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Dans Analyses

Guerre ou Paix, éternel débat, impossible évolution ?

Recrudescence des violences, des guerres et des conflits, phénomène récurrent ou signe du temps ? Au-delà des batailles de territoires et des enjeux économiques et politiques, les guerres réelles et potentielles viennent-elles raviver notre résilience ?

Le feu aux poudres

La guerre fait à nouveau rage en Israël, un avion de ligne écrasé qui menace la paix et agite les diplomaties du monde entier, et d’autres pays toujours à feu et à sang comme la Syrie, l’Ukraine...[1]
Cette recrudescence de violence et cette crispation des Etats pose question. Pourquoi maintenant ? Pourquoi à nouveau la violence et la guerre ?
On pourrait même se demander si cela n’a jamais vraiment cessé, mais comme lors de la guerre du Kosovo, dès lors que le bruit des canons se rapproche, du moins avec la Russie et l’Ukraine, alors, à nouveau potentiellement menacés, nous réagissons.

Nous ne reviendrons pas sur les intérêts évidents des lobbies des entreprises multinationales qui participent directement aux guerres : armement, BTP, banques… Ils n’envisagent leur survie que sur le modèle de la croissance et le paradigme de la guerre. Il y a des milliards à gagner à faire une guerre et à reconstruire le pays par la suite, les pertes humaines sont alors considérées comme des dommages collatéraux.

 

 

A quoi nous sert la proximité de la guerre ?

Si nous prenions un autre angle d’analyse que pourrions-nous comprendre ?
Avec les Trente Glorieuses [2] l’opulence ayant entrainé l’individualisme et le confort, repu dans des pays en paix depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, nous avons fermé les yeux sur nombre de dysfonctionnements, par ignorance ou par paresse (cultures intensives dévastatrices, nous continuons à vendre des armes pour alimenter les conflits armés dans le monde, nous consommons sans nous soucier des conséquences nous avons laissé le marché prendre la main sur la politique, etc., etc.).

Depuis, les Trente piteuses[3], les crises à répétition, la perte progressive de nos acquis et la décroissance de la classe moyenne ont commencé à modifier les comportements. Des évènements comme la chute des tours du World Trade Center ont sonné le glas d’une époque faste, ramené le questionnement et le doute dans les foyers et entraîné toutes sortes de prises de conscience. Celle des enjeux climatiques et de notre modèle économique (notamment à la suite des crises bancaires de 2007-2008), et ont entraîné le regain de la coopération, le respect et la considération de la nature dont les biologistes se mettent à apprendre les secrets de durabilité.
Certes engagements et actions sont notables et de nombreuses initiatives sont relayées par des médias engagés dans les nouvelles positives des acteurs (Positive Press, Sparknews, Reporters d’Espoir, …) qui participent à changer le monde, mais pour la grande majorité l’inertie perdure. Les coupes du monde contribuent, par leur déploiement médiatique, à masquer pendant plusieurs semaines ou mois les craquèlements dangereux de notre société et de notre économie.
La foule divertie évite de défiler dans les rues.

Les implications virtuelles

Une poignée de citoyens un peu plus conscients s’enhardissent à se mobiliser pour de nobles causes, mais pour une grande majorité, derrière leur écran, confortablement installée dans leur salon ou leur bureau. Les réseaux sociaux (FaceBook principalement, ScoopIt et partiellement LinkedIn), s’ils permettent de partager des informations parfois cruciales ou essentielles, ne déclenchent que rarement des actions ou des engagements concrets. La mobilisation des citoyens est alors virtuelle au travers d’Aavaz et autres sites dédiés aux pétitions, mais lorsqu’il est question de s’engager et d’agir, les foules s’étiolent et les « bonnes consciences » déplacent leurs centres d’intérêt.

Nous postulons que face à ces mobilisations virtuelles et ces inerties individualistes, les guerres ou leurs menaces viennent nous saisir aux tripes pour mobiliser à nouveau la résilience nécessaire pour concrétiser ce changement de paradigme que des millions de personnes appellent de leurs vœux. Il semble que l’Histoire oscille ainsi de périodes fastes ou pour le moins à peu près tranquilles, voire les années folles, vers des moments de chaos toujours plus dévastateurs dont nous observons, après coup que cela s’est toujours traduit par une montée du niveau de conscience individuel et collectif.

Aujourd’hui nous glosons sur les changements nécessaires et nous votons, ou laissons voter, Front national aux présidentielles en 2002 et aux européennes en 2014.
Démunis à parvenir à changer le système, par manque de mobilisation concertée et d’engagement concret dans des changements effectifs, nous nous replions vers des conservatismes et fanatismes de tout bord, ou nous les laissons opérer, ce qui est parfois encore plus grave que de s’être fourvoyés. Ces complicités tacites ont donné la collaboration durant la Seconde Guerre mondiale, les dénonciations et toutes sortes de comportements odieux répondant aux peurs existentielles.

Chaque période de crise voit sa cohorte de replis et conservatismes de toutes sortes. Aux peurs répond la violence tournée à l’extérieur de soi vers les bouc émissaires quel qu’ils soient, historiques comme pour les Juifs, ou vers tout étranger par principe représentant anthropologiquement des menaces archaïques ravivées. Ceux qui sont « différents » catalysent l’opprobre et la virulence des frustrations et des angoisses.

Les superstitions reprennent telles les théories du complot ou les angoisses apocalyptiques comme le buzz de la fin du monde en 2012 et avec elles les fantômes du passé resurgissent avec leur rhétorique « anti ». Les oppositions retrouvent de la vigueur et les camps adverses sont prêts à s’affronter.

Face aux pressions ingérables ... « une bonne guerre »

Les pressions sur notre modèle de croissance sont légion, dérèglement climatique, diminution des ressources, augmentation continue de la démographie, raréfaction de l’eau, augmentation des inégalités avec un accroissement de la pauvreté et des fortunes toujours plus riches, les tensions économiques, climatiques ou sociétales pèsent sur le plus grand nombre. Les Etats ayant abandonné leur pouvoir au marché et aux banques privées, il n’y a plus de vision politique proposant une alternative raisonnée et durable. Alors pour un certain nombre l’adage « une bonne guerre » semble la seule issue pour sortie de la « crise ».

L’alternative de la paix, le choix de la résilience

Face aux menaces croissantes de violence, pourtant le nombre est toujours plus important de citoyens engagés et actifs pour aider à réaliser la mutation en cours.
Ce qui manque cruellement pour parvenir à sauter le pas c’est une vision réellement politique de nos gouvernants qui permettraient de mobiliser les citoyens vers une direction qui fasse sens et réponde à la fois aux enjeux sociétaux et respecte tous les règnes du vivant et les êtres humains.

Ainsi, comment expliquer qu’à l’occasion de la remise du prix Nobel de la Paix discerné à l’Union Européenne pour souligner ses actions pour maintenir la paix depuis plus de 75 ans, rien n’ait été fait pour valoriser ce bien si précieux.

Evoquer la paix semble dépassé, « cela ne se vend pas » car elle est banalisée et méprisée, alors même qu’elle est si essentielle. Quel sens cela a-t-il de signer des pétitions pour la paix en Syrie ou en Israël et ne pas agir concrètement pour développer cette paix dans notre propre pays entre les communautés en conflit et a fortiori pour aider les autres pays ?

A nouveau, le déficit d’exhortation à agir, qui pourrait être l’engagement d’un gouvernement, accroit les passages à l’acte (violences et exactions).
Alors, il est probable que nos aveuglements, égoïsmes et passivités aient des effets systémiques et que des moments plus douloureux encore que ceux récemment vécus viennent réveiller notre résilience.
Car rappelons-nous la résilience n’est pas uniquement se relever d’un traumatisme, elle signifie aussi faire table rase du passé et partir sur de toutes nouvelles bases et souvent, au moins individuellement, c’est l’occasion de réaliser ses rêves. Alors peut-être cela viendra-t-il collectivement nous donner la force de concrétiser ce projet de société auquel nous sommes si nombreux à aspirer sans pour autant nous mobiliser pour agir ?

Poursuivons malgré tout la mobilisation des consciences et l’invitation à l’engagement

Au milieu des bruits assourdissants du chaos un collège restreint de citoyens se met en mouvement pour reprendre les rênes de la démocratie, la faire évoluer afin qu’elle retrouve son rôle de pouvoir politique au service du peuple, mais la grande majorité est encore trop engluée dans la consommation, l’inertie et le confort pour que des changements significatifs aient lieu.

Alors il est à craindre que ces grands désastres mondiaux viennent ébranler violemment notre équilibre fragile pour nous permettre de basculer vers un nouveau paradigme de société respectant les différents règnes du vivant.

Nous sommes une poignée à rendre vigilants et attentifs aux nécessités de changer d’abord de conscience puis de comportements pour nous engager concrètement dans des actions facilitant les évolutions significatives. Toutefois, si cela ne suffit pas, si l’anticipation et l’information des transformations nécessaires ne parvient pas à toucher les cœurs et les âmes de la majorité alors seule la traversée par la violence, l’obscurantisme, la régression pourront nous faire réaliser ce saut quantique pourtant si vital pour la pérennité de notre espèce et de la planète.

Christine Marsan, Psycho-sociologue

[1] http://www.ledauphine.com/france-monde/2014/01/02/une-annee-2014-lourde-de-menaces-dans-le-monde ; http://www.hrw.org/fr/news/2014/01/21/rapport-mondial-2014-la-guerre-affectant-les-civils-syriens-echappe-tout-controle

[2][2] Jean Fourastie, Les Trente Glorieuses ou la révolution invisible de 1946 à 1975, 1979, Fayard, 1979.

[3] Nicolas Baverez, Les trente piteuses, Champs, Flammarion, 1999.

Illustration principale : Temple de la Paix - Picasso 1952 (Vallauris)