Une nouvelle politique industrielle en France et en Europe centrée sur l’innovation et le design de nouveaux produits est-elle possible ?

analyses

La dégradation de l’emploi depuis 2008 est nette et continue, mais l’emploi s’est progressivement dégradé à partir de 1973

En France, le nombre de chômeurs toutes catégories (A, B, C) est environ de 5 290 000 en fin mars 2015. Depuis un an, le chômage a augmenté de 6,7%, (sources Ministère du Travail).
Depuis le premier choc pétrolier de 1973, mis à part une embellie en 1990 et une petite amélioration en 2000, le chômage a augmenté progressivement… De nos jours, on atteint des records et les recettes pour relancer l’économie ne fonctionnent plus. L’INSEE estime que 74 400 emplois ont été détruits en France sur l'ensemble de l’année 2014. La hausse du travail par intérim, 24 000 emplois créés, n’a pas compensé les pertes importantes enregistrées dans beaucoup de secteurs, notamment l’industrie (-10 400 postes, - 0,3%) et la construction (-17 700, - 1,3%).

Depuis environ 30 ans, progressivement la gestion des grandes entreprises et l’influence des gouvernements de la France et de l’Europe sur l’industrie ont changé

Depuis le début de l’ère industrielle et jusqu’aux années 1970, pendant les « trente glorieuses », l’importance des usines, le nombre d’employés, la recherche, les nouveaux produits et la conquête de nouveaux marchés étaient la fierté des industriels.
Dans les années 80, sous l’influence des actionnaires et notamment des fonds de pensions américains, la manière de gérer les entreprises a changé.
A partir des années 1970, les grandes entreprises sont devenues des multinationales…Les entreprises familiales ont presque toutes disparues et cela a entraîné de grands changements dans les objectifs des directions des entreprises…Le bénéfice dégagé à court terme, pour servir des dividendes aux actionnaires, avec l’influence sur les cours de bourse, devenait le critère le plus important.
Ces entreprises (pseudo françaises) sont d’ailleurs souvent organisées en holding et n’ont plus d’entreprises françaises que le nom historique car elles sont plutôt devenues des établissements financiers qui détiennent des participations significatives dans des activités internationales avec les meilleurs outils fiscaux pour payer un minimum d’impôts.
On a assisté progressivement, dans les plus grandes entreprises françaises, notamment celles du CAC 40, à la généralisation d’une « gouvernance » sacralisant la rentabilité à court terme. Les économistes appellent ce phénomène la financiarisation des entreprises.

Comment a-t-on pu arriver à cette désindustrialisation ?

La situation de l’emploi s’est progressivement dégradée dans presque toutes les grandes entreprises. C’est la manière de gérer les entreprises qui a changé.
Presque tous les dirigeants depuis 1975 employaient une formule qui résumait leur stratégie : « il faut se concentrer sur nos métiers ». Cela a produit des effets qui nous ont conduits à la situation d’aujourd’hui.
Ces principes de gestion inspirés du BCG (Boston Consulting Group) (1) ont étés adoptés à partir de 1973 et progressivement, par presque tout le patronat.
Il s’agissait, pour gagner plus à court terme, de limiter la recherche et les lancements de produits nouveaux sur lesquels il fallait investir, tout en n’étant pas sûr du marché (baptisés produits dilemme par le BCG) et, parallèlement de se débarrasser des produits les moins rentables (appelés poids morts par le BCG). Cela a eu pour conséquence, en ne conservant que les produits les plus rentables, de faire de plus en plus de marges avec de moins en moins de produits fabriqués. Le Chiffre d’Affaire (CA) a baissé et bien sûr le nombre d’emplois aussi.
Lorsque dans les années 1960, l’entreprise fabriquait 10 produits avec 2300 personnes, on a conservé que sept produits, les plus rentables et la même entreprise les fabrique avec 1200 personnes.

Dans la plupart des entreprises, la politique a été de se mondialiser, la recherche a été freinée. On a arrêté la création et la modernisation des produits qui avaient vieilli pour ne prendre aucun risque sur les produits dilemme.
La frilosité par rapport aux risques industriels a contribué à la désindustrialisation. Il y a eu simultanément l’augmentation des bénéfices des entreprises et des licenciements. Le recul de l’emploi industriel s’est encore aggravé avec l’externalisation et l’automatisation. Puis, comme ces multinationales voulaient « gagner encore plus », elles ont délocalisé massivement. Cela était encouragé par la valeur boursière des actions.
Il s’agissait de licenciements boursiers…
Les fonds de pensions américains progressivement ont investi en Europe…Ils étaient très exigeants et voulaient des dividendes importants, ils les ont eus… Sans innovation, sans produits nouveaux, sans préparation de l’avenir…
Avec cette gestion à court terme, on devait rencontrer un mur et… nous y sommes presque !

Les personnes sans qualification (OS - ouvriers spécialisés en rien !) qui travaillaient en usines ont été mises progressivement à l’écart.
Aujourd’hui, tout le monde connaît dans son environnement des personnes au chômage et tout le monde se sent menacé et concerné par l’appauvrissement, le chômage et la précarité.

La prise de risques industriels, l’innovation, l’investissement productif qui étaient consubstantiels des entreprises sont devenus de vagues souvenirs !

La communication des grandes entreprises du CAC 40 a même réussi à persuader le public et les politiques que l’innovation était la tâche réservée aux startup ou aux PME, mais ne concernait pas les grands groupes et tout le monde l’a cru !

Quelles sont les mesures que l’Europe et la France ont prises ou ont oublié de prendre et qui ont favorisé cette désindustrialisation ?

L’Europe a contribué au dérèglement de l’emploi en libérant les transferts de capitaux et en permettant la concurrence fiscale entre les pays, laissant même de véritables paradis fiscaux au sein de l’Europe (Irlande, Luxembourg)…
L’Europe permet aussi aux ouvriers et aux PME de se déplacer pour prendre des marchés en France en payant des charges dans le pays le plus avantageux (Roumanie, Pologne)… Les transporteurs et les PME du bâtiment ont déjà provoqué beaucoup de dégâts dans les sociétés françaises existantes…
L’Europe, en adhérant à la « mondialisation débridée », a, de plus, contribué à mettre l’état français en déficit chronique en autorisant les transferts de capitaux. La liberté de ces transferts a eu pour conséquence la baisse des impôts que les multinationales payaient en France.
On permet aux multinationales de déclarer leurs bénéfices dans les pays les moins imposés (exemple de Mac do, de Total … ainsi, elles ne sont presque pas imposées en France mais dans le « paradis fiscal » irlandais, singapourien ou luxembourgeois).
Seuls les citoyens immobilisés par leur résidence principale en France assument aujourd’hui les dépenses de l’Etat pour son fonctionnement ou ses infrastructures.
La France ne peut plus jouer son rôle de stratège de l’industrie… Depuis Dominique de Villepin en 2006, la planification économique a disparu en France du ministère de l’industrie. Il faut reconnaître qu’avec le libre transfert des capitaux, ce ministère était presque condamné à l’inaction.
La liberté de circulation des produits est presque totale.
Actuellement, tous les produits rentrent sur notre sol sans contrainte : des produits originaux ou copiés, de bonne ou de très mauvaise qualité, les produits labellisés commerce équitable ou toxiques pour nos enfants, les produits non écologiques ou qui ne respectent pas nos normes de qualité, fabriqués par des enfants… Marqués conformes aux normes UE directement en Chine… 

Les douanes, les associations de consommateurs et les laboratoires nationaux d’essais qui contrôlaient la qualité des produits mis sur le marché, doivent reprendre du service !
Le désengagement de l’état dans la stratégie industrielle de la France, par pure idéologie de liberté du marché, de droite comme de gauche, n’a pas permis de limiter les licenciements ni de réorienter les productions françaises. Depuis la fin des années Mitterrand et ses nationalisations que la majorité de la gauche semble regretter, l’Etat s’est refusé à intervenir dans la vie des entreprises.
Pourtant des outils existent. La fiscalité et la diminution des charges sous conditions (de recherche et développement, d’études marketing) seraient de bons outils pour les PME (2). La nationalisation, par exemple, est un outil très puissant. D’ailleurs, comme la dissuasion nucléaire, même la simple menace de nationalisation serait souvent suffisante.
L’Europe a baissé les bras et ne maîtrise rien avec des frontières à l’état de passoires : dans les années 1960, la France protégeait ses marchés. La France et l’Europe sont, plus que jamais, soumis et exposés à la mondialisation. Les Américains sont encore capables d’interdire sur leur sol l’importation de Roquefort sous prétexte qu’il n’est pas pasteurisé et pourrait nuire à la santé des américains…L’Europe, par contre, permet presque tout…
En résumé, nous ne savons plus protéger le marché français et l’Europe ne nous protège pas non plus.
Depuis que le traité de Maastricht et les suivants ont été ratifiés contre la volonté des peuples, l’Europe a libéré la circulation des capitaux (3) et des produits allant et venant dans le monde entier. Nous ne surveillons plus nos marchés…
Nous ne protégeons pas non plus nos sociétés contre les achats massifs d’actions par les fonds de pensions ou les sociétés prédatrices qui siphonnent nos savoirs, nos machines et délocalisent souvent les usines françaises (voir les cas Samsonite, Thomson, Mittal…).
Le gouvernement français ne peut plus jouer son rôle de stratège pour l’industrie et l’emploi, comme dans le passé (4), l’Europe ne joue pas ce rôle non plus.
Comme l’actionnariat est devenu international et que les exigences des fonds de pension sont devenues de plus en plus grandes, nos entreprises sont entrées dans la gestion à court terme…suicidaire !

Peut-on parler d’un problème de compétitivité ?

Le Medef voudrait nous persuader que le coût du travail est seul responsable du défaut de compétitivité de la France…
Il est vrai, qu’en tentant de produire moins chers des produits complètement banalisés, la France a déjà perdu la bataille de la compétitivité ! Contre l’Asie dont certains pays pratiquent des salaires et des conditions de travail proches de l’esclavage (5), notre industrie ne gagnera jamais en se battant sur les coûts. Les salaires et la monnaie de la Chine ne sont pas prêts d’augmenter pour une concurrence loyale, car le réservoir de main d’œuvre dans les campagnes chinoises est énorme et les ouvriers chinois auront du mal à faire pression sur leurs dirigeants et à faire grimper leurs salaires. Quant aux salaires de l’ouvrier cambodgien ou vietnamien, il est à moins de 100 Euros par mois. Dans ces conditions, en France il faut innover pour pouvoir lutter et, de plus, empêcher la contrefaçon pendant les années permises par le brevet ou le modèle…

Pourquoi faut-il axer le redémarrage de l’industrie sur l’innovation ?

Pour vendre des produits, il faut que le service attendu et l’image du produit soient conformes à ce que le client est prêt à payer. On comprend que le prix n’est pas le même pour un produit banalisé fabriqué en Chine et pour un produit de luxe, innovant, apportant de nouveaux services, bien conçu et bien réalisé, avec des matériaux choisis, bien fini labélisé France ou Europe qui sont encore des gages de qualité…
L’innovation et l’image nous donneront un avantage compétitif !

Depuis 1980, l’innovation technologique, la création de produits et services ont été négligés par les entreprises.
En fait, innover nécessite de mobiliser beaucoup de moyens humains et financiers, mais permet de vendre les produits en retrouvant des marges, exemples : scooter à trois roues, aspirateur de la Société Dyson. Innover donne ainsi l’avantage compétitif attendu…
Que les grandes industries n’aient pas pris le risque de l’innovation est regrettable, car l’innovation est risquée, mais c’est le seul moyen pour créer des emplois à moyen et long terme. Mais pour que l’innovation soit attractive pour une entreprise, il faut que les créateurs puissent rentabiliser leurs recherches et il faut protéger l’innovation : déposer des brevets et modèles et pouvoir les défendre.
La révolution française a créé les brevets par sa loi du 7 janvier 1791, cette loi permettait aux créateurs d’exploiter une invention vingt ans et de rentabiliser les recherches, les développements et les investissements…
Cette loi a été efficace avant la mondialisation débridée mais, avec la concurrence moderne et extrêmement rapide des pays asiatiques, elle n’est valable que si un tribunal compétent, actif et rapide, permet de défendre l’innovation, avant que l’inventeur ne soit en dépôt de bilan !
Nos tribunaux sont souvent si lents que les PME ne peuvent plus se défendre…

C’est aux démocraties et à l’Europe de légiférer pour que l’enrichissement des entreprises ne se fasse pas au détriment des citoyens

Peut-on reprocher à un chef d’entreprise d’exploiter les failles d’une organisation comme l’Europe pour essayer de maximiser ses profits et de minimiser ses impôts, alors que la bourse y est sensible et son conseil d’administration également ?
La mondialisation a enrichi les très riches, et notamment les entreprises, leurs DG, leurs actionnaires et appauvri les plus pauvres… Il s’agit de mieux répartir la richesse produite et que les entreprises multinationales qui sont présentes en France paient bien leurs impôts en France…
Des slogans de campagnes politiques insistaient sur l’achat de produits français. Mais pour acheter français, il faut produire français. Benjamin Carle a écrit un livre, après une expérience réussie de consommation de produits français pendant un an…Il aurait peut-être eu moins de difficultés d’aller passer un an chez les Pygmées…
On a du mal à trouver des produits français banalisés car nos taux de main d’œuvre, même si on minimisait les charges, devraient être divisés par dix. Qui travaillerait en France, pendant un mois, pour 85 Euros comme au Vietnam ?
Les anciennes fabrications de produits courants de qualité moyenne, délocalisés et revendus en France à bas coûts ne seront jamais rapatriées !
Il est temps de fabriquer des produits durables et innovants que nous pourrons vendre plus chers. Il est temps que l’Europe et la France protègent le marché intérieur et nos innovations, car pourquoi innover si des copies de nos innovations reviennent dans les deux mois qui suivent le lancement du produit…
L’Europe ne doit pas être une plateforme balayée par les vents…
Les Français continueront à voter contre l’Europe, tant que nos dirigeants n’auront pas compris que la France et l’Europe doivent protéger, à long terme et à court terme, le mode de vie des citoyens et leurs emplois.
Aujourd’hui, les emplois industriels sont en décroissance et il nous faut envisager une ré-industrialisation de la France. Nous ne pouvons envisager une relance de l’économie par la consommation, car nous ne fabriquons plus grand chose… Et donc cela accroitrait le déficit. Cette ré-industrialisation ne peut être générée que par la création et la production en France de produits et de machines de production…innovants.

L’Europe doit être réformée

L’Europe a été bâtie sur une volonté de paix, mais ce sont les lobbying qui s’en sont emparé. Il ne faudrait pas détruire l’Europe, mais cela va arriver si les peuples d’Europe souffrent.
En Europe, il faut : supprimer les paradis fiscaux, réguler et taxer les transferts financiers, contrôler les salaires minimum versés dans les pays de la zone et ne pas permettre les transferts de populations, si les conditions de travail sont différentes…
Il faut aussi vérifier les produits qui rentrent dans l’UE, sont-ils conformes à nos normes ?
Il faut réformer la propriété industrielle Européenne, la justice, lente et chère, qui actuellement ne protège pas assez les innovations brevetées et les modèles déposés par les designers…

La France doit aussi légiférer pour s’organiser

A titre d’exemple, nous trouverons, ci-dessous, le détail de quelques suggestions pour que la France soit orientée vers l’innovation et le « plein emploi ».
Comme nous ne rapatrierons jamais les emplois délocalisés, il faut que les créateurs français et les entreprises innovantes soient mieux financés.
Il faut que toutes les banques aient intérêt à le faire (que cela leur rapporte plus parce que moins imposé que les placements actuels en bourse) et n’aient plus peur de l’innovation. Il faut aussi réorganiser la protection industrielle… Les douanes… Les tribunaux.
Il faut que le plagiat soit dissuadé. Pour cela un tribunal doit être créé et se spécialiser pour être très compétent dans ce domaine complexe. Il est impératif qu’il rende ses jugements très rapidement. Actuellement sur des produits comme les produits de mode, beaucoup d’industriels ont renoncé à se défendre : les jugements sont rendus trop tard, trois mois après le lancement des produits, les dégâts sont trop importants !
Il y aurait aussi un gros travail à faire sur la brevetabilité, car en Europe on ne peut breveter de méthode ni d’ensemble intégrant des technologies connues sur de nouvelles applications…Il faudrait que ça évolue…
Aux USA, une méthode de conception comme l’analyse de la valeur est brevetable, pas en Europe…
Il faut ne pas être exposés aux quatre vents de la mondialisation sans protection !

Il est temps aussi d’organiser, par quelques mesures législatives, une protection contre les prédateurs des marchés, des entreprises et des patrimoines culturels français.
Nous devrions ratifier les achats massifs d’actions par les fonds de pensions ou les sociétés prédatrices dont on peut penser qu’elles vont siphonner nos savoirs, nos machines et délocaliseront ensuite les usines françaises vers des pays à bas coûts (revoir les cas Samsonite, Thomson, Mittal…).
Pendant que nous nous appauvrissons, les américains, l’Inde, la Chine accumulent des réserves financières qui permettront un jour, aux plus fortunés de racheter nos terres, nos monuments historiques, nos banques et nos sociétés du CAC 40 (d’origine pourtant françaises, même si elles l’ont un peu oublié). Un jour prochain, d’ailleurs, les DG français de ces grandes sociétés qui ne savent plus entreprendre, et dont les salaires sont de plus en plus élevés (environ 3 à 10 millions d’Euros par an), seront remplacés par des entrepreneurs Chinois (bien moins chers).

Il faut aussi légiférer sur les transferts de personnel entre les pays pour ne pas favoriser les moins disants sociaux…
Toutes les sociétés de transport françaises vont déposer le bilan car rien n’interdit aux camions polonais, roumains, tchèques, espagnols, de rouler dans toute l’Europe avec des chauffeurs qui font 50 ou 60 heures par semaine payés avec un smic Roumain…Les sites internet sont nombreux maintenant à proposer des prestations à bas coût aux clients français…

Il est temps aussi d’intervenir contre les travailleurs émigrés du bâtiment. On trouve des entreprises franco-étrangères qui emploient plus ou moins illégalement des émigrés chinois, polonais, turcs pour restaurer des appartements.
On doit légiférer sur tout cela… de toute urgence. 

En conclusion

Le problème du chômage massif en France ne dépend que des industriels et de la manière dont les entreprises gèrent leurs établissements sur le sol français. Une grande volonté politique et des lois européennes et françaises qui favoriseraient les industriels créant des emplois peut, néanmoins, donner une bonne impulsion et créer un climat favorable.
L’Etat, de son côté, ne peut pas créer de nombreux emplois (sans accroître encore son déficit), mais il doit avoir une politique volontariste qui favorise les entrepreneurs, c'est-à-dire les industriels à l’ancienne qui créent des activités et qui développent l’emploi.
Notre industrie doit se redresser rapidement pour produire au moins une partie de tout ce que nous consommerons dans le futur. Actuellement, nos gouvernements ne peuvent pas relancer l’économie par la consommation, car cela accroîtrait encore le déficit de la balance commerciale.
Même si on doit encourager la création et l’innovation dans les PME, ce sont surtout les grandes sociétés françaises qui ont dégradé l’emploi. Elles devraient redevenir des sociétés d’entrepreneurs ambitieuses pour leur pays.
Les entreprises peuvent retrouver des marges, non pas en délocalisant ou en sous-payant leur personnel, mais en vendant des produits innovants très attractifs, très chers (voir l’exemple d’Apple). De cette façon, nous pourrions retrouver les emplois de production, d’entretiens et de services dont la France a besoin.
Il faut aussi protéger et défendre beaucoup mieux la propriété industrielle…et donc l’innovation.
Il nous faut réagir rapidement, car si nous attendons trop, les retraités seront morts. Nous ne serons plus capables, car nous aurons perdu les savoir-faire, de remonter des usines disparues. Cette transmission doit se faire d’une génération à l’autre, et on doit la réussir sans tarder, pour ne pas revenir au Moyen-âge.
Avec une impulsion forte et sous la contrainte de l’état, l’administration, la recherche universitaire, la gestion de la propriété industrielle, doivent se réformer, et les Grandes Entreprises doivent reprendre le chemin de l’innovation et ainsi contribuer à l’effort national.
Si nous ratons ces virages, les pays émergents auront dans peu de temps, une puissance industrielle suffisante pour imposer leurs prix de ventes. Ils deviendront très riches et ils pourront racheter toutes nos industries, les délocaliser et imposer des patrons recrutés dans leurs pays (donc moins chers). Ce sera d’ailleurs une belle revanche pour nos ouvriers qui ont été les premiers à souffrir de cette mondialisation débridée.

Il est évident que cette tendance à la désindustrialisation peut s’enrayer en quelques années d’efforts, si on arrive enfin à choisir à la tête de nos industries des vrais entrepreneurs capables de favoriser dans leurs entreprises, un climat permettant la création de produits français, innovants, durables, modernes et attractifs.

André Cayol, Ingénieur Designer

(1) Le Boston Consulting Group est un cabinet de conseil en stratégie d’entreprise parmi les plus prestigieux…
Il propose une matrice de décision pour gérer une entreprise au mieux de ses intérêts financiers. Il est présent dans 42 pays, il a fondé son cabinet à Paris en 1973.
(2) Le crédit impôt recherche est un outil très efficace pour favoriser une politique d’innovation (souvent exploité jusqu’aux limites par les grands groupes…Exemple de Renault et de ses filiales.
(3) Articles 63 à 66 du traité sur le fonctionnement de l’Union Européenne, complétés par les articles 75 et 215 du traité FUE pour les sanctions ont permis la libéralisation complète des mouvements de capitaux à la fois entre les États membres et entre les États membres et les pays tiers.
(4) Le ministère du plan avait dans ses missions l’orientation de l’industrie sur les domaines stratégiques pour l’indépendance et l’emploi de la France
(5) Voir le Bangladesh avec le drame du « Rana Plaza ».

 

 

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