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Les déchirures obliques d'André-Pierre Arnal

arts et culture
La prochaine exposition d'André-Pierre Arnal, présentée par le galeriste Jean-Jacques Dutko dans sa galerie de l'Ile Saint Louis, aura lieu du 22 septembre au 5 novembre 2016. Ce solo show réunira pour l'occasion des œuvres récentes produites à partir des années 2002 et développées depuis la technique de la Déchirure Oblique.
Membre actif du mouvement Supports/Surfaces, André-Pierre Arnal fait partie de ceux qui ont poursuivi le travail après la dissolution du groupe, en continuant de remettre en question la peinture, la toile et le châssis et en poursuivant discrètement un chemin personnel dont l’authenticité perdure aujourd’hui. Bien qu'éphémère, le mouvement Supports/Surfaces marqua le paysage artistique de la seconde moitié du XXème et ouvra la voie à de nouvelles recherches et expérimentations que les nouvelles générations continuent d'explorer.
 
Né à Nîmes en 1939, et après un rapide passage aux Beaux-arts de Montpellier, André-Pierre Arnal poursuit dans les années 1960 une recherche solitaire, marquée par la découverte de Matisse, des abstraits américains et surtout de Paul Klee. Imprégné de culture méditerranéenne, baigné dans les paysages bas-Ianguedociens et cévenols, il tire de sa double formation, littéraire et plastique, une activité duelle unissant peinture et une écriture vécue et transmise par le biais de l'enseignement du français durant plus de trente ans. Servi par cette double pratique, par le goût de l’expérimentation aventureuse des divers aspects de la production picturale, il a su concentrer son attention et sa recherche sur son propre cheminement intérieur. Il travaille aujourd’hui dans son atelier parisien.
Dans les années 1970, à partir d’une exploration de la technique du « monotype », il fera de la « cocotte en papier » le point de départ d’une série de pliages sur toile qui l’inscrira naturellement dans la problématique du groupe Supports/Surfaces, dont il va partager l’aventure.
Il prend position contre une conception individualiste de l'artiste. L'accent est mis sur la déstructuration du support traditionnel de l'œuvre dont les différentes composantes - le cadre, le châssis, la toile et la couleur - sont considérées dans leur individualité.
Au fil des années, André-Pierre Arnal continue d’explorer une infinie variété de supports - de la toile de coton à l’ardoise d’écolier - et de techniques : empreintes, fripages, froissages, pochoirs, déchirures ...
 
 
Animé par la dynamique de l’expérimentation et l’ancrage réel dans les matériaux sensuels, avec une prédilection de plus en plus marquée pour la couleur, il réinvente la notion de série par la démultiplication à l’infini de son travail de peintre.
Depuis quelques années, la production de l’artiste s'est orientée vers un cloisonnement de la toile peinte, en même temps qu'il utilise, récupérées et accumulées depuis longtemps, des cartes routières entoilées, pliables ou déployées, faisant appel à plusieurs techniques intégrées. Ce "dessus des cartes" donne lieu à des résultats plus complexes que ceux des premières séries d'un travail qui couvre aujourd'hui plus de quatre décennies.
 
L'activité d'écrivain d'André-Pierre Arnal a également trouvé, avec sa peinture, un terrain de rencontre dans la production de près de deux cents "livres uniques" et "Ieporellos", qui associent textes poétiques calligraphiés et compositions abstraites faites d'arrachements, de déchirures et de collages au chromatisme intense, réunissant ainsi les deux pôles de ce qu'il nomme "sa nourriture essentielle", peinture et écriture réconciliées. Cette double pratique le fait solliciter par d'autres artistes, ou d'autres écrivains, pour l'illustration de leurs ouvrages ou le commentaire poétique de leur production plastique.
 
Son travail figure dans les principales collections suivantes : Centre Georges- Pompidou, Fnac, Cnac, Paris, musée d’Art moderne de la ville de Paris, musées de Montpellier, Martigues, Nice, musée d’Art contemporain de Montréal, des Beaux-Arts de Québec, Fondation Albright Knox, Buffalo, Frac Centre, Frac Languedoc-Roussillon, Angoulême (rideau de scène, 1994), Théâtre d’O (rideau de scène, 2004), artothèques Antonin-Artaud, Marseille, Miramas, Montpellier, bibliothèque la Méjane d’Aix-en-Provence, médiathèque centrale Emile Zola de Montpellier, ville de Narbonne, etc.
 
« Un jour de l’été 2002, dans mon atelier du Barrel, prêt à coller un papier préparé (monotype arraché de la matrice) je me suis mis à déchirer le rectangle en deux parties suivant une ligne oblique. Je ne me doutais pas que ce geste spontané et relativement dérisoire allait ouvrir une nouvelle voie dans mon travail. L‘angle d’oblicité de la déchirure, à y regarder à deux fois, est celui de l’écriture manuscrite, légèrement penchée, comme dans la marche rapide ou la fuite en avant, alerte et dynamique, de la succession des mots.
 
Depuis longtemps mon travail s’articule autour de techniques, telles que le monotype, l’arrachement, la fragmentation. La déchirure intervient au moment où les feuilles de papier fin de format double raisin - 100x65 - arrachent, après séchage, la couleur encore détrempée déposée sur la matrice. Ces monotypes, découpés et déchirés, ensuite collés sur un support - papier ou toile - ont rythmé ma production depuis cette époque. Plusieurs périodes se succèdent : d’abord le fond (papier
ou toile) est blanc, ensuite le support est au préalable peint : graphisme, frottage, révolution du pinceau (dépôt de la couleur par simple rotation d’un pinceau sur lui-même), arrachement dans les années 90. Dans tous les cas, ce fond dynamise l’œuvre car il apparaît dans les intervalles des déchirures.
 
Dessin du hasard, le profil de la déchirure raconte l’histoire de la violence et de la douleur. Cette sinuosité correspond à ce que l’on a imaginé sous les auspices du «symbole» deux profils emboîtés, nés de la partition brutale d’une plaque de terre cuite.
Fracture, fêlure, cheveu, déchirure, rupture, séparation, béance, ligne brisée, droite perverse, arrachement, douleur, abandon, lèvres déchiquetées, plaie, divorce, brisure, cassure, bords éclatés, paupières, choc, heurt, malheur, mort.Champs sémantique : Viol du papier et de la couleur. Découper le papier, le déchirer, obtenir ainsi des fragments. Sans doute peut-on parler d’une esthétique du fragment comme cela s’envisage dans le domaine littéraire. Et ces fragments assemblés composent un morceau, une pièce, un ensemble, une page.
 
Ma peinture est un proto-langage. A double articulation, vocabulaire et syntaxe sont représentés par les papiers préparés, pré-peints, monotypés et par la mise en page ou montage, découpage, déchirure, collage, qui suit la première opération.
 
La peinture est un pré-langage visuel, métalangage. Sensible et mental à la fois, la peinture raconte sa propre histoire : dans le chaos du monde, des vies et des morts, l’art met peut-être un peu d’ordre, de paix et de lumière. »
André-Pierre Arnal
 
Exposition du 22 septembre au 5 novembre
 
Galerie DUTKO Ile Saint Louis 4, rue de Bretonvilliers, 75004 Paris