Mutations sociales - Mutations technologiques : regards croisés

mutations sociologiques et technologiques
De nombreuses innovations révolutionnent le monde, remettant en cause les équilibres économiques, les modes de vie. Les avancées technologiques et les transformations sociales qui en découlent ou en sont à l’origine suscitent enthousiasme et controverses, tant sur leur portée à long terme que sur la part de risques qu’elles recèlent. Les mutations du travail et de l’emploi sont un sujet de préoccupation et d’attention continu et les transformations numériques accélèrent parfois des transformations antérieures. Qu’en est-il de l’adaptabilité humaine face au progrès ? Comment aborder les mutations contemporaines « à la fois » sous l’angle technologique et sous l’angle social, en sollicitant de façon croisée le regard des chercheurs ? Le rôle des plateformes numériques, la place de l’État et la transformation de l’action publique, les apports du numérique en matière de santé ou de participation citoyenne, les conséquences sur les formes de travail, les enseignements de l’Histoire pour relativiser l’apparente nouveauté, autant de points qui constituent les grandes questions de notre devenir. Un devenir que le séminaire « Mutations sociales, mutations technologiques » de France Stratégies permet d’éclairer par les analyses de chercheurs, d’entrepreneurs, et d’acteurs de terrain.
 
Internet, le numérique, le développement de l’intelligence artificielle et des robots ont des effets sur de nombreux aspects de la vie quotidienne, de la vie en société et des organisations collectives. Des soins aux malades d’Alzheimer aux nouvelles formes de travail, des pratiques d’enseignement à la participation démocratique, tous les domaines ou presque se sont trouvés chamboulés. Ces transformations de grande ampleur se sont appuyées sur une grande confiance dans les interfaces numériques que nous utilisons au quotidien et sur la promesse d’une société plus libre, plus ouverte et innovante, mais aussi accessible à tous et plus inclusive.
Ces deux piliers font aujourd’hui question : n’est-on pas en train d’exclure une partie de la population de l’accès aux droits ou au marché du travail ? Jusqu’où peut-on aller dans le développement de ces interfaces ? La confiance dans des algorithmes est-elle justifiée ? Quels sont les grands enjeux de régulation et d’éducation pour s’assurer que l’ensemble de la population participe à la société numérique ?
 
France Stratégie, en partenariat avec l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) et l’Inria, l’institut national de recherche dédié au numérique, organise depuis la fin 2015 un séminaire consacré aux doubles mutations – sociales et technologiques – qui bouleversent aujourd’hui l’économie et la société. Au fil des séances, il s’agit de prendre la mesure de ces bouleversements, dans des domaines très divers, mais aussi d’en repérer les enjeux, les risques ou les limites, avec toujours la volonté de mieux cerner la possibilité ou la nécessité d’une intervention des pouvoirs publics face à cette « révolution » en cours.
 

Des transformations technologiques et sociales de grande ampleur

 
Le big data et l’intelligence artificielle
 
La collecte massive de données, sous le nom de big data, les capacités de calcul multipliées et les techniques de l’intelligence artificielle sont les principaux moteurs de la transformation technologique à l’œuvre. Même si l’intelligence artificielle est encore loin de l’objectif ultime qu’elle s’est donné de reproduire l’intelligence humaine, ses progrès et ses potentialités, discutés notamment lors du séminaire par Jean-Pierre Ganascia, professeur à l’université Pierre et Marie Curie, et Yann LeCun, directeur du Facebook Artificial Intelligence Research (FAIR) et professeur à New York University, ont largement transformé la société ces dernières années [2] : le web, la biométrie, la reconnaissance d’images et de parole, la recherche d’itinéraire en sont des exemples quotidiens.
Dans les années 2000, on a observé une nouvelle vague avec l’arrivée de l’apprentissage automatique (machine learning), qui permet d’entraîner les ordinateurs à réaliser une tâche à partir d’exemples, et plus seulement de les programmer pour réaliser une tâche.
Dans les années 2010, l’intelligence artificielle a bénéficié des progrès de nouvelles techniques de l’apprentissage profond (deep learning), grâce auxquelles on peut appliquer l’apprentissage automatique à des tâches plus complexes comme la reconnaissance d’images. Une application emblématique de ces techniques, dont Yann LeCun a été précurseur, est l’assistance à la conduite, avec des systèmes de vision et de perception qui permettent à une voiture de détecter les obstacles ou de changer de voie automatiquement.
Les robots sociaux doués d’empathie, de forme humanoïde ou non, sont une autre application – présentée lors du séminaire par Laurence Devillers [3], professeure à l’université Paris-Sorbonne – de ces machines apprenantes développées grâce à des algorithmes de deep learning. Introduits peu à peu dans nos foyers ou nos hôpitaux, ils sont programmés pour capter, interpréter et répondre aux informations émotionnelles.
Le prochain grand défi de la recherche est l’apprentissage non supervisé, pour apprendre aux machines le sens commun et améliorer par exemple les assistants virtuels, dont Google Now et Siri sont les premiers modèles.

Les transformations économiques à l’œuvre

Ces nouvelles technologies, les quantités de données numériques disponibles et leur potentiel à créer de la valeur ont remis en question les équilibres économiques, favorisant la montée en puissance des plateformes d’intermédiation comme Google, Amazon, Uber ou Airbnb. Ces dernières, assurant une relation personnalisée avec le consommateur, sans lien physique, tirent leur richesse de la taille des réseaux d’utilisateurs et bénéficient aujourd’hui d’une situation de quasi-monopole. Les enjeux de ces nouveaux équilibres ont été présentés lors du séminaire par Stéphane Grumbach, directeur de recherche à Inria, et Laurent Gille, professeur d’économie à Télécom ParisTech [4].
Les transformations à l’œuvre constituent-elles une nouvelle révolution industrielle ? Pierre-Cyrille Hautcoeur [5], président de l’EHESS, met en lumière un certain nombre de points communs avec la révolution industrielle du XIXe siècle telle qu'analysée par l’historien Jan De Vries (Stanford) sous le concept de « révolution industrieuse » : intensification du travail, augmentation du nombre d’heures travaillées, stagnation des salaires réels, transfert vers le marché ou mécanisation d'activités précédemment réalisées à domicile et internationalisation.
C’est donc dans les transformations des modes de vie et des attentes des consommateurs autant que dans une évolution prétendue autonome des technologies qu’il faut chercher les moteurs des innovations. Sylvain Allano [6], directeur scientifique et technologies futures chez PSA Peugeot Citroën, a ainsi présenté les évolutions du secteur automobile, emblématique de la deuxième révolution industrielle. Pour lui, les acteurs, bousculés par de nouveaux entrants comme Tesla Motors, sont déjà entrés dans un changement de paradigme lié à l’arrivée des matériaux composites, aux progrès des capteurs et des capacités de traitement numériques qui rendent les voitures plus autonomes. Ce changement de paradigme se retrouve également dans la gestion de l’offre, qui s’adresse de moins en moins à des consommateurs et de plus en plus à des usagers de services de mobilité en quête de véhicules adaptés à des usages partagés. Il se traduit enfin dans les méthodes d’organisation du travail, en faveur de l’innovation ouverte et des travailleurs hautement qualifiés.

Des évolutions notables sur le marché du travail

Les mutations du marché du travail induites par les nouvelles technologies occupent quant à elles une grande partie des débats publics, dont les intervenants de ce séminaire se sont fait largement l’écho. Le développement de l’intelligence artificielle et des robots pose la question de la transformation des métiers et de la complémentarité entre l’homme et les machines. Mais si des prévisions alarmistes évoquent une menace de substitution sur près de 50 % des emplois d’ici à vingt ans [7], elles ne sont pas corroborées par les études portant sur les tâches ou prenant en compte l’incitation économique au remplacement des hommes par des machines. D’après une note publiée par France Stratégie [8], ce taux serait plus proche de 15 %. L’adaptation des compétences à ce nouvel environnement et donc le rôle des formations initiales et continues s’annoncent toutefois comme des questions essentielles pour les réflexions de demain.
L’essor des plateformes accélère également plusieurs tendances à l’œuvre dans la société. Alors que Frédéric Mazzella, fondateur et président de Blablacar, et Marie-Anne Dujarier, maître de conférences à l’université Sorbonne-Nouvelle Paris 3, s’intéressent aux modèles de plateformes existants [9], Ursula Huws, professeur à l’université du Hertfordshire, et Antonio Casilli, maître de conférences à Télécom ParisTech, se sont quant à eux penchés sur l’apparition d’un « cybertariat » [10].
Pour cerner les effets de l’économie des plateformes sur le marché du travail, Marie-Anne Dujarier a développé une typologie des plateformes [11]. Deux facteurs viennent les différencier : le fait qu’elles soient marchandes ou non, et à caractère lucratif ou non. Ainsi, les plateformes marchandes à but lucratif favorisent la domination des propriétaires et concepteurs de la plateforme, qui captent une grande partie de la richesse produite et s’appuient sur une masse de micro-entrepreneurs non salariés.
À l’inverse, les contributeurs des plateformes non marchandes à but lucratif n’ont généralement pas le sentiment d’exercer une activité professionnelle, à l’instar des conducteurs inscrits sur Blablacar. Ces plateformes peuvent cependant entrer en concurrence avec des activités professionnelles existantes. D’après la sociologue, ces deux modèles interrogent en permanence la frontière entre amateurs et professionnels, ainsi que le concept même de « travail » dans nos institutions. L’absence de statut défini et de système de solidarité ainsi que la faiblesse des mouvements sociaux structurés dans ces nouvelles formes de travail remettent en cause nos modèles de protection sociale.
Pour Ursula Huws, qui a introduit le terme de « cybertariat » [12] pour décrire l’émergence des nouvelles formes de travail, l’arrivée de l’économie des plateformes a provoqué un déséquilibre en faveur du capital. Le modèle de base du salariat s’est trouvé sapé par une nouvelle division globale du travail, par une représentation politique favorable aux grandes entreprises et par la crise économique dont les effets sur la précarisation du travail ont renforcé le modèle économique des plateformes. Les formes d’emploi les plus précaires issues de ces transformations mondiales, invisibles à nos yeux, sont les travailleurs du numérique, étudiés par Antonio Casilli, payés à la tâche ou au clic depuis les régions en développement, qui viennent nourrir les algorithmes mis en place par les grandes plateformes du numérique, dont les plus emblématiques répondent à l’acronyme GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon).
 

L’homme au milieu des machines : de nouveaux équilibres à trouver

 
Comment interagissons-nous avec les machines ?
 
Si le développement des interfaces numériques suscite des appréhensions, notamment sur les transformations induites sur le marché du travail, il n’en répond pas moins à de fortes attentes des utilisateurs. Des usages intenses peuvent même aller jusqu’à l’addiction : Sophie Pène [13], professeure à l’université Paris-Descartes, mentionne une étude de l’UK Post Office de 2008 selon laquelle 53 % des utilisateurs anglais de téléphone mobile sont « nomophobes », c’est-à-dire vivent dans l’angoisse de la déconnexion, sans leur téléphone portable. L’omniprésence de ces interfaces dans notre quotidien soulève la question de nos interactions avec les machines et de leurs effets dans les différents domaines de notre vie.
Les recherches menées s’accordent sur un point : il y a autant d’impacts qu’il y a de technologies, d’usages, voire de personnes.
Ainsi, d’après Daphné Bavelier [14], professeure de neuroscience cognitive à l’université de Genève, une pratique régulière des jeux vidéo de combat peut améliorer l’attention visuelle sélective. Et si le smartphone nous a fait perdre en mémoire déclarative, il nous a fait au contraire gagner en mémoire transactive (capacité à chercher une information).
 Il semble cependant que les effets positifs disparaissent avec l’hyper-spécialisation dans un domaine. Le temps long nécessaire à l’évaluation limite la prise en compte de ces effets dans les politiques publiques. D’après Roberto Casati, directeur d’études de l’EHESS, le plan « 1 million de tablettes » dans les classes de 6e et de 5e a été mis en œuvre sans étude préalable des impacts sur la performance scolaire et surtout sans réflexion aboutie sur l’utilisation du numérique dans les pratiques pédagogiques.
Dans le domaine de la santé, les expériences d’utilisation des capteurs et des objets connectés sur les patients ou l’introduction de robots sociaux dans la prise en charge de certaines pathologies ont donné de premiers résultats sur l’efficacité de ces outils. Pour Sophie Fainzang [15], directrice de recherche à l’Inserm, la clé du succès des capteurs pour améliorer la prévention, la surveillance médicale et l’autonomie des patients est la construction d’une relation collaborative et la redéfinition du rôle des patients et de leur médecin. Une utilisation passive de ces outils manque les objectifs assignés : seuls 50 % des malades chroniques équipés de capteurs transmettent systématiquement leurs données.
Pour Anne-Sophie Rigaud [16], chef de service à l’hôpital Broca, l’acceptabilité des robots sociaux auprès de publics dépendants varie selon les usages souhaités : les patients qui souhaitent une simple assistance à la vie quotidienne vont préférer les robots sans émotion alors que ceux qui recherchent une stimulation cognitive ou une présence rassurante vont préférer les robots doués d’empathie.
Bruno Sportisse [17], directeur général adjoint de Thuasne [18], insiste quant à lui sur l’importance de la confiance dans les objets connectés et leur utilisation.

Les paradoxes de la confiance dans les interfaces numériques

En ce qui concerne le modèle économique des plateformes, la confiance est là aussi la clé du succès. D’après une étude menée par Blablacar et la NYU Stern [19], nous faisons presque autant confiance à un utilisateur de plateforme qu’à un ami.
Une telle relation est assez paradoxale car les processus algorithmiques sous-jacents échappent à la compréhension de la plupart des individus qui ne maîtrisent ni la trajectoire des données produites ou utilisées, ni les logiques de calcul de ces dispositifs. Dans ce contexte, les notions clés de liberté et de responsabilité se trouvent interrogées. Chercheuse à l’université de Namur, Antoinette Rouvroy insiste sur la différence entre les machines classiques et les machines algorithmiques [20] : programmées pour orienter nos actions en nous donnant des informations et recommandations, ces dernières peuvent aller jusqu’à se substituer à la décision humaine.
L’avènement des réseaux sociaux comme canal d’information est un autre exemple des risques que recèlent les algorithmes non maîtrisés sur l’accès à l’information. Dominique Cardon, professeur à Sciences Po, et Serge Abiteboul, directeur de recherche à Inria, alertent sur cette évolution [21], moins « neutre » que l’algorithme historique de classement de Google, plutôt transparent et « méritocratique ». En analysant nos préférences, ces algorithmes de filtrage et le choix du réseau social par les utilisateurs renforcent les bulles informationnelles et la viralité de certaines « fake news ».
Au cours du séminaire, sur des thèmes divers, plusieurs intervenants ont évoqué cette absence de contrôle sur les algorithmes, mais aussi plus largement les questions de propriété des données, de transparence et de cybersécurité. Quelles limites faut-il donner aux usages, quelles fonctions voulons-nous attribuer ou déléguer à ces machines algorithmiques, quel degré d’opacité sommes-nous prêts à accepter ? Toutes ces questions qui tournent autour de la responsabilité sont encore largement en friche.

 

L’adaptation des politiques publiques : des chantiers à construire

 

Les limites des outils numériques

Pour les pouvoirs publics, le développement du numérique est perçu comme un moyen d’améliorer les services publics à moindre coût. Le risque est toutefois de trop en attendre. Ainsi, les civic techs, présentées par Stéphanie Wojcik, maître de conférences à l’université Paris-Est Créteil, et Clément Mabi, vice-président de Démocratie ouverte, sont souvent vues comme une réponse possible à la « fatigue démocratique » qui frappe les institutions et les modes de participation traditionnels [22]. Les pouvoirs publics les mobilisent régulièrement à fin d’information et de consultation. Mais la légitimité des résultats est sujette à caution si ces outils sont essentiellement investis par des publics politisés.
Pour Clément Mabi, ils ne sont pas la panacée pour répondre à la fracture civique. Plus encore, leur généralisation pour accéder aux services publics peut renforcer l’exclusion de publics qui cumulent précarités sociales et numériques. Pierre Mazet, chargé d’études à l’Observatoire des non-recours aux droits et services, et Jean Deydier, directeur d’Emmaüs Connect et de WeTechCare, ont tous les deux souligné le manque d’accompagnement et de progressivité de la dématérialisation des services publics [23].
Par ailleurs, les initiatives de démocratisation pour favoriser la capacitation (l’empowerment) des citoyens peuvent susciter des déceptions. Les expériences menées en France comme à l’étranger montrent les limites d’une utilisation des contributions numériques dans le processus de décision, l’exemple le plus flagrant étant le rejet par le Parlement islandais d’une nouvelle loi constitutionnelle élaborée par les internautes.

Un secteur encore à l’ère de l’impunité

Les faiblesses de la régulation en matière de numérique ont plusieurs fois été évoquées au cours du séminaire. L’histoire des risques technologiques, étudiée par Jean-Baptiste Fressoz [24], historien des sciences au CNRS, nous enseigne que ce sont les controverses sociales provoquées par les accidents dus à l’introduction des machines à vapeur et de l’éclairage au gaz qui ont donné naissance aux grands principes de régulation (autorisation administrative préalable, normalisation des dispositifs techniques et compensation des victimes en cas de dommage). Appliquer ces principes au secteur numérique pour prévenir les bugs informatiques et les failles de sécurité serait déjà un grand pas, recommandé par Gérard Berry, professeur au Collège de France [25]. L’absence d’analyse sociale des risques et des responsabilités dans un monde numérique accroît les probabilités d’une prise de contrôle inappropriée par une entreprise ou un État, d’une instrumentalisation et d’une utilisation non souhaitée ou non souhaitable des données amassées par les machines. La réponse a posteriori ne suffit pas. Ainsi, la loi Hadopi est venue réguler la pratique du téléchargement au moment où celle-ci disparaissait au profit du streaming. D’après Daniel Le Métayer, directeur de recherche au centre de recherche Inria Grenoble Rhône-Alpes à Lyon, la transparence doit être pensée dès la conception du service par ceux qui traitent les données personnelles (privacy by design). Pour Laurence Devillers, c’est aussi en amont qu’il faudrait définir l’autonomie et les capacités décisionnelles des robots en assurant la transparence des données collectées et des algorithmes utilisés.

Les enjeux pour la sphère éducative

Le dernier point de convergence de la plupart des intervenants lors de ces débats est le besoin criant d’éducation et d’acculturation de la population aux outils numériques et aux mécanismes sous-jacents. Face aux bouleversements induits par le numérique, sur le marché du travail ou dans la participation démocratique, le système éducatif a un rôle essentiel à jouer. Or, pour François Taddéi [26], directeur du Centre de recherches interdisciplinaires, ce système n’évolue pas ou très peu, alors même que le rapport au savoir et le rôle de l’enseignant sont en pleine mutation. Ce constat est partagé par Roberto Casati [27] : le numérique lui apparaît davantage utilisé sur un mode mimétique, pour reproduire l’existant, que pour ses vertus propres comme l’apprentissage du code, la création de contenu ou le partage de données.
 

Conclusion

 
Les quatorze rencontres organisées en deux ans dans le cadre du séminaire « Mutations sociales, mutations technologiques » sont loin d’avoir exploré tous les thèmes. Elles sont des coups de projecteur, fugaces et localisés, pour approcher cette vaste matière en mouvement qu’est notre société, poussée par les forces sociales et les forces technologiques qu’elle incorpore, digère, absorbe.
À l’issue de cette exploration, les interrogations demeurent. Quel sera l’avenir du travail ? Quelle place pour la France et l’Europe face aux géants du numérique ? Quelle régulation pour ce nouveau monde ? Quel horizon pour l’action publique ? Au-delà des interrogations, des convictions se forgent, tirées des multiples échos entre les séances : l’importance d’une gestion des données sur laquelle les utilisateurs ont la main ; l’éducation aux outils, qu’il ne faut pas confondre avec les usages ; le refus de céder aux sirènes ou aux prophètes, et la volonté de prendre la juste mesure des transformations en cours. Le monde change, il nous faut adapter les règles en en connaissant la grammaire.
 
6 Ibidem.
7 Frey C. B. et Osborne M. A. (2017), The Future of Employment: How susceptible are jobs to computerisation?, Technological Forecasting & Social Change n° 114, p. 254-290.
8 Nicolas Le Ru (2016), « L’effet de l’automatisation sur l’emploi ce que l’on sait, ce qu’on ignore », France Stratégie, La Note d’analyse, n° 49, juillet.
10 Voir Séance 12, « Le cybertariat ».
11 Dujarier M.-A. (2016), « Les usages sociaux du numérique : une typologie », In Digital labor, travail du consommateur, quels usages sociaux du numérique ?, INA Global, La Revue des Industries Créatives et des Médias, janvier.
12 Huws U. (2001), « The Making of a cybertariat? Virtual work in a real world », Socialist Register 2001: Working Classes, Global Realities, vol. 37.
14 Ibid.
18 Au moment de son intervention.
23 Voir Séance 13, « Pauvreté et numérique ».
25 Ibid.

 

 

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