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Dans Analyses

L'humain est-il savant ?

débat citoyen pour la planète
Jeudi 28 avril, en présence d’Edgar Morin, sociologue et philosophe, Patrick Viveret, philosophe et économiste et David Wahl, écrivain et dramaturge, a eu lieu le deuxième débat sur le thème : "L’humain est-il savant ?" au Ministère  de l'environnement, dans le cadre des débats citoyens pour la planète (1). A cette occasion, plus de 200 personnes étaient réunies pour échanger avec les invités. En introduction, Gilles Boeuf, Conseiller au cabinet de la Ministre, a rappelé quelques éléments avant de lancer le débat.
 
Dans les années 1750, un naturaliste et botaniste suédois, Carl von Linné invente (Systema naturae) la classification binominale : un nom de genre avec une majuscule accompagné d’un nom d’espèce avec une minuscule pour classifier tous les êtres vivants, des bactéries aux vertébrés. Quelques exemples : Canis canis, le chien, Canis lupus, le loup, Vibrio cholerae, la bactérie du choléra… Toutes les espèces vivantes sont alors décrites et les « types » sont déposés dans des Muséums d’histoire naturelle où ils constituent la référence, dans tous les pays.
 
A sa mort, en 1778, Linné et ses collaborateurs, imités par des naturalistes et scientifiques du monde entier, ont ainsi décrit environ 12 000 espèces de plantes et d’animaux. Nous en sommes à plus de 2 millions aujourd’hui, et continuons à déposer environ 16 à 18 000 nouvelles espèces par an.
 
En 1758, Linné dénomme l’humain Homo sapiens : « l’homme savant ». Des espèces avaient été, et sont toujours, décrites actuellement comme « horribilis », « horridus », « gulo » (le glouton), « atrox », « ferox  » (des crotales)… et nous nous sommes nous-mêmes appelés « sapiens ». Or, lorsque l’on regarde aujourd’hui les relations avec les autres espèces, l’attitude de l’humain vis-à-vis de la nature et de la biodiversité qui nous entoure, on peut se demander si nous méritons bien ce qualificatif.
 
Ces questions ont été l’objet du débat : comment analyser nos relations avec le monde vivant dans lequel nous nous trouvons ? Comment regarder nos responsabilités vis-à-vis de lui ? Nous sommes en effet l’espèce qui, seule, se juge « digne » et qui refuse cette dignité aux autres et nous avons mis en « coupe réglée » cette nature dans laquelle nous sommes immergés et dont nous ne saurions nous passer. Nous ne mangeons et ne coopérons qu’avec du « biologique » et pourtant aujourd’hui, et depuis quelques milliers d’années, nous détruisons, polluons, surexploitons, disséminons tout partout et avons une influence très délétère sur le climat. Alors l’humain, « faber » et pas encore « sapiens » ?
 
 
 
(1) Les débats citoyens pour la planète, c’est un cycle de débats consacrés aux sciences du vivant et à la biodiversité, une fois par mois au ministère.
Pour prolonger les échanges de la COP21 et continuer ainsi le travail de réflexion, de mobilisation jusqu’à la COP22 qui aura lieu à Marrakech, un cycle de débats avec des philosophes, anthropologues, sociologues, scientifiques, économistes, artistes engagés dans le développement durable a été mis en place autour des grands enjeux liés à la science du vivant et à la biodiversité.
Ces débats, animés par Gilles Bœuf, conseiller scientifique de Ségolène Royal, ont lieu une fois par mois à l’hôtel de Roquelaure, le jeudi de 19h à 20h30 autour de 3 à 4 personnalités.
 

VOIR AUSSI DANS UP' L'INTERVIEW D'EDGAR MORIN

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