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Téo Hernandez, mesures de miel et de lait sauvage

cinéma
À l’occasion de la récente numérisation de films rares de Teo Hernandez, le Centre Pompidou rend hommage au cinéaste à travers un cycle inédit de 5 séances du 15 au 17 avril 2016.
Teo Hernandez réalise plus d’une centaine de films de la fin des années 1960 à sa disparition prématurée en 1992. Cofondateur du collectif MétroBarbèsRochechou Art, l’artiste mexicain s’inscrit comme l’une des figures flamboyantes de la scène du cinéma expérimental français des années 1970 et 1980 marquées par l’avènement d’un cinéma corporel. Éminemment gestuel et profondément poétique, son cinéma est traversé par un imaginaire baroque puisant dans une identité partagée entre deux cultures, les motivations d’une quête sans limite. Cycle de cinq séances, organisé à l’occasion du projet de préservation numérique de films rares de Teo Hernandez entrepris par le Centre Pompidou et du séminaire de recherche « La Langue de Teo » organisé à la Villa Vassilieff du 19 au 23 avril 2016 dans le cadre du Pernod Ricard Fellowship.

Programmation

VENDREDI 15 AVRIL, 20H
Estrellas de Ayer 1969, 8mm (transféré sur fichier num.), coul, son, 7min
"Salomé" 1976.82, super 8mm (gonflé en 16mm), coul, son, 70min : ouverture, en présence de l’artiste Michel Nedjar,son compagnon et complice.
Filmé à Tanger en 1969, Estrellas de Ayer rend hommage aux icônes féminines d’un cinéma disparu qui a fasciné le cinéaste dès son plus jeune âge. Rythmées par la voix de Marlène Dietrich, les apparitions de ces figures sacrées à l’écran, fétiches éphémères de papier, composent le casting idéal d’une revue cinématographique rêvée par Teo Hernandez. De retour à Paris, après ses nombreux voyages qui ont rythmé ses premières années d’exil, le cinéaste concrétise avec Salomé (1976.82) la synthèse de ses expérimentations cinématographiques passées et confirme un style personnel où la poésie des mythes fondateurs vient se fondre dans l’expressivité d’une esthétique baroque.
« Ce film n’est pas une illustration d’un récit historique ou d’une pièce littéraire mais il structure son corps par l’action produite de sa dynamique et des trois éléments basiques : la lumière, la couleur, et la vitesse de projection. »
Teo Hernandez, à propos de Salomé, juillet 1978
 
SAMEDI 16 AVRIL, 17H
L’eau de la Seine 1982.83, super 8mm (gonflé sur 16mm), coul, sil, 18min
Corps aboli 1978, super 8mm (transféré sur fichier num.), coul, sil, 24min 
Gong 1980.81, super 8mm (transféré sur fichier num.), coul, son, 41min
Le cinéma de Teo Hernandez se définit par un ensemble de mouvements de caméra à travers lesquels les gestes et les corps se confondent dans l’unité du cadre. Virtuoses et extatiques, les compositions formelles de ses films traduisent sa volonté de réfléchir l’expérience de la vision dans la succession
nerveuse des plans. L’eau de la Seine (1982) explore les potentialités plastiques de l’image cinématographique jusqu’aux limites de l’abstraction et de la dissolution complète des corps à l’écran. Formulant à leurs tours les éléments d’une symbiose entre le geste et la vision, les films Corps Aboli (1978) et Gong (1980.81) – tous deux réalisés avec Gaël Badaud - prolongent cette quête d’un corps cinématique libéré de sa pesanteur par les phénomènes de projections aux cadences variables.
« Il n’y a pas de vision chaotique mais plutôt une vision qui n’est pas consciente de sa propre capacité. Une vision qui soit capable de voir le chaos des formes. Mes films sont une réflexion sur la vision. »
Teo Hernandez, carnet n°2, 1982
 
SAMEDI 16 AVRIL, 19H
Séance présentée par Mauricio Hernandez (doctorant EHESS, Paris) 
Aux catacombes 1988, super 8mm (transféré sur fichier num.), nb, sil, 3min
Fragments de l’ange 1983, super 8mm (transféré sur fichier num.), coul, son, 23min
Trois gouttes de mezcal dans une coupe de champagne 1983, super 8mm (gonflage 16mm transféré sur fichier num.),
coul, son, 16min
Tranches 1985.87, super 8mm (transféré sur fichier num.), coul, sil, 24.44min
Au Mexique 1990, super 8mm (transféré sur fichier num.), coul, sil, 10min
Teo 1978, super 8mm (gonflage 16mm), coul, sil, 6.23min
Des profondeurs inquiétantes des catacombes de Paris (Aux Catacombes, 1998), aux portraits visionnaires et poétiques consacrés à ses parents (Fragments de l’Ange, 1983 et Trois gouttes de mezcal dans une coupe de champagne, 1985.87), en passant par la chronique fragmentaire arrachée au quotidien (Tranches, 985.87) et le retour au Mexique (Au Mexique, 1990), la dimension autobiographique parcourt l’œuvre de Teo Hernandez faisant de chaque film le lieu d’une introspection intime. Né en 1939 à Ciudad Hidalgo (Mexique), le cinéaste embarque pour l’Europe en 1965 avant de s’installer définitivement à Paris une dizaine d’année plus tard. Lyriques et baroques, ses films témoignent de cette identité complexe qui puise dans le voyage, les rencontres et l’expression des sentiments amoureux les fondements d’une quête où s’entremêlent le passé et le présent, le rêve et le souvenir.
« Transformer mon père révolutionnaire en personnage de fiction, et nous réunir tous les deux dans une autre époque : lui devient une femme en rouge, entourée de bougies, devant une table. Ma mère est une Geisha vieillissante, au jardin Albert Kahn, prostituée royale poursuivant son fils (O’Haru) à travers les ponts du jardin. Il devient empereur du quart du Ciel. »
Teo Hernandez, carnet n° 10, 1984
 
DIMANCHE 17 AVRIL, 15H
Jours de février 1990, super 8mm (transféré sur fichier num.), coul, sil, 9min
Promenades 1987.88, super 8mm (transféré sur fichier num.), coul/nb, son, 21.10min
Mesures de miel et de lait sauvage 1981.84, super 8mm (gonflé sur 16mm), coul, sil, 43min
Teo Hernandez a fait de Paris et de sa périphérie le sujet même de nombreux films. Offrant à ses yeux un spectacle de rue quotidien, ce théâtre à ciel ouvert est devenu au fil des années un territoire que le cinéaste explore la caméra à la main. Inlassable arpenteur d’un espace urbain en constante transformation, Teo Hernandez dresse à travers cette série de films, réalisés en 1981 et 1990, l’inventaire d’une ville dont il affectionnait tout particulièrement ses zones franches et ses quartiers populaires.
« Je suis de plus en plus fasciné par le spectacle de la rue, spécialement les trottoirs, que je vois comme des toiles immenses se déroulant sans fin. Et toute cette réalité s’étend devant moi et je passe mon temps à la « découper » en cadres et à rassembler ces cadres en une succession ininterrompue. »
Teo Hernandez, Carnet 10, 6 septembre 1984
 
DIMANCHE 17 AVRIL, 18H
Séance introduite par Andrea Ancira (commissaire indépendante, Mexique)
Chutes de Lacrima Christi 1979.84, super 8mm (transféré sur fichier num.), coul, son, 95min
Foisonnante et complexe, la filmographie de Teo Hernandez s’enrichit de l’usage singulier que le cinéaste consacre aux chutes de ses films. « Ce n’est pas tricher que de montrer des chutes, et même des amorces d’un film, mais le contraire : on réintègre le film dans sa totalité » explique le cinéaste dans une note rédigée en 1984. Co-réalisé avec Gaël Badaud à partir des fragments laissés-pour-compte lors du montage de Lacrima Christi (1979.80) – troisième volet de sa quadrilogie du corps de la passion - son film Chutes de Lacrima Christi (1979.84) puise dans le caractère spontané de sa composition fragmentaire l’expression d’une expérience hallucinée au monde visible et sensible.
« Si avec le montage des chutes de Lacrima Christi je suis arrivé à faire ce que j’avais toujours eu envie de faire (de brèves séquences en mosaïque de scène variées) c’est que je me suis éloigné, dégagé du sujet. Ici, le montage décide de tout, il impose sa vision. »
Teo Hernandez, carnet n°4, 1982
 
Cette manifestation est organisée par le service du cinéma expérimental du musée national d’art moderne du Centre Pompidou.
Ouvert de 11h à 21h tous les jours, sauf le mardi.
www.centrepompidou.fr