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"Solitaire" ou l'art du détournement

exposition Stéphane Thidet
Le Collège des Bernardins, en association avec Rubis Mécénat cultural fund (1), donne carte blanche à Stéphane Thidet, dans le cadre de "Questions d'artistes", pour occuper l'ancienne Sacristie du Collège, d'avril à juillet 2016. Poursuivant ses réflexions sur la perception du temps et "l'aura" des matériaux, Stéphane Thidet proposera dans l'ancienne sacristie des Bernardins une véritable métamorphose de ce lieu chargé d'histoire en inventant un dispositif qui en change totalement la visite et la compréhension.  
 
Grâce à une installation qui mobilise une importante quantité d'eau pour créer un paysage contemplatif, architectural et mental, Stéphane Thidet imagine ici une étrange « machine à dessiner » célibataire : une installation sur le modèle des machines célibataires inventées par Michel Carrouges, qui prendra place dans une « chorégraphie liquide, minérale et solitaire ». Après Lyes Hammadouche et Pauline Bastard, il sera le troisième invité du programme de résidence initié par le commissaire Gaël Charbau. 
 
Délibérément inclassable, Stéphane Thidet est un artiste travaillant avec de nombreux médiums et matériaux. Diplômé de l'Ecole nationale supérieure des beaux-arts de Paris en 2002 (félicitations du jury) après avoir passé son diplôme en 1996 à l’Ecole des beaux-arts de Rouen, il travaille à Aubervilliers. Son travail s’appuie sur la fugacité des éléments et des objets comme moteur de résistance et de reconstruction. Ses œuvres figurent dans de nombreuses collections publiques et privées (2).
 
Dans ses œuvres, il manipule et transforme des sons, des images filmées, des objets manufacturés ou encore des éléments naturels extraits de leur environnement d'origine. Ses installations cherchent souvent à déplacer les frontières classiques de l'art, comme lorsqu'il introduit en 2009 une meute de loups dans le parc du Château des Ducs de Bretagne lors de la manifestation Estuaire à Nantes, projet collaboratif qui fit appel à un éleveur et à des écrivains.
Lors de l'édition 2013 de la Nuit Blanche parisienne, il proposa une performance musicale intitulée L'Orchestre (...et la mort attendra), construite en collaboration avec le compositeur Ivan Bellocq et l'Orchestre Symphonique de Haute Mayenne : il s'agissait de revisiter La Mort d'Ase d'Edvard Grieg, selon un principe de ralentissement du temps de jeu, en étirant la pièce de près de quatre fois sa durée normale et en laissant ainsi surgir des distorsions et des artefacts dans l'interprétation.
En 2015, on a pu redécouvrir dans l'exposition Inside au Palais de Tokyo, son spectaculaire « refuge », une cabane en bois à échelle un, à l'intérieur duquel un déluge de pluie ne cessait de tomber, proposant au spectateur de s'immerger dans des œuvres et des installations, de les explorer, d'y déambuler, afin de mieux se replonger en soi et de sonder sa propre intériorité.
 
Exposition "Inside", Palais de Tokyo. Stéphane Thidet - "Le Refuge", detail, 2007. Photo © André Morin
 
Stéphane Thidet explique : "J'aimerais poursuivre mes recherches sur la notion de « relation », cette idée récurrente dans mon travail qui consiste à explorer la fragilité ou l’instabilité d’une situation. Il s'agit de mettre en confrontation, en contact, deux états de nature différente. Pour le Collège, j'aimerais d'une part rendre le sol instable, mouvant, pour qu'il ne puisse plus accueillir le corps. Je voudrais aussi mettre en jeu quelque chose qui soit de nature vivante -l’eau- et un objet que je considère en « coma », un objet inerte. J’ai toujours imaginé les objets comme étant en situation « comateuse », comme s’ils avaient tous un potentiel de réactivation, comme si l’objet sommeillait, et que nous avions la possibilité de lui donner une nouvelle vie. J’imagine donc un projet qui ferait se rencontrer ces deux états, mouvant et inerte, qui passe pour moi par la question du dessin. Un objet rencontre l’autre d’une manière extrêmement légère et infime, dans ce que j’appellerais « l’à peine », qui serait donc ici la création d'un dessin rendu possible par cette rencontre. Un dessin qui serait infini puisqu’il se répèterait sans être jamais le même. Un motif hypnotique." 

« Questions d’artistes », une programmation arts plastiques / arts vivants / musique 

Transdisciplinaire et éclectique, la programmation culturelle du Collège des Bernardins « Questions d’artistes » initiée par Jean de Loisy, sous la direction d’Hervé de Vaublanc, s’interroge sur les formes et les imaginaires contemporains en laissant la parole aux artistes de notre temps, à travers une programmation de musiques, art plastiques et arts vivants. Favorisant ainsi les créations et les productions in situ.
Le blog de la programmation accompagne les processus créatifs et tisse de nouvelles balises dans la relation entre artistes, programmateurs et spectateurs nous invitant à prendre part à nos histoires communes.
 
Le commissaire en charge de l'exposition "Solitaire", invité du Collège des Bernardins, Gaël Charbau (né en 1976, vit et travaille à Paris), est critique d'art et commissaire d'exposition indépendant. Il organise régulièrement des expositions en France et en Asie et collabore avec différents mécènes, institutions et Fondations (la Fondation d'entreprise Hermès, le programme Audi Talents Awards, Emerige Mécénat, la maison Swarovski...). Il est actuellement commissaire de la Bourse Révélations Emerige et chargé de mission pour le développement de l'art contemporain au sein d'Universience.  
 
(1) En 2011, le groupe Rubis crée le fonds de dotation Rubis Mécénat afin de se positionner comme acteur industriel, acteur social et acteur culturel, dans les pays dans lesquels le Groupe opère, à travers la mise en œuvre de projets philanthropiques. Parallèlement au développement de projets socio-culturels à l’étranger, Rubis Mécénat soutient la création artistique contemporaine en accompagnant des artistes par le biais de commandes d’œuvres pour des lieux spécifiques, d’expositions et d’acquisitions d’œuvres d’art. Le groupe Rubis a également été mécène historique du Collège des Bernardins (de 2006 à 2013), contribuant au financement de sa restauration et soutenant nombre de ses projets. Dans cette lignée, Rubis Mécénat poursuit ainsi ici son engagement au côté de la création contemporaine pour la commande d’œuvres in situ. www.rubismecenat.fr
(2) Stephane Thidet est représenté depuis une dizaine d’années par la galerie Aline Vidal à Paris, ainsi que la galerie Laurence Bernard à Genève.