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MIPCube : les transformations de la TV

cannesJ'ai par­ti­cipé au MIP­Cube et au début du salon MIP-TV à Cannes du 28 mars au 1ier avril 2012. C'était ma seconde édition après celle de 2011. Le MIP­Cube est une confé­rence euro­péenne aux confluents de la créa­tion de conte­nus télé­vi­suels, de l'Internet et des tech­no­lo­gies. Ras­sem­blant envi­ron 500 per­sonnes, elle asso­cie des pré­sen­ta­tions, des débats et des com­pé­ti­tions de star­tups et pro­jets créa­tifs. C'est un bon concen­tré qu'il faut du temps pour dépiau­ter. Je vais ici cou­vrir les confé­rences et me concen­trer ensuite sur les star­tups euro­péennes ren­con­trées sur place.

cannes2Le salon MIP-TV qui suit le MIP­Cube est le grand mar­ché de la vente de droits sur les séries, télé­films et autres docu­men­taires pro­duits pour la TV. Les stands sont sou­vent consti­tués de petits boxes des­ti­nés aux ren­contres entre les dis­tri­bu­teurs de conte­nus et les chaines de TV, un peu comme dans les ser­vices achat de la grande dis­tri­bu­tion.

Le MIP-TV est com­plété de confé­rences spé­cia­li­sées sur les docu­men­taires (Mip­Doc) et sur les for­mats d'émissions (Mip­For­mat). Ces der­niers sont les packages d'émissions comme "The Voice" qui sont créés par des socié­tés de pro­duc­tion et ven­dus aux chaines de télé­vi­sion qui les dif­fusent ensuite, en les pro­dui­sant ou en fai­sant sous-traiter leur pro­duc­tion à des socié­tés indé­pen­dantes tra­vaillant sous licence. Ces salons sont agré­men­tés de confé­rences fai­sant inter­ve­nir une belle bro­chette de spé­cia­listes de la pro­fes­sion des médias.

Dans ce pano­rama, nous allons sur­vo­ler les points suivants :

Les rup­tures dans la TV et leur impact.

You­Tube et la dis­tri­bu­tion de conte­nus vidéos.

La TV sociale qui sauve le direct.

Les nou­velles écri­tures qui passent timi­de­ment du mul­ti­pla­te­forme au bi-écrans.

Les star­tups inno­vantes ren­con­trées au MIP­Cube, que nous ver­rons dans la seconde par­tie de ce compte-rendu.

L'organisateur Reed Midem a sinon ali­menté un blog qui intègre un résumé de toutes les inter­ven­tions ainsi que les vidéos asso­ciées. Pour ma part, j'ai comme il se doit capté l'événement en pho­tos, que vous trou­ve­rez ici.

Des rup­tures, oui, mais un ave­nir très incertain

Au sor­tir de ces trois jour­nées pas­sées à Cannes, on est un peu coincé aux entour­nures entre les Cas­sandres qui pré­disent la fin des temps pour la télé­vi­sion d'aujourd'hui sous les coups de bou­toir des rup­tures tech­no­lo­giques, d'usages et de modèles écono­miques (TV connec­tée, tablettes, You­Tube, Face­book et autres inter­mé­dia­tions, publi­cité ciblée et mesu­rable) et les autres qui la trouvent fina­le­ment bien en forme et à même de résis­ter à ces assauts.

Un rap­port Euro­data de Média­mé­trie montre ainsi que la consom­ma­tion de TV était aug­men­ta­tion par­tout dans le monde en 2011 (3h16mn par jour en moyenne, 6 mn de plus qu'en 2010). Elle était peut-être ali­men­tée par le regain d'intérêt pour le direct venant des réseaux sociaux et notam­ment de Twit­ter. Une chose est sûre : l'univers de la télé­vi­sion est une zone de rup­tures tech­no­lo­giques, de cham­bou­le­ments, de frag­men­ta­tion, d'incertitudes et aussi de grande créa­ti­vité. De nom­breuses autres études montrent que la consom­ma­tion de TV a ten­dance à s'éclater sur de nom­breux écrans, et notam­ment sur tablettes.

Cindy Gal­lop était la pre­mière à inter­ve­nir au MIP­Cube. Créa­trice du site Ifwe­ran­the­world et inter­ve­nante à TED en 2009, c'est une idéa­liste sur­tout connue pour son ini­tia­tive Make­Lo­ve­Not­Porn incar­née sous forme de site web et de livre qui vise à rap­pe­ler que le sexe dans la vraie vie ne res­semble pas à ce que l'on trouve dans les films porno.

Mais son pro­pos por­tait plus sur de ce qui allait bou­le­ver­ser le sec­teur de la télé­vi­sion. Comme les acteurs tra­di­tion­nels de la TV ont la trouille, ils ne peuvent pas inno­ver de manière assez radi­cale. Pour inno­ver, il faut arrê­ter d'avoir peur car celle-ci génère de mau­vaises déci­sions. Pour elle, le nou­vel ordre pro­vien­dra de l'extérieur. Et d'expliquer que les médias sociaux ont tou­jours existé mais que leur forme évolue en per­ma­nence. Et en guise de conclu­sion : il faut remettre la "vision" dans "télé­vi­sion". C'était bien envoyé pour des géné­ra­li­tés, mais fina­le­ment un peu léger.

cannes3L'intervenant le plus mar­quant de ce MIP­Cube était sans conteste Anthony Rose, le fon­da­teur et CTO de l'anglais Zee­box, ancien de la BBC (iPlayer) et aussi de Kazaa. Que ce soit dans son inter­ven­tion en panel ou bien dans le jury de star­tups dont je fai­sais par­tie. Le bou­quet satel­lite Sky a investi dans Zee­box pour être sûr de ne pas lou­per la révo­lu­tion du second écran la plus impor­tante dans la TV depuis la HD.

Anthony Rose s'est sur­tout fait remar­quer en dézin­guant les TV connec­tées qui selon lui enferment les audiences dans leurs por­tails appli­ca­tifs. Les chaînes ont résisté et cela a gelé l'innovation. Pour lui, les TV seront des écrans pas­sifs qui affi­che­ront ce qu'on leur deman­dera de pré­sen­ter, c'est tout. Bref, de simples péri­phé­riques d'affichage ! N'importe qui peut créer des appli­ca­tions pour second-écran qui com­plète l'expérience télé­vi­suelle ! En même temps, comme membre du jury du MIP­Cube Lab, il démo­lis­sait la plu­part des star­tups en trou­vant qu'elles ne répon­daient pas bien aux attentes des chaînes TV et que leur accès au mar­ché serait bien délicat !

Et Zee­box ? De quoi s'agit-il ? C'est une appli­ca­tion de "second écran" gra­tuite qui enri­chit ce que vous regar­dez à la TV avec des infor­ma­tions com­plé­men­taires, l'agrégation de flux Twit­ter, une indi­ca­tion de ce que vos amis regardent, des émis­sions du moment les plus popu­laires et la pos­si­bi­lité d'acheter conte­nus et pro­duits asso­ciés. Au pre­mier abord, rien de très ori­gi­nal. Mais c'est bien exé­cuté. L'application peut chan­ger les chaînes de votre TV. Elle n'est pour l'instant dis­po­nible qu'au Royaume-Uni et a visi­ble­ment de nom­breux équi­va­lents ailleurs dans le monde.

VC et notam­ment ancien de Nokia et Ber­tels­mann, Ralph Eric Kunz annon­çait de son côté des dis­rup­tions à venir sur ce que les annon­ceurs vont accep­ter de payer. Plus cela va aller, plus on va mesu­rer de très près l'efficacité et donc la valeur de la publi­cité à la TV. Il évoquait aussi la notion de "meilleur écran" plu­tôt que de "second écran". Tous les écrans peuvent deve­nir le "pre­mier" écran ! Cela change toute la chaîne de valeur, notam­ment dans les jeunes audiences.

Com­ment donc pré­dire ce qui va mar­cher dans le futur de la TV ? Pas évident ! Au pre­mier abord, l'industrie de la TV est en dan­ger comme l'était celle de la musique il y a douze ans. Le rôle des chaines est menacé par les solu­tions "over the top" et leur revenu publi­ci­taire l'est tout autant. Est-ce que le numé­rique va être un iné­luc­table des­truc­teur net de valeur ou pas ? Tout dépend des modèles. Pour la TV gra­tuite, cela dépend de la capa­cité à atti­rer de grandes audiences qui jus­ti­fient un tarif élevé pour la publi­cité. La TV payante est mena­cée par la concur­rence de la VOD et de la S-VOD qui devient de plus en plus popu­laire, d'où les créa­tion ori­gi­nales que l'on peut trou­ver chez Canal+ (Bor­gia, XIII, Mafiosa, etc) sans comp­ter les retrans­mis­sions spor­tives exclu­sives.

Quand à la TV publique finan­cée en grande par­tie par la rede­vance, c'est la mieux pro­té­gée du point de vue du "busi­ness model", mais son audience pâtit d'un effri­te­ment, accé­léré par l'irruption de la TNT. Et toutes les chaînes TV ont main­te­nant leur cha­pe­let d'applications pour les autres écrans que la TV et font de la TV de rat­tra­page, toutes pré­oc­cu­pées de conser­ver leur audience où qu'elle soit. Ce n'est plus vrai­ment un fac­teur de différentiation.

Par ailleurs et contrai­re­ment à la musique, les chaînes TV sont rela­ti­ve­ment pro­té­gées par tout un tas de fac­teurs : la régu­la­tion, le mode de consom­ma­tion pas­sif, le tuyau du broad­cast qui res­tera domi­nant encore quelques temps avant la géné­ra­li­sa­tion du très haut débit, les grands rendez-vous du direct et l'incapacité actuelle des grands acteurs (Google, Apple, Micro­soft, construc­teurs, opé­ra­teurs) à "hori­zon­ta­li­ser" le pay­sage tech­no­lo­gique de la TV qui reste très fragmenté. Il est facile de cri­ti­quer leur atti­tude par­fois un peu timo­rée, mais les chaînes avancent tout de même dans cet envi­ron­ne­ment. Elles expé­ri­mentent et déve­loppent à tout va des appli­ca­tions connec­tées. Tant que le mar­ché reste frag­menté, elles demeurent rela­ti­ve­ment pro­té­gées. Mais le cygne noir déclen­cheur de rup­tures peut arri­ver rela­ti­ve­ment bru­ta­le­ment comme l'a été l'iPad, qui a changé le pay­sage de la créa­tion en même pas deux ans ! Watch your back is the word !

You­Tube dis­tri­bue les conte­nus de pro­duc­teurs spécialisés

Ce sont les solu­tions de consom­ma­tion de pro­grammes vidéos "over the top" qui consti­tuent la menace la plus forte face aux chaînes de télé­vi­sion habi­tuelles. Il y a bien entendu Net­flix, mais pas seule­ment. Nous en avons eu la démons­tra­tion au MIP­Cube avec plu­sieurs inter­ven­tions liées à la créa­tion de conte­nus dédiés à YouTube.

cannes4Celle de Phi­lip Debe­voise de Machi­nima don­nait à réflé­chir. Créée en 2008 et tota­li­sant $14,6m de levées de fonds, sa société est spé­cia­li­sée dans la créa­tion et la publi­ca­tion de conte­nus sur You­Tube.

Au départ, il s'agissait de créer des des­sins ani­més à par­tir de l'enregistrement de ses­sions de jeux vidéo tels que Halo ou Call of Duty. L'activité s'est ensuite éten­due à la pro­duc­tion de séries TV pour le web, comme "Bite me", un film d'horreur copro­duit avec Lions­gate. 4000 réa­li­sa­teurs indé­pen­dants créent des conte­nus pour la chaine Machi­nima que celle-ci cofi­nance par­fois. Les vidéos de Machi­nima sont dis­po­nibles direc­te­ment sur You­Tube ou dans des appli­ca­tions natives pour iOS, Android, Win­dows Phone 7, les TV connec­tées Sam­sung, boi­tiers Roku et ceux qui intègrent le logi­ciel de Boxee. Et avec un tra­fic d'ensemble qui donne le tour­nis : 166 mil­lion de visi­teurs uniques – soit un uti­li­sa­teur sur six de You­Tube - et 1,4 mil­liards de vidéos vues en février 2012. Plus de la moi­tié de l'audience de Machi­nima est située hors Amé­rique du Nord, essen­tiel­le­ment en Europe.

Le béné­fice de l'usage de You­Tube comme canal de dif­fu­sion de conte­nus pour Machi­nima ? Il se charge de presque tout : le hos­ting et le strea­ming des vidéos, la géné­ra­tion de tra­fic et la moné­ti­sa­tion (en reve­nue sha­ring). Debe­voise met­tait en exergue le fait que Google avait créé un fonds de $100m pour finan­cer la créa­tion de conte­nus pour You­Tube. Machi­nima pré­fi­gure la pro­duc­tion TV de demain avec des groupes indé­pen­dants qui pro­duisent pour tous les écrans, indé­pen­dam­ment des réseaux habi­tuels de broadcast.

De manière simi­laire à Machi­nima, Maker Stu­dios repré­senté par son cofon­da­teur Danny Zap­pin et créé en 2009 – avec $2,5m de levée de finan­ce­ment - attire 80 mil­lions de visi­teurs uniques et plus de 650 mil­lions de vues par mois sur ses 400 chaines thé­ma­tiques sur You­Tube. Là aussi, avec la moi­tié de son audience aux USA, mais seule­ment 25% en Europe. Ils moné­tisent leurs vidéos à la fois avec la publi­cité pre-roll / post-roll de You­Tube et avec de la publi­cité intra-vidéo ven­due par leurs propres soins, dont les annon­ceurs sont sélec­tion­nés avec soin pour être com­pa­tibles avec l'image qu'ils veulent pro­je­ter. Ce tableau ne serait pas com­plet sans citer d'autres stu­dios du même genre aux USA cités pen­dant la confé­rence : My Damn Chan­nel ($4,4m de levés), Big Frame, Fulls­creen et Col­lec­tive Digi­tal Studios.

Toutes ces chaînes de conte­nus pour You­Tube ont en com­mun de s'appuyer sur l'effet viral du ser­vice et sur une connexion directe entre les créa­teurs des vidéos et leur audience, un prin­cipe qui se géné­ra­lise avec les grandes stars du show busi­ness, notam­ment via leurs comptes Twit­ter et leurs pages Facebook.

Au royaume de "l'over the top", ces acteurs pour­ront cap­ter énor­mé­ment d'audience et de valeur. Les chaînes de TV pour­raient se sen­tir à l'abri car, pour l'instant, la majo­rité des ces pro­grammes sont un peu cheap. Mais cela pour­rait bien évoluer ! Notam­ment du fait du finan­ce­ment de créa­tions par Google lui-même, avec un fonds de $100m.

La TV sociale dyna­mise le direct

cannes5L'intervention de Tony Wang de Twit­ter UK était l'une des des plus inté­res­santes de la confé­rence. Twit­ter est une très bonne nou­velle pour les chaines TV qui peuvent l'utiliser pour dyna­mi­ser l'audience de leurs émis­sions en direct. On l'a vu en France en poli­tique (#DPDA) comme dans la TV réa­lité (#The­Voice). A tel point que pen­dant ces émis­sions, les time­line Twit­ter sont satu­rées de flux au point qu'elles deviennent incon­tour­nables. Indis­cu­ta­ble­ment, Twit­ter et dans une cer­taine mesure égale­ment Face­book, ramènent les gens à la consom­ma­tion de TV en direct.

Selon une étude de Trendr citée dans une autre ses­sion, 85% des uti­li­sa­teurs de médias sociaux pen­dant la consom­ma­tion de TV le font sur Twit­ter tan­dis que seule­ment 7% le font via Face­book. Cela concerne en pre­mier lieu les jeunes qui sont nom­breux à uti­li­ser un second écran lorsqu'ils regardent la TV. Et essen­tiel­le­ment pour com­men­ter ce qu'ils regardent sur les réseaux sociaux. Selon une étude de TV Guide Digi­tal menée en février 2012 aux USA, 64% des télé­spec­ta­teurs sont influen­cés par les médias sociaux pour regar­der la TV et 48% sont reve­nus ou res­tés au direct du fait de l'activité des réseaux sociaux.

Tony Wang mon­trait dans sa pré­sen­ta­tion quelques sta­tis­tiques et usages impres­sion­nants de Twit­ter aux USA : 8900 tweets par secondes lors de l'annonce de la gros­sesse de Beyoncé sur MTV en août 2011, les son­dages en direct du niveau de "pipo" dans can­di­dats répu­bli­cains lors de débats avec résul­tats en quasi-temps réel... sur Fox­News, l'usage sys­té­ma­tique de hash­tags dans les émis­sions et du Twit­ter ID des jour­na­listes, le Tweet live des inter­ve­nants dans les émis­sions, le broad­cast en direct de son arri­vée sur scène aux Oscars par l'acteur James Franco, ou encore MTV qui demande aux télé­spec­ta­teurs de pré­dire l'accoutrement de Lady Gaga avec le hash­tag #what­will­ga­ga­wear. Il faut dire que Lady Gaga est la per­sonne qui a le plus de fol­lo­wers sur Twitter !

De manière plus créa­tive, le sus­pens est pré­servé dans les séries TV avec des his­toires paral­lèles qui se déroulent sur Twit­ter, notam­ment entre la dif­fu­sion de chaque épisode. Sans comp­ter l'idée consis­tant à faire envoyer des Tweets ou SMS par les per­son­nages d'une série TV pen­dant sa dif­fu­sion pour faire entrer les télé­spec­ta­teurs dans l'action.

Une autre étude US mon­tre­rait que seule­ment 14% des télé­spec­ta­teurs savent ce qu'ils veulent voir à l'avance et que les autres zappent pour trou­ver quelque chose d'intéressant. Les médias aident ces der­niers à trou­ver leur bon­heur ! Bref, la social TV, c'est la machine à café puis­sance mille et sans attendre le lendemain !

Les réseaux sociaux servent aussi à créer le buzz en amont des émis­sions. Face­book était ainsi uti­lisé par Canal+ dans sa série Bor­gia (dont la seconde sai­son est en pré­pa­ra­tion), avec la dif­fu­sion de sa bande annonce sur Face­book pour les abon­nés Canal+ qui pou­vaient invi­ter dix de leurs amis sur cette page. Où com­ment rendre rare ce qui ne l'est pas !

cannes6Lisa Hsia, de la chaîne Bravo indi­quait que les chaines étaient cepen­dant dépas­sées par les attentes et com­por­te­ments des audiences en termes inter­ac­ti­vité. Bravo a été un des pion­niers de l'intégration de Face­book et Twit­ter dans ses pro­grammes et notam­ment sur l'iPad et à encou­ra­ger ses stars à les uti­li­ser pour valo­ri­ser celles qui avaient le plus de sui­veurs. La chaîne a aussi lancé des appli­ca­tions trans­me­dia pour diverses émis­sions de TV réa­lité comme "Top Chef" avec un suc­cès ines­péré de 8 mil­lions de vidéos vue et 25% de péné­tra­tion sur l'audience TV clas­sique. Elle pré­voit aussi de lan­cer un jeu social pour "Real Housewives".

A noter, hors MIP­Cube que la "Twit­te­ri­sa­tion de la TV" n'affecte pas que le direct, mais aussi l'exploitation d'archives. C'est en tout cas l'intention de l'INA qui a lancé le 3 avril 2012 un nou­veau site de par­tage d'extraits de débats poli­tiques his­to­riques. Le site Dites-Le com­pre­nait 50 extraits au lan­ce­ment. Le décou­page des extraits a été réa­lisé par l'INA. Il peut être pro­posé par les Inter­nautes et réa­lisé par l'INA. Les émis­sions poli­tiques cor­res­pon­dantes sont nor­ma­le­ment consul­tables en entier car l'INA détient géné­ra­le­ment les droits de ces émissions.

Le trans­me­dia, du multi-plateformes au multi-écrans

Le trans­me­dia est un thème à la mode dans la pro­duc­tion télé­vi­suelle. Il s'agit de la créa­tion de conte­nus pour tous les écrans autour d'une marque forte, le plus sou­vent une série TV ou une émis­sion de télé réa­lité. Le trans­me­dia est multi-plateforme lorsqu'il est décliné de manière asyn­chrone sur les dif­fé­rents écrans (PC, tablette, smart­phone, TV connec­tée, TV broad­cast). Il est "multi-écrans" lorsque le contenu est syn­chrone entre les écrans avec des inter­ac­tions de l'un à l'autre. Ce der­nier cas fait juste son apparition.

Petit tour en France pour com­men­cer. Chez Canal+, le trans­me­dia couvre par exemple les appli­ca­tions pour mobiles et navi­ga­teur web de la mini-série Bref, le jeu Expé­rience Bra­quo de la série éponyme réa­lisé par le fran­çais Lexis Numé­rique, ou le jeu immer­sif pour tablettes et smart­phones sous iOS créé autour de la série Bor­gia exploi­tant une prise de vue à 360+ réa­li­sée pen­dant le tour­nage.

Chez France Télé­vi­sion, l'innovation est venue plus récem­ment en mars 2012 avec la série Anti­gone 34 en six épisodes tour­nés à Mont­pel­lier com­plé­tés par une appli­ca­tion iPhone/iPad gra­tuite réa­li­sée par la société mont­pel­lié­raine Antek Stu­dio, une bande-dessinée ani­mée appor­tant un com­plé­ment nar­ra­tif aux épisodes TV, la pré­sen­ta­tion des per­son­nages et des acteurs ainsi que des clips vidéos.

Chez TF1, c'est The Voice qui béné­fi­cie d'efforts impor­tants avec notam­ment le live Tweet de l'émission qui est inté­gré dans la visua­li­sa­tion de l'émission en TV de rat­tra­page. Il y a aussi une appli­ca­tion web qui per­met de tes­ter sa voix ! Sans comp­ter des jeux réa­li­sés par et pour les spon­sors publicitaires.

Au MIP­Cube, Nathon Gunn, CEO de Social Game Uni­verse trai­tait de la gami­fi­ca­tion de la consom­ma­tion de la TV. De nom­breux jeux ont une meilleure audience que les pro­grammes de TV les plus popu­laires : 100 mil­lions d'américains jouent dans les réseaux sociaux et Zynga a plus de 300 mil­lions d'utilisateurs dans le monde. Social Game Uni­verse a pro­duit avec Lions­gate un jeu Face­book l'émission Dirty Dan­cing qui a attiré 1 mil­lion d'utilisateurs en bêta, et $18 par uti­li­sa­teur payant. Mais ces jeux doivent être construits dans la durée et constam­ment renou­ve­lés pour main­te­nir l'intérêt et la fidé­lité de l'audience. Autre scé­na­rio évoqué : les jeux eux-mêmes qui se trans­for­me­raient en émis­sion de TV mais on n'en est pas encore là.

Sean Ste­wart de Fourth Wall Stu­dios pré­sen­tait de son côté une bande annonce de la série inter­ac­tive Dirty Work, qui porte sur l'alléchant tra­vail d'une équipe de net­toyage des scènes de crimes à Los Angeles et devait sor­tir en avril 2012. Cette série sera publiée sur le site web Rides de l'éditeur où l'on trouve déjà la série Home : A Ghost Story. Elle est asso­ciée à l'envoi de SMS aux télé­spec­ta­teurs, que l'on peut aussi voir à l'écran. On peut aussi rece­voir un mes­sage télé­pho­nique des per­son­nages de la série pen­dant sa dif­fu­sion. Pro­ba­ble­ment un bon moyen de géné­rer du revenu sur des appels sur­taxés. A noter que la société a béné­fi­cié de $15m de financement !

On pou­vait aussi décou­vrir le stu­dio aus­tra­lien The Pro­ject Fac­tory à qui l'on doit Great Bri­tish Pro­perty Scan­dal, un site web com­plété d'applications mobiles per­met­tant aux anglais de dénon­cer l'existence de loge­ments vides non loués. Le tout est pro­duit par Chan­nel 4. Une ses­sion dédiée au Canada Media Fund pré­sen­tait de son côté les créa­tions de tout un tas de pro­duc­teurs du Qué­bec finan­cées par un fonds de $370m. Il s'agissait notam­ment de web-séries dites "appi­sodes" avec Totally Ampd et TempsMort.tv, mais aussi de star­tups un peu plus clas­siques avec Supiki qui per­met de faire l'apprentissage des langues sur mobiles, herd.fm, pour par­ta­ger la musique que l'on écoute (jamais vu un tel truc... .

Enfin, signa­lons le concours « Videos that create glo­bal buzz » spon­so­risé par MSN et dont le jury était uni­que­ment com­posé de mana­gers de ... MSN. Le gagnant était la société anglaise The Connec­ted Set avec son petit court métrage "Crash Test Dum­mies" pré­senté par Tom Jen­kins qui pré­sen­tait de manière très ima­gée avec illus­tra­tions en over­lay sur l'image vidéo une cas­cade à moto au-dessus du canal de Corinthe en Grèce. Les com­pé­ti­teurs pré­sen­taient tous ce genre de vidéo courte des­ti­née à ali­men­ter des por­tails web et à se dif­fu­ser par des méca­nismes de "buzz".

L'impression géné­rée par tous ces créa­teurs de conte­nus vus au MIP­Cube est miti­gée. Les pro­fes­sion­nels ont la même impres­sion. On sent que la créa­ti­vité s'est bien débri­dée mais elle fonc­tionne prin­ci­pa­le­ment en silos, par pro­gramme. Les chaînes de TV se lancent dans ces créa­tions sans être trop sûres de leurs modèles écono­miques. Il faut en être donc elles en sont. Cer­taines moné­tisent bien ces conte­nus addi­tion­nels, d'autres non. Mais cela com­mence à leur coû­ter cher car les pla­te­formes tech­niques cibles res­tent assez fragmentées.

Ce sont les star­tups vues le second jour du MIP­Cube qui apportent une touche plus trans­ver­sale ou hori­zon­tale à l'expérience télé­vi­suelle et nous les ver­rons dans un post suivant.

La télé­vi­sion était donc tem­po­rai­re­ment pro­té­gée à Cannes contre les bar­bares de l'Ouest. Peut-être grâce à la cou­ver­ture aérienne du porte-avions Charles de Gaulle qui mouillait au large. Mais une panne est si vite arrivée !

Publié le 9 avril 2012 Post de Olivier Ezratty | Google, Innovation, Internet, Loisirs numériques, Startups, TV et vidéo | 

http://www.oezratty.net/wordpress/2012/mipcube-transformations-de-la-tv/

 

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