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Dans Edito

Daech, le début de la fin ?

attentats Paris
Ma fille, jeune citoyenne, m’interroge : « Le Président a parlé de guerre. Sommes-nous en guerre ? ». Comment faire écho ?
 
Je ne vais quand même pas lui infliger un siècle d’histoire au Moyen-Orient : l’accord « Sykes-Picot », Suez, les guerres israélo-palestiniennes, le Liban, la folie bushienne en Irak, et puis la Libye, la Syrie… » ! Et d’ailleurs, quelle lecture en ferais-je qui lui permettrait de comprendre tous les points de vue? Saurais-je même distinguer entre les effets directs et les effets indirects de ces moments du siècle passé pour les rapprocher de ce que nous vivons aujourd’hui à Paris ? Entre les effets importants et ceux qui le sont moins ? Et quel poids donnerais-je à ces effets en tant que tels ? Ai-je vraiment quelque chose de sensé à dire ?
Ou alors, faut-il lui renvoyer les questions d’aujourd’hui que je me pose moi-même encore et auxquelles la géopolitique mondiale actuelle ne répond pas ? Ainsi : le G20 réuni samedi à Vienne semble vouloir élucider et traquer les circuits et flux financiers – ceux du blé, du pétrole, des matières premières -, internationaux au moins, qui permettent à Daech de prospérer sur le territoire qu’il a conquis. Mais pourquoi si tard ? Y aurait-il, masquées, des relations, des alliances honteuses ? Et, le cas échéant, fondées sur quels intérêts ?   
 
Ce dimanche soir, premier jour du deuil national, à Paris, le ciel est lourd,… et encore bleu ; la douleur dévastatrice et… le fond de l’air doux. Mes concitoyens regagnent les terrasses de café. Oui, oui, tout au long du boulevard Saint Germain, les brouhahas aux terrasses, quand on s’approche d’elles, couvrent le bruit de la circulation automobile, dense !
 
Mais que croyaient-ils donc ? Qu’avec eux, le Monde vivrait son Dernier jour dans une jouissance apocalyptique? Que leur « Monde d’après » aurait arraché Paris de sa carte ? Qu’il leur montrerait un Paris enfin sans cafés, sans concerts, sans stades sportifs, sans journaux satiriques ?.... « Honni soit le vivre-ensemble français, celui des quartiers vivants, populaires, cosmopolites » ! Est-ce cela qu’ils ont voulu dire ? 
 
« L’Etat islamique joue, avec un plaisir pervers, sur les fractures sociales et identitaires françaises », nous expliquent Benjamin Barthe avec Nathalie Guibert dans Le Monde de ce dimanche-lundi. Oui, sans doute, cette réflexion est fondée…
Et pourtant, les choses finissent par paraître plus claires qu’en janvier, oui, plus claires, plus révélatrices. A présent, l’organisation au drapeau noir tire dans le tas. Elle tire sur ceux qui ne croient pas au Ciel comme sur ceux qui y croient. Elle tire sur ceux qui croient à un autre Ciel que le leur comme sur ceux avec qui elle partage le même Ciel. Bref, à présent, elle tire sur tous les corps, sans distinction ! Elle ne trie plus…
 
Quel raisonnement conscient ou non aura-t-elle tenu depuis janvier dernier ? A-t-elle voulu effacer les pas de ces 4 millions de personnes qui, ce 11 janvier, précisément sur ce parcours-là – entre Nation et République – ont défié à leurs armes le droit qu’elles s’étaient déjà arrogées?
A la télé, Gilles Kepel essaie de nous projeter dans un avenir d’après le bout du tunnel, lequel est peut-être loin encore. Et si cette fois-ci néanmoins, les expressions de la barbarie avaient pris l’accent d’un « début de la fin », semble-t-il nous dire… sans le dire ? En effet, sans que nous ne le comprenions bien, en tirant « dans le tas », Daech aurait-il inconsciemment métabolisé sa défaite prochaine ? Aurait-il jugé qu’il deviendrait désormais difficile de compter sur l’ampleur des « fractures sociales et identitaires » françaises pour continuer à enregimenter les esprits sous sa bannière ? Qu’au fond, malgré notre propre scepticisme, nous n’avions rien cédé d’essentiel depuis janvier… ? 
Et si les trois couleurs françaises projetées hier sur les murs et les monuments de Sidney à Ramallah, de Rio à Buenos Aires, de Berlin à San Francisco… montraient en retour à nos concitoyens, à tous nos concitoyens que la France montre la voie, qu’elle a pris de l’avance sur la plupart des peuples du monde dans sa façon d’envisager les diversités d’origine, de croyance et de comportements ? Alors, n’y aurait-il pas un moyen de dissuader les jeunes futurs enregimentés d’aller à rebours des qualités tenaces du peuple dont ils font partie, et d’anticiper notre victoire commune?  
Et si, en outre, les trois couleurs françaises projetées hier sur les murs du monde nous disaient : « Résistez, le Monde entier sera bientôt à Paris, à la fin du mois ! Pour construire une cause commune, celle de l’avenir de l’Humanité sur cette planète, nous aurons besoin de votre intelligence solidaire au service d’un « front de tous les peuples » que la seule raison finira par imposer ! ».       
 
 
 

 

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