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Thierry Gaudin: Pour un récit du prochain siècle

Thierry Gaudin
Nous vivons un changement de civilisation majeur qui se traduit aussi bien dans notre rapport à la conscience, à l’éducation qu’à la monnaie et aussi au rapport que nous entretenons avec la nature et tous les règnes du vivant.
Nous devons passer d’une instrumentalisation de la nature à être en amour avec elle et savoir composer avec elle, et renouer avec les Enseignements, au sens de la spiritualité pour nous réapproprier le sens des finalités et aboutir à une gouvernance mature au service de la nature et des biens communs.
Thierry Gaudin s’était vu confier par le gouvernement la mission d’élancer une politique d’innovation pour la France, ce qui l’a conduit à réaliser une veille stratégique et prospective qui ont abouti à la création de Prospective 2100.
 
Polytechnicien, ingénieur du corps des Mines, Docteur en Sciences de l’information et de la communication, (Thèse sur travaux : “Innovation et prospective : la pensée anticipatrice”), Thierry Gaudin est en charge auprès du Ministère français de l’Industrie (1971-1981), de la construction d’une politique d’Innovation : création du “sixcountries program on innovation policies” ; création et organisation du salon Inova ; mise en place d’enseignements du Design, Réseaux régionaux recherche-industrie, Réforme de l’ANVAR, devenue depuis Oséo puis intégrée dans la BPI… Puis, il fonde et dirige (1982-1992) le Centre de Prospective et d’Evaluation du Ministère de la Recherche et de la Technologie : Veille Technologique internationale (Silicon Valley, Japon…), Evaluation de l’efficacité des Recherches et grands programmes technologiques, qui donnera lieu à l’Elaboration d’une prospective mondiale du siècle prochain, publiée en 1990 et 1993 chez Payot sous le titre “2100, récit du prochain siècle”.
Création de Prospective 2100, association internationale ayant pour objectif de préparer des programmes planétaires pour le 21° siècle, dont il assume la présidence.
Publications d’ouvrages sur la Prospective et l’Innovation (voir liste et vidéos),
Site internet : http://gaudin.org
 
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Partie 1 – La création de l’Association Prospective 2100 
Début des années 70, le ministère de l’industrie a décidé de lancer une politique d’innovation, ce qui n’existait pas en France avant.  Et nous avons participé à l’ANVAR par la suite.
C’est avec JP Chevènement qu’il a été demandé au Ministère de la Recherche d’intégrer la prospective et de réaliser une vigie et c’est que j’ai administré pendant plusieurs années.
Dans cette  activité de prospective, j’ai d’abord fait de la veille technologique internationale de manière à avoir un capital d’information aussi frais et valable que possible. Et lorsque Monsieur Curien est revenu en 88, je lui ai proposé : il y a les centres techniques, les écoles d’ingénieurs, tout un tas de choses autour de la technologie et c’est un peu en désordre. Il faudrait faire un audit. Et puis j’ai une autre proposition possible, nous en savons assez pour lancer un rapport de prospective mondial.
Ce qui a donné lieu à l’ouvrage 2100 récits du prochain siècle. 600 personnes ont collaboré à ce projet.
La civilisation industrielle c’était matière et énergie, donc l’axe horizontal. Ce qui est en train d’apparaître, c’est l’autre axe qui devient dominant avec la nano-seconde d’un coté et les problèmes de préservation de l’écologie et de la relation de l’espèce humaine avec la nature qui ne sont pas assumés. 
L’idée du jardin planétaire, ça englobe le jardinier, le gardien, jardinier et gardien c’est pareil, de la nature commence aujourd’hui. Vous avez eu d’abord une minorité qui était pour le jardin et petit à petit ça gagne chez les agro. » (Cf partie 4 développement du jardin planétaire)
 
 
Partie 2 – Un changement de civilisation dont on ne voit pas encore l’ampleur  …Conscience, éducation, monnaie…structuration du  temps – 07 :56 à 15 :26
C’est un changement de civilisation dont on ne mesure pas encore l’ampleur. Les inventions majeures de l’écriture, de l’imprimerie, aujourd’hui c’est la communication instantanée et mondiale.
Ce qui a un impact sur la conscience, l’éducation et la monnaie.
"Aujourd’hui on est dans une communication instantanée, mondiale qui concerne non seulement le signe écrit mais l’image et la vidéo. Donc ça veut dire que la conscience de l’espèce humaine est en train de se transformer. Vers quoi ? 
Certains vont manipuler le psychisme et en même temps les particuliers peuvent avoir accès aux informations de la même manière que les professionnels.
On est dans une société d’information, mais aussi de désinformation. Les fabrications sont elles aussi révolutionnées. « Les imprimantes 3 D ça veut dire un renouveau complet de l’artisanat. L’industrie cède la place à des formes nouvelles d’artisanat.
Pour la communication, vous avez à disposition des particuliers maintenant des moyens de fabriquer des vidéos, des outils de communication qui sont les mêmes que pour les institutions.  Que deviennent les grandes télévisions ?
Que devient le système scolaire qui aujourd’hui est formaté pour aller sélectionner des cadres pour les multinationales ? Mais ces cadres ne savent rien faire du point de vue des montages vidéo par exemple. Ils ne savent même pas communiquer avec les outils contemporains.  
Nous sommes dans un décalage énorme entre les systèmes de valeurs, les hiérarchies et les modalités de transmission inadaptés aux usages actuels.
Que devient la monnaie dans un système de communication instantané où vraisemblablement après avoir subi cette énorme unification monétaire (qui a été un désastre) … Pourquoi ? parce que l’unification monétaire ouvre la porte à tous les prédateurs…. 
Qu’est-ce qui va se passer à la suite de cette concentration de richesses ? Avec un portable vous pouvez réaliser des échanges monétaires, avec Orange par exemple. On ne passe plus par les banques. La faculté de création de monnaie va peut-être être réappropriée par le public, par le peuple. »
Nous ne sommes pas dans une société de religion, nous sommes dans une société fétichiste, le fétiche, c’est la monnaie aujourd’hui. »
 
 
Partie 3 - un changement de civilisation dont on ne voit pas encore l’ampleur  la  relation de l’espèce humaine avec la nature, la gestion de la planète  
Ce changement de civilisation a également un impact majeur sur la relation de l’être humain avec la nature.
«Si vous regardez les anticipations, même à 2053 voir 2100 de la pluviométrie.  Vous voyez moins de pluie en Afrique du Sud, moins de pluie au Mexique, moins de pluie en Espagne aussi, plus de pluie en Angleterre, plus en Russie, et plus aussi dans certaines régions du Brésil. Qu’est-ce que ça veut dire ça ? Ca veut dire des migrations mais pas de migrations quelques centaines de personnes qui se noient dans un bateau, c’est des millions peut-être même des centaines de millions… Avec le système des Etats nation que nous connaissons, ça ne passe pas. Parce que les état nations bloquent les frontières, ils essayent d’éliminer l’émigration. 
 Il y a un pays où la pluviométrie sera semble-t-il assez nettement diminuée, c’est l’Inde… Ca c’est la migration vers le Nord car la Sibérie devient beaucoup plus habitable à cause du réchauffement climatique. 
Face à ces problèmes planétaires, il faut une attitude rationnelle, c’est-à-dire anticiper, organiser. C'est-à-dire que s’il y a besoin de créer des villes nouvelles ou des zones nouvelles dans certains endroits de la planète, il faut l’anticiper.  
Lien : les guerres des monnaies. http://www.amazon.fr/guerre-monnaies-Chine-nouvel-mondial/dp/2355120544/ref=sr_1_1?ie=UTF8&qid=1443120174&sr=8-1&keywords=les+guerres+des+monnaies
On revient à la question monétaire parce que ce qui se passe actuellement, vous avez le traité de Lisbonne pour l’Europe. Dans son article 123 explique que les Etats pour se financer doivent s’adresser au marché. C'est-à-dire aux banques. Or le marché ne sait financer que des choses ‘rentables’, c'est-à-dire qui vont rapporter de l’argent. Pour les bien communs, les commons eh bien, il n’y a rien. »
Les biens communs étaient financés par les Etats qui obtenaient leurs revenus des impôts et lorsque les plus riches (individus et entreprises) placent leurs revenus dans les paradis fiscaux les Etats sont diminués dans leur capacité de financement au moment où les problèmes de biens communs augmentent.
Donc, on est dans une contradiction totale, donc on ne peut s’en sortir qu’en disant on va créer de la monnaie autrement qu’en passant  par les banques. »
 Le problème de cette relation avec la nature renvoie à la première question que l’on posait, c'est-à-dire qu’est-ce que l’on fait de cette affaire de la nano seconde et des conséquences financière, monétaires ? »
Les monnaies locales ne vont pas être suffisantes, elles permettent de recréer des autonomies, mais il est nécessaire d’envisager que le FMI, la Banque Mondiale par exemple puissent prendre en charge ces enjeux.
On est dans un système tout à fait Keynésien met de l’argent pour l’activité économique pas pour aménager la planète.»
 
 
Partie 4 – Le jardin planétaire 
 
Développement et durable est un oxymore mais en plus quand on dit développement ça passe complètement sous silence le fait que nous sommes une partie de la biosphère ; et que donc nous devons avoir une relation avec les autres êtres vivants qui n’est pas seulement une relation de prédation mais qui est aussi une relation non seulement de préservation mais d’amour. Le jardinier est un amoureux de son jardin, il est en symbiose avec le jardin. 
Il s’agit non plus d’utilitarisme mais d’une attitude intérieure et la remise en cause des finalités.
Le problème, il est beaucoup plus profond que cela, il est dans la spiritualité.  La spiritualité avait été occultée des pays Occidentaux, là où nous avons pratiqué le fétichisme de la monnaie.
Je pense que ce qui est en cause, c’est l’espèce humaine liée à la biosphère de façon intime. C'est-à-dire l’espèce humaine étant comme une expression particulière de la vie. Et donc pour moi le spirituel, c’est d’abord le respect d’abord des autres cultures du vivant et des autres cultures de l’espèce humaine.
Les peuples premiers qui vivent en harmonie avec la nature ont des enseignements à nous donner.
Le deuxième point c’est les relations avec les animaux, vous avez tout le travail qui a été fait par l’éthologie depuis Conrad Lauren. Tout ce travail c’est étudier les animaux non pas comme si c’étaient des machines mais étudier les animaux dans la communication que nous pouvons avoir avec eux et dans les enseignements qu’ils peuvent nous délivrer. »  
 
 
Thierry Gaudin2
 
Partie 1 – Suite jardin planétaire, lien interactions entre les espèces  
«Il n’y a pas que les primates, il y a aussi toute la nature, tous les animaux, toutes les plantes aussi peuvent nous parler. 
Les lobbies de tout poil on tendance à tirer sur les propos qui ne vont pas dans le sens de leur intérêts. »
 
Partie 2 – Prospective et éducation 
«Si on n’a pas une vision claire de ce que c’est que la France, et le monde même parce que 30 ans c’est le monde, malheureusement on ne peut pas faire de réforme valable. On le fait en fonction d’une classification, d’une hiérarchie, d’une idée de la réussite qui est une idée ancienne. 
Faisons un pas de plus pour concevoir les Enseignements (au sens de Vinoba), c’est-à-dire les enseignements spirituels.
 
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Partie 1 – Deux champs d’action prioritaires 
La France a un grand rôle à jouer et à l’étranger, les personnes ont une grosse attente vis-à-vis de nous. 
«Une éducation universaliste, la maîtrise de l’informatique et l’harmonie avec la nature. A l’intérieur de ça, il y a cette histoire du fétichisme de la monnaie qu’il faut traiter en se réappropriant la fabrication des monnaies complémentaires. Que le peuple se réapproprie les instruments de l’échange et par conséquent une certaine forme de convivialité. »