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Le processus de l’évolution ralentit chez les hommes et accélère chez les singes

Grand singe
Ces scientifiques ont eu un choc en comparant pour la première fois les génomes des hommes et des singes. Ces derniers ont évolué avec une vitesse supérieure d’un bon tiers à la nôtre ! De plus, alors que les mutations chez les singes s’accéléraient au fil du temps, celles des humains ralentissaient. Qu’en penser ? Que nous avons atteint un seuil ? Que nos plus proches parents sont en train de nous rattraper et de se doter plus vite que nous le pensions des mutations dont nous avons jusqu’ici été les seuls à bénéficier ? Une blessure narcissique de plus pour l’humanité ?
 
Il est une date sur laquelle les scientifiques ne sont jamais parvenus à se mettre d’accord c’est celle de notre séparation. Nos ancêtres primates habitaient sur le même arbre et un jour l’un d’entre eux a décidé d’être homme. Les singes ont mené leur vie d’un côté, et les hommes de l’autre. A quand remonte cette grande séparation ? Il y a 11 millions d’années pensent certains spécialistes, 6,6 millions affirment d’autres experts. La date dépend en fait de ce que les scientifiques appellent la spéciation ; c'est-à-dire quand une espèce a acquis suffisamment de mutations génétiques pour en devenir une nouvelle.
 

Le génome n’a plus de secret

Les chercheurs sont devenus, depuis quelques années, très à l’aise dans le décryptage du génome. Le génome humain n’a notamment plus beaucoup de secrets pour eux. Au cours des six dernières années plusieurs études de grande envergure ont séquencé le génome humain de sorte que nous avons une connaissance approfondie du nombre de nouvelles mutations qui se sont succédées au fil des générations dans la population humaine. Le séquençage du génome de familles entières a permis ainsi de découvrir de nouvelles mutations en explorant des variantes génétiques qui ne sont présentes que chez l'enfant et non chez les parents. Nous sommes ainsi fascinés par notre propre matériel génétique depuis aussi longtemps que nous avons pu l'étudier, et nous avons fait un travail assez minutieux non seulement pour cartographier nos gènes, mais aussi pour déterminer la vitesse à laquelle ils changent.
 
En revanche, nos connaissances sont beaucoup plus pauvres pour ce qui concerne les singes. Jusqu’à présent, il n’existait pas de bonnes estimations des taux de mutations génétiques chez nos plus proches parents primates comme les chimpanzés, les orangs-outans ou les gorilles. Cette lacune a été réparée avec les travaux de chercheurs de l'Université d'Aarhus et du Zoo de Copenhague. Leurs travaux viennent d’être publiés dans la revue Nature Ecology & Evolution.
 

Mutations comparées

Les scientifiques ont ainsi recueilli des informations génétiques sur les parents et les descendants de chimpanzés, de gorilles et d'orangs-outans pour comparer leur taux de mutation avec le nôtre. Une analyse de leurs séquences d'ADN a révélé le nombre de nouvelles mutations apparues dans chaque génération, ce qui a permis à l'équipe de comparer les chiffres entre les diverses branches de l'arbre généalogique des primates.
 
En comparant leurs données à celles, similaires, collectées sur les humains et en soigneusement tenant compte des différences relatives dans l'âge des parents, les scientifiques ont eu un choc. Le taux de mutation dans chacune des familles de grands singes étudiées était en moyenne d'environ 150 % supérieur au nôtre.
 
De plus, alors que les mutations chez les singes s’accéléraient au fil du temps, celles des humains ralentissaient. Les chercheurs ont en effet découvert que ce ralentissement s’est produit au cours de la période la plus récente, dans le dernier million d’années.
 
Les taux plus élevés de mutations génétiques chez les grands singes ont un impact sur le temps qui s'est écoulé depuis que l'ancêtre commun des humains et des chimpanzés a vécu. En effet, un taux de mutation plus élevé signifie que le nombre de différences génétiques entre les humains et les chimpanzés s'accumule sur une période plus courte.
 
Si l'on applique les nouveaux taux de mutation pour les singes, les chercheurs estiment que la spéciation qui a séparé les humains des chimpanzés a eu lieu il y a environ 6,6 millions d'années. Si l'on applique le taux de mutation enregistré chez l'homme, la spéciation aurait dû se situer autour de 10 millions d'années.
La nouvelle étude est néanmoins formelle, la séparation entre les singes et les hommes s’est opérée il y a beaucoup moins longtemps qu’on ne le pensait jusqu’à présent, peut-être même il y a seulement 400 000 ans.
 
Quand on sait que les mutations génétiques sont étroitement corrélées aux modes de vie et surtout à l’environnement, cette nouvelle recherche ouvre des pistes intéressantes pour mieux comprendre comment une espèce d’adapte aux changements qui peuvent influer sur ses gènes. Ces résultats pourraient aussi avoir un impact important sur la conservation des grands singes. Christina Hvilsom du zoo de Copenhague explique : « Toutes les espèces de grands singes sont menacées dans la nature. Avec une datation plus précise de la façon dont les populations ont changé par rapport au climat au fil du temps, nous pouvons avoir une idée de la façon dont les espèces pourraient faire face au changement climatique futur ». 
 
Armés de leur matériel génétique performant, les hommes ont su s’adapter à une multitude d’environnements différents de façon fulgurante. Les singes, quant à eux, n’ont pas bénéficié des mêmes processus adaptatifs. En revanche, la rapidité des mutations dont ils font l’objet donnent l’impression qu’ils accélèrent dans une sorte  de course poursuite inattendue. Auront-ils assez de temps pour évoluer plus, avant que l’extinction programmée causée par les dérèglements climatiques d’origine humaine ne les élimine de la surface de la planète ?
 
 
Image d’entête : Film "La planète des singes – Suprématie" réalisé par Matt Reeves, 2017
 

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