Bio innovations

Des Chinois modifient génétiquement un grain de riz avec CRISPR pour réduire la faim dans le monde

riz
Les scientifiques chinois ne s’encombrent pas toujours de questions éthiques et avancent à marche forcée dans l’édition génétique. Le ciseau moléculaire CRISPR n’a plus de secret pour eux et ils l’utilisent sans complexe pour transformer des organismes vivants. C’est ce que vient de réaliser une équipe de scientifiques en modifiant le gène d’une souche de riz afin d’améliorer sa croissance et d’augmenter sa production de l’ordre de 30 %. Les chercheurs affirment être en mesure ainsi de contribuer à réduire la faim dans le monde.
 
Afin de créer la nouvelle souche mutante du riz, les horticulteurs et les biologistes moléculaires de l'Académie chinoise des sciences et de l'Université Purdue ont utilisé les techniques d'édition de gènes CRISPR/Cas-9 pour supprimer des gènes spécifiques connus pour ralentir la croissance. Ils viennent de publier leurs travaux dans la revue académique Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS).
 

Edition génétique sélective

Grâce à l'édition génétique sélective, les scientifiques dirigés par le professeur Jian-Kang Zhun, ont trouvé comment cultiver une souche de riz avec un rendement significativement amélioré sans sacrifier la capacité de survie de la plante. Dans deux tests distincts, les chercheurs ont constaté que les cultures génétiquement modifiées produisaient 25 pour cent et 31 pour cent de plus de grains qu'une souche de riz naturel. Ces résultats les autorisent à affirmer être en mesure de produire plus de riz et d’ainsi contribuer à réduire voire éliminer la faim qui touche une personne sur neuf dans le monde.
 
De bonnes intentions, certes louables, mais au prix de transformations génétiques accélérées de la nature. On pensait avoir fait le tour des OGM et pendant que les débats politiques et réglementaires s’enflammaient un peu partout dans le monde, les scientifiques continuaient sereinement leur travail de modification du vivant. Cela a commencé par le déchiffrage du génome complet de plusieurs dizaines de produits agricoles cruciaux pour l’alimentation. Le génome du riz fut le premier déchiffré en 2002, puis vint le maïs et le sorgo en 2009, le blé en 2012, etc.
 

Éviter le piège des OGM

L’intérêt de connaître le génome complet d’une plante est capital. On peut ainsi repérer les gènes le composant et en dresser des cartes de leurs variations. Avec l’arrivée de CRISPR, ce ciseau moléculaire capable de modifier un endroit précis du génome avec un grande simplicité, les scientifiques ont pu faire des progrès importants. Ils savent maintenant inactiver un gène, le réparer s’il avait muté ou le modifier en introduisant une variante plus favorable.
  
Ces modifications génétiques faites avec CRISPR évitent le piège dans lequel les OGM « classiques » se sont enfermés. Les OGM ont été massivement rejetés parce qu’ils introduisaient une modification génétique qui ne s’effectue pas naturellement par multiplication ou recombinaison naturelle. En effet, introduire le gène d’une autre espèce dans une souche de maïs pour le rendre plus résistant, par exemple, est une situation qui ne se retrouve pas dans la nature.
En revanche, avec CRIPR, la modification se fait au niveau du génome de la plante sans apports extérieurs. On peut donc dire que CRISPR accélère une mutation génétique qui pourrait se faire dans la nature.
 

Distinction subtile

La technologie CRISPR/Cas9 a permis aux phytogénéticiens chinois de découper rapidement et avec précision des portions d'ADN. La méthode a conduit l'équipe du professeur Zhu à modifier plusieurs gènes à la fois, ce qui aurait pris des décennies à faire avec des méthodes traditionnelles sans garantie que les plantes résultantes auraient les caractéristiques désirées. « On ne pouvait pas faire des mutations ciblées comme celles-là avec la sélection végétale traditionnelle. Il aurait fallu des millions de plantes. Fondamentalement, ce n'était pas faisable. C'est un véritable accomplissement qui n'aurait pas pu être réalisé sans le CRISPR » déclare un porte-parole de l’équipe de recherche.
 
Cette distinction subtile mais importante pourrait permettre à ce grain de riz modifié par CRISPR de se retrouver bientôt dans nos assiettes. En effet, déjà aux Etats-Unis, le ministère de l’agriculture a annoncé qu'il n'imposerait pas de règlements supplémentaires sur les plantes qui ont été modifiées par des techniques d'édition génétique sélective comme CRISPR/Cas-9 tant que ces mêmes mutations auraient pu se produire hypothétiquement dans la nature.
 
Pour l’instant, l’étude des chercheurs chinois est encore expérimentale. Leur prochaine étape est de voir si la même technique se traduit par les mêmes performances sur les souches de riz que les agriculteurs cultivent réellement. Si la même augmentation du rendement des cultures se produit, les souches mutantes pourraient donner naissance à une nouvelle ère d’abondance de nourriture qui aiderait potentiellement un grand nombre de personnes souffrant de la faim dans le monde. Et, au passage, améliorerait la productivité et le rendement des agriculteurs…
 
 

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Elles arrivent dans nos assiettes. Les plantes modifiées par CRISPR ne sont plus considérées aux USA comme des OGM.