se meuvent ces productions et pratiques. Dédiée tout autant aux arts occidentaux qu’aux arts extra- européens, elle est ouverte à de multiples disciplines : l'ethnologie, l’histoire de l’art, l'histoire, la sociologie, les études littéraires et musicologiques. Elle s’attache enfin à développer, par une iconographie souvent inédite et singulière, une interaction entre le texte et l'image.
Comité de direction :  Anne-Christine Taylor, Daniel Fabre, Yves Le Fur, Frédéric Keck
Comité de rédaction : Emma Aubin-Boltanski, Christine Barthe, Julien Bondaz, Julien Bonhomme, Antonio Casilli, Giordana Charuty, Michèle Coquet, Jean-Charles Depaule, Emmanuel Grimaud, Christine Guillebaud, Monique Jeudy-Ballini, Denis Laborde, Philippe-Alain Michaud.
 
Revue n°22 / 248 pages, 71 illustrations / Prix : 20€ 
Édition : musée du quai Branly / Diffusion : Flammarion-Diffusion
Abonnement : Epona 82 rue Bonaparte - 75006 Paris