L'éthique, une boussole pour construire l'avenir

éthique
 
Quelle réflexion porter sur les motivations de nos décisions et les modalités de nos actes en rapport avec « les autres » ? Comment construire une réflexion argumentée en vue du bien-agir ? Le dernier colloque « État des lieux de l’enseignement et de la recherche en éthique », a récompensé quatre auteurs offrant une « boussole » à nos questionnements en matière de migration, de travail, et de recherche & innovation. 
 
La réflexion éthique permet d’accroître notre conscience des droits d’autrui (au sens large) et d’agir dans le sens du respect de ces droits et du bien d’autrui. C’est grâce à elle que nous développons notre humanité : elle nous permet de réfléchir par nous-mêmes, sur nous-mêmes, et sur l’impact de nos actes au-delà des lois, des normes et des mœurs établies. Elle est donc fondamentale pour construire un avenir plus cohérent et plus juste.
Les Trophées de l’enseignement et de la recherche en éthique réunis le 10 novembre dernier au CNAM organisés par la Fondation Ostad Elahi – éthique et solidarité humaine, reconnue d’utilité publique, en parallèle du colloque "Etat des lieux de l'enseignement et de la recherche en éthique", visent à récompenser et valoriser au niveau national les étudiants, chercheurs et enseignants qui, au travers de leurs activités, œuvrent dans le sens de l’éthique, de la connaissance et du respect des droits d’autrui ainsi que du développement des qualités humaines.
Nombreuses sont désormais en France les grandes écoles et les universités à avoir pris conscience de cette nécessaire référence à l’éthique. Aujourd’hui, l’éthique se lie à de nombreuses disciplines, par le biais de leurs programmes, chaires, enseignements, formations ou recherches.
Pourtant quand il s’agit de passer du discours à la réalité effective, bien des réticences se font jour, insignifiance pour les uns, « l’éthique, pas la peine de l’enseigner, tout le monde sait faire, à l’instar de M. Jourdain qui sait faire de la prose ». Danger pour les autres : l’expertise éthique pourrait avoir une prétention de vérité, d’exigence, de remise en cause. Mais… « seuls les poissons morts vont toujours dans le sens du courant… ». Les vivants, eux, apprennent et choisissent où ils veulent aller. Ainsi en instaurant ces trophées, vous avez eu l’intuition et l’audace de croire que l’éthique pouvait être, par la justesse de sa parole comme de sa mise en œuvre, un chemin de tolérance, un chemin de vie, et j’ose le dire, de vérité de l’humain. »
Marie-Jo Thiel, directrice du Centre européen d’enseignement et de recherche en éthique (CEERE, Strasbourg), première lauréate des Trophées de l’enseignement de l’éthique, 2008.
 
La sélection des lauréats de cette 5e édition des Trophées de l’enseignement et de la recherche en éthique s’est effectuée à partir des ouvrages publiés par des chercheurs et enseignants sur l’année 2016 et les 6 premiers mois de 2017.
 

Rendre justice au travail

 
Matthieu de Nanteuil travaille sur la place du travail et de l’économie solidaire dans les théories de la justice sociale, ainsi que sur les formes de violence et de non-violence qui accompagnent l’histoire de la modernité – libérale en particulier.
Le travail est le grand oublié des théories de la justice sociale. Or, s’il y a bien un lieu où nous faisons l’expérience de l’injustice, c’est le travail. Comment en sommes-nous arrivés là ? Ce livre mène l’enquête et ouvre des perspectives. Après avoir reconstruit une histoire du rapport entre travail et valeurs, pointé les risques d’une simple « moralisation du capitalisme », il propose d’identifier quatre modèles de justice : éthique de la discussion, éthique du compromis, éthique du développement, éthique de la reconnaissance. Comment ces modèles permettent-ils d’affronter les injustices inhérentes à la vie professionnelle ? En quoi donnent-ils aux acteurs les moyens de surmonter les dilemmes, les conflits de valeur auxquels ils font face ? Qu’exigent-ils de chacun d’eux ? Plus largement, dans quelle mesure contribuent-ils à renouveler l’action politique – notamment syndicale – sur ces questions ? Écrit de façon didactique, ce livre s’adresse à tous ceux qui voient dans le travail un lieu essentiel de formation du rapport aux autres et à soi, tous ceux qui, pour cette raison même, entendent relever le défi d’un travail plus juste.
 
Sociologue et philosophe, professeur à l’Université de Louvain, Matthieu de Nanteuil est membre du Centre de recherches interdisciplinaires Démocratie, Institutions, Subjectivité (CriDIS) et de la Chaire « Démocratie, Cultures et Engagement » au sein de l’Institut d’analyse du changement dans l’Histoire et les Sociétés Contemporaines (IACCHOS). Il est également membre associé au Groupe de recherches en Théories politiques contemporaines à l’Université nationale de Colombie.
Ses derniers ouvrages parus : de Nanteuil, M. et Merla, L. (eds), 2017, Travail et care comme expériences politiques, Louvain-la-Neuve, Pul ; de Nanteuil, M. et Alix, N. (eds), 2014, Pour une économie de la confiance en Europe. La contribution de l’économie sociale et solidaire, Paris, L’Option de Confrontations Europe.
 

L’éthique doit rester insolente

 
Les philosophes Sophie Pellé et Bernard Reber ont participé aux réflexions sur la recherche et l’innovation responsables initiées par la Commission européenne. Leur ouvrage « Éthique de la recherche et innovation responsable » s’articule autour du thème innovation et responsabilité : Comment intégrer les questions éthiques dès la conception des projets de recherche ? Que signifie le mot d’ordre consistant à impliquer les « acteurs sociétaux » : faut-il privilégier la participation des citoyens ou impliquer les porteurs d’intérêts ?
Les bouleversements scientifiques et technologiques du XXe siècle et les questions et difficultés qui les ont accompagnés (changement climatique, énergie nucléaire, OGM…) ont accru la nécessité de penser et d’encadrer le progrès technoscientifique et ses conséquences. Les évaluations d’experts et les comités d’éthique ne peuvent cependant plus être aujourd’hui les seules sources de légitimité pour appréhender l’acceptabilité sociale et la désirabilité éthique de ces progrès. La responsabilité doit être plus largement partagée, tant au sein de la société que dans la conduite des projets de recherche et d’innovation.
Cet ouvrage présente les principaux travaux sur l’Innovation et la recherche responsables (IRR) envisagées sous l’angle de la responsabilité morale, dont il ne mobilise pas moins de dix conceptions pour dégager celles qui sont positives et défendre un pluralisme interprétatif et combinatoire.
En ce sens, il fait preuve d’innovation morale. Il analyse de nombreux cas et propose des perspectives rarement abordées dans ce domaine émergent (pratiques actuelles d’évaluation éthique, souci de l’intégrité dans la recherche, dispositifs d’évaluation technologique participative…) Il contribue aux promesses de l’IRR, qui reste largement sous-déterminée théoriquement alors même qu’elle reconfigure les relations entre sciences, innovation et société.
 
Sophie Pellé est docteur en épistémologie économique (université Panthéon-Sorbonne). Depuis 2010, elle se consacre à l’éthique et la gouvernance des nouvelles technologies (projet ANR Nano2e et projet Européen GREAT), ainsi qu’à la conception et la mise en œuvre de l’innovation responsable. Son dernier ouvrage paru est Business, Innovation and Responsibility, 2017, édition ISTE/Wiley.
 
Bernard Reber est philosophe, directeur de recherches au CNRS, membre du Centre de recherches politiques de Sciences Po depuis 2014. Avant cela, il était au Centre de recherches Sens, Ethique, Société (CNRS-Université Paris Descartes).
Il est docteur en recherches politiques (EHESS) et HDR en philosophie (université Paris Sorbonne), après avoir suivi un parcours complet de théologie (spécialisé en théologie politique et dialogue interreligieux).
Il a produit plus de 150 publications scientifiques. Son dernier ouvrage s’intitule Precautionary Principle, Pluralism, Deliberation. Science and Ethics, Londres, ISTE-international et New York, Wiley, 2016, 247 pages. Publié également en français, La Délibération des meilleurs des mondesEntre précaution et pluralisme, 2017, 311 pages. Il codirige la série Innovation responsable (Londres, ISTE et New York, Wiley) au sein de la collection « Interdisciplinarité, Sciences et Humanités » dont il est responsable, publiée en français et en anglais (21 ouvrages). Chez les mêmes éditeurs il est responsable du domaine Epistémologie (40 ouvrages) au sein du projet Sciences.
Ses travaux portent sur des sujets de philosophie morale (responsabilité, pluralisme, valeurs, théories morales), politique (démocratie délibérative, démocratie responsable), à l’interface des sciences sociales (citoyenneté critique, sociologie morale) ou en interaction avec les sciences de la nature et de l’ingénieur (éthique et gouvernance du climat, principe de précaution, humanités numériques, évaluation technologique participative).
 

Repenser l’immigration

 
L’immigration place les démocraties européennes face à d’immenses défis éthiques. Les valeurs de liberté, d’égalité et de solidarité qui ont nourri les histoires européennes semblent aujourd’hui avoir perdu leur capacité à nous orienter. De l’« expat » au requérant d’asile, du regroupement familial à la libre circulation des personnes, la diversité des situations migratoires bouscule nos convictions et interroge nos choix citoyens. Au moment de déterminer notre politique migratoire et d’élire nos représentants, la même question s’impose : comment aborder cette mobilité et redonner du sens à notre responsabilité ? L’ampleur des défis migratoires nous plonge dans une ambiance de crise permanente. Comment retrouver une boussole éthique capable d’accompagner nos choix ?
Cette première introduction francophone à l’éthique de l’immigration offre les outils nécessaires à une définition cohérente et responsable de nos choix migratoires. Rédigé de manière accessible par un spécialiste de l’éthique et du droit des migrations, il propose une vue d’ensemble des positions philosophiques actuelles. Les situations du domaine de l’asile, du regroupement familial ou de l’immigration à des fins professionnelles seront ainsi évaluées.
Grâce à de nombreux encadrés traitant de défis éthiques concrets, l’ouvrage permet à chacun de préciser ses intuitions et d’affiner sa propre position. Les établissements de formation y puiseront des ressources pédagogiques facilement mobilisables. Les décideuses et décideurs politiques, les citoyennes et citoyens soucieux d’apporter une réponse cohérente aux défis migratoires de notre époque y trouveront un précieux compagnon de réflexion et de décisions.
 
Johan Rochel est un philosophe et juriste suisse travaillant à la jonction de la recherche, du politique et de l’engagement citoyen. Docteur en droit et philosophe, il s’intéresse à l’éthique de l’immigration et de l’innovation. Après une thèse de doctorat sur le droit et l’éthique de la politique migratoire européenne, il est actuellement engagé dans un projet postdoctoral portant sur la distribution de l’innovation par le biais de la propriété intellectuelle avec l’Université de Tokyo et l’Université La Sapienza à Rome.
 
Par le biais de ses publications et de ses activités auprès des décideurs et du grand public, Johan Rochel porte les résultats de ces réflexions au cœur de la Cité. Il a fondé et organisé l’« Atelier d’éthique pour la migration », atelier participatif et itinérant à travers la Suisse sur les défis de la politique migratoire. Il va bientôt lancer le projet « EthiX : Laboratoire d’éthique de l’innovation » visant à offrir un espace de débats sur les défis sociétaux de l’innovation. Il est membre de la Commission fédérale pour l’enfance et la jeunesse et tient un blog « La Suisse en mouvement » pour le journal suisse « Le Temps ». Il publie régulièrement des papiers pour le think-tank de politique étrangère foraus.
 
Sophie Pellé et Bernard Reber, Éthique de la recherche et de l’innovation responsable, ISTE, 2016.
Matthieu de Nanteuil, Rendre justice au travail, Puf, 2016.
Johan Rochel, Repenser l’immigration, Presses polytechniques et universitaires romandes, 2016.
 

 

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