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Les entreprises innovantes ne sont pas des savonnettes

savoncadumoriginalTout le monde s’accorde à dire que la recherche de financements est un parcours du combattant pour un dirigeant de jeune entreprise innovante. C’est peu de le dire, car ce parcours est souvent fatal à l’émergence des innovations. De très nombreuses idées meurent avant d’avoir vu le jour par l’incapacité des modèles de financement à bien les repérer et à les accompagner. La compréhension d’une innovation, surtout si elle est novatrice, demande des efforts et de l’attention. Elle exige aussi d’y consacrer un peu de temps.

Or une mode est apparue il y a quelques années ; celle des présentations rapides, du speed dating, des concours de beauté ultra condensés au cours desquels un entrepreneur doit séduire en quelques mots, quelques images, des aréopages d’investisseurs et en particulier les réseaux de business angels. Le monde de la finance et de l’investissement opérationnel se prend alors des allures de performances publicitaires, à coup de slogans et d’images percutantes qui doivent toucher pour gagner. Le raccourcissement du temps oblige à un raccourcissement de l’expression et inévitablement de la pensée.

Pourquoi cette mode ? Nous ne sommes pas ici dans l’effervescence de la bulle médiatique qui oblige à condenser ses idées dans des « petites phrases ». En matière d’investissement des entreprises, les acteurs ne sont pas nombreux, ils sont présents en direct, ce sont de vrais humains et non des images télévisuelles. Alors pourquoi imposer cette dictature du temps ?

Certes les investisseurs sont des gens occupés, à l’emploi du temps chargé. Ils reçoivent beaucoup de dossiers ; ils doivent décider vite. Dans les réseaux de business angels ou d’accompagnement des entreprises ce sont aussi souvent des bénévoles. Ces raisons ne sont pas suffisantes. Il y a trop souvent derrière elles l’ombre de suffisance et de fatuité de ceux qui croient détenir un certain pouvoir ; en l’occurrence celui de décider de la vie ou de la mort d’une « startup ».

Cette mode n’est pas acceptable. L’innovation est un enjeu trop grand pour nos sociétés et pour la France en particulier pour jouer avec. Les dirigeants de startup sont en général des (jeunes) gens qui prennent des risques et dont l’avenir est soumis à ce modus operandi. Ils ne peuvent prendre un risque supplémentaire : celui de déplaire. C’est ainsi que le modèle se réplique partout, dans les cercles privés, mais plus grave encore dans les organisations publiques ou parapubliques de financement.

L’innovation se porterait mieux en France si ceux qui sont chargés de la défendre sortaient de ce modèle absurde. Il suffit pour eux, de mieux s’organiser en amont, de prendre un peu plus de temps pour instruire et connaître les dossiers avant les présentations, de poser les bonnes questions. De ne pas se poser en juge mais en pré-partenaire. Cela n’est pas très compliqué et demande simplement un peu plus de respect pour la créativité, les efforts et l’intelligence de ceux qui viennent vers eux.

Les entreprises innovantes ne sont pas des savonnettes que l’on vend ou que l’on achète à coup de slogans. Elles exigent que l’on partage avec elles leur vision de l’avenir. On ne peut le faire -bien- sans se dégager du modèle en l’occurrence et étymologiquement obscène de l’immédiateté et de l’urgentisme. Trop d’idées meurent aujourd’hui par simple manque d’attention. Tous les jours de jeunes pousses disparaissent par dépérissement ou absence de soins. Si l’on veut que la dynamique d’innovation présente incontestablement dans les entreprises françaises se transforme en réalité économique compétitive, tâchons de changer d’abord les mentalités et indignons-nous pour dénoncer des modes nocives.

 

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