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Dans Edito

L’humanité est entrée en guerre contre l’inhumanité

victimes attentat 13-novembre
Les attentats de Paris ont mis en lumière, dans la violence et le sang, ce que précisément les terroristes cherchent à annihiler : notre humanité.  Nous avons soudain compris que ce qui était visé, c’était notre appartenance à une espèce qui, par nature, aime la vie. L’obsession de Daech est, à l’opposé, la vénération de la mort. Nous ne faisons pas partie de la même famille humaine.  
En voulant étouffer la liberté de vivre sous toutes ses formes, expression, musique, échange, amour, esprit, culture, … liberté, égalité, fraternité, ces créatures se mettent en dehors de ce qu’est l’humanité. Nous sommes entrés en guerre contre l’inhumanité.
 
L’élan d’émotion planétaire qu’a suscitée la nuit noire du 13-Novembre nous impressionne, et nous oblige. La compassion, l’empathie, le chagrin partagé, cette immense multitude des larmes mais aussi cette pulsion de relever la tête, de refuser la peur, témoignent de l’émergence globale, totale, mondiale d’un sentiment d’humanité partagée. Les dizaines de jeunes gens tombés sous les balles des Kalachnikovs sont nos enfants, nos amis, nos frères. Quelle que soit la couleur de leur peau, leur nationalité, leur langue, leur religion, ils sont nous. Et ils sont morts parce qu’ils vivaient.
 
Paris est la ville de la vie. Paris est devenue, dans cette nuit tragique, le phare de l’humanité aux yeux du monde. Une américaine ne s’y est pas trompée en postant ce commentaire magnifique sur le site du New York Times :
 
« La France représente tout ce que les fanatiques religieux du monde détestent : profiter de la vie sur Terre de plein de petites manières différentes : une tasse de café parfumé avec un croissant au beurre, de belles femmes en robes courtes qui sourient librement, l’odeur du pain chaud, une bouteille de vin partagée avec des amis, un peu de parfum, des enfants qui jouent au jardin du Luxembourg, le droit de ne pas croire en Dieu, ne pas s’inquiéter des calories, flirter et fumer et profiter du sexe hors mariage, prendre des vacances, lire n’importe quel livre, aller à l’école gratuitement, jouer, rire, se disputer, se moquer des religieux comme des hommes politiques, laisser l’inquiétude sur ce qu’il y a après la vie aux morts. Aucun pays sur Terre ne profite mieux de la vie que les Français. Paris, nous t’aimons, nous pleurons pour toi. Tu es en deuil ce soir, et nous sommes avec toi. Nous savons que tu riras encore, chanteras encore, feras l’amour et guériras, car aimer la vie est ta nature. Les forces des ténèbres reflueront. Elles perdront. Elles perdent toujours. »
 
Il a fallu un terrible déni d’humanité pour que nous le comprenions. Jamais l’humanité ne s’est conçue comme un nous avec autant de force.  Avec ses valeurs et ses modes de vie.  Les sombres bataillons de créatures obscurantistes se sont placés hors de l’humanité. Il faudra les combattre comme tel. Et les éradiquer pour nous sauver. Il ne s’agit pas de guerre de religion, de géopolitique, de politique stratégique. Il s’agit d’une guerre contre l’inhumanité. Nous avons désormais pour mission de protéger la « famille humaine » telle que l’entendent les premiers mots de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Sans renier nos valeurs, la protéger contre ceux qui n’en font plus partie.
 
Hasard du calendrier, les meurtres de Paris ont lieu presqu’au même moment où doit se tenir la Conférence pour le climat COP21. Ici aussi, on sent en germe une conscience de l’humanité. Une conscience qu’au-delà des nations, des couleurs de peau et différences de culture, nous devons combattre pour sauver notre existence sur cette planète. L’homme contemporain a sur les épaules un fardeau immense. Les générations futures  le jugeront à cette aune.
 
Gérard Ayache, Directeur de la publication
 

 

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