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Dans Analyses

Le sens de l'autre, clé de la coopération

Avoir le sens du mouvement de l’autre, connaître les besoins de l’autre, intégrer le sens du contexte…. autant d’éléments qui semblent déterminants pour assurer une coopération productive au sein d’une équipe. Voyez ce petit film, déjà ancien, mais tellement sympa. Pour les cinquante ans d’Astérix, une équipe particulièrement coordonnée rend hommage au travail d’une équipe créative (deux concepteurs, Uderzo et Goscinny et un journal, Pilote) qui relate la vie d’une équipe déterminée (un gros, un petit, un druide et un chien) au sein d’une communauté remuante (un village gaulois) en butte à un conflit récurrent avec un pouvoir totalitaire, incarné par un homme (César), archétype d’une culture qui prône le respect de la hiérarchie et de l’organisation au carré…

Ce film est réalisé grâce à un montage, car le dessin du visage d’Astérix, dans le ciel, n’a pas été effectué de cette façon-là. Les fumigènes ne tiennent pas assez longtemps et l’exercice est tout de même un peu dangereux ! Cela n’enlève rien à l’intérêt de découvrir la façon dont les aviateurs de la patrouille de France se synchronisent pour réaliser des figures en vol. Ils se préparent avec minutie pour assurer une coordination précise de leurs mouvements.

Pour travailler en équipe, de nombreuses compétences sont requises, mais trois d’entre elles sont critiques. Elles peuvent être regroupées sous le terme « avoir le sens des autres ». En lien direct avec nos perceptions, ce sont celles qui favorisent la synchronisation, la négociation et l’intelligence de situation. Elles permettent à l’équipe de gagner du temps ; d’économiser les frottements inutiles, producteurs de stress ; de laisser le champ libre aux interactions productives de créativité et d’efficacité.

1- Avoir le sens du mouvement de l’autre ou être éveillé à la coordination de ses gestes avec ceux des autres membres de l’équipe. Se synchroniser nécessite d’anticiper sur les mouvements des autres. Pour cela il faut connaître les gestes probables des partenaires, qu’ils soient assimilés par notre cerveau, comme faisant partie des tâches utiles à l’action. Quand les musiciens de jazz improvisent, ils n’ont pas de partition à interpréter. Ils ont des codes pour s’harmoniser. Ils connaissent les talents particuliers du trompettiste, les rituels du batteur. Ils ont une perception globale du groupe qu’ils forment, les signaux qu’ils s’envoient sont rythmés par la connivence d’une même musique, ils n’ont pas besoin de réfléchir, cela se fait spontanément, en symbiose, en mode automatique. Mouvements et rythmes, deux notions qui sont à travailler par les membres d’un même processus ou d’une même équipe. Se coordonner dans l’action consiste, en quelque sorte, à externaliser une partie de ses propres gestes.

2- Avoir le sens des besoins relationnels, ou savoir interagir avec les particularités émotionnelles et comportementales des autres. Les perceptions déclenchent des réactions émotionnelles et stimulent des systèmes de défense, elles peuvent amener à des quiproquos. Savoir décrypter les comportements nécessite d’avoir des clés pour les prendre pour ce qu’ils sont et non pas pour ce qu’ils nous rappellent de notre passé émotionnel. Prendre les modes d’expression d’une personne pour des attaques envers soi est particulièrement contre-productif pour la relation. Il est utile de comprendre la diversité des motivations intimes afin de les interpréter à bon escient. Si je crois que tu ris quand tu ris jaune, je ne peux pas avoir la bonne réponse. C’est utile de savoir détecter ce signal de détresse. Lors des prises de décisions au sein d’une équipe, la négociation fait partie des incontournables. Des crises peuvent apparaître, toutefois négocier dans le quiproquo relationnel est particulièrement contre-productif. Chaque co-équipier a besoin de se connaître et de savoir prendre en compte les particularités émotionnelles de ses partenaires.

3- Avoir le sens du contexte, ou savoir comment interpréter les réactions de l’autre en fonction du contexte où elles s’expriment. L’identité d’un groupe se construit autour d’un projet. Les interprétations sont faites en fonction de ce projet, de la culture dans laquelle il s’exerce, de l’histoire que les personnes vivent. Passer la balle lors d’un entraînement ou lors de la finale du championnat n’a pas le même sens, ce ne sont pas les mêmes enjeux. La recherche des motivations liées à la situation des personnes dans un environnement spécifique apporte des éclairages facilitant la prévision des comportements. La motivation à agir est soutenue par un nombre considérable d’événements, mais elle est toujours circonstanciée. C’est la condition de l’intelligence des situations.

Astérix, c’est plus de cinquante ans d’histoire collective. Il est probable que la plupart de ceux qui ont participé durablement à ce projet ont développé des compétences de coopération. Toute entreprise est collective, toute innovation a besoin de l’articulation de talents et de compétences portées par des individus devant interagir de façon productive. Les enjeux collectifs sont de plus en plus critiques pour l’innovation. Coopérer, cocréer, coproduire, coexister, se coordonner, communiquer….que de CO à savoir-vivre.

Bernadette LECERF-THOMAS

Les Ateliers d'une journée de Bernadette :

- Apprendre à penser collectif grâce aux neurosciences, jeudi 6 février 2014
- Neurosciences et créativité, co-animé avec Esther Galam, vendredi 14 mars 2014
- Coaching réflexif et neurosciences, lundi 17 mars 2014

Photo  Sérigraphie ©Trois escarbeilles 2012

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