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Critique de l'histoire des sciences

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Critique de l'histoire des sciences de Michel Blay - CNRS Editions, avril 2017 - 301 Pages
 
Le monde et la raison ne font pas problème, disons, si l’on veut, qu’ils sont mystérieux, mais ce mystère les définit, il ne saurait être question de le dissiper par quelque solution. Il est en deçà des solutions. La vraie philosophie est de rapprendre à voir le monde. »
Maurice Merleau-Ponty, La phénoménologie de la perception, Paris, Gallimard 1945
 
On a toujours tendance à faire remonter les commencements de la science aux Grecs anciens. On tient pour acquis qu'elle relate un progrès en marche et se construit linéairement, de manière cumulative, chacun ajoutant une brique à l'édifice commun. La science serait universelle, surplombante, détachée de tout substrat idéologique et culturel, et les écrits de nos prédécesseurs ne seraient que des essais, souvent naïfs, pour nous permettre de devenir ce que nous sommes.
Il n'en est rien. La science est une construction culturelle à une époque donnée. Et la question du " progrès ", dans ce cadre, n'a pas grande signification.
En revanche, un chemin traverse la pensée occidentale depuis les Grecs : celui de l'ordre démonstratif, lancé par les Éléments d'Euclide, poursuivi en terre d'Islam, renforcé au XVIe siècle en Occident, où naissent les mathématiques comme nous les connaissons. Mais cet ordre démonstratif vaut pour sa forme, pas pour son contenu.
En prenant une position résolument critique, en revisitant les approches historicisantes de l'histoire des sciences tout autant que celle portant sur l'homogénéisation idéologique des pensées de l'histoire globale, Michel Blay expose une nouvelle sensibilité aux constructions du passé comme à celles du présent, et ouvre une nouvelle voie pour l'avenir. « …une nouvelle sensibilité aux constructions du passé, comme à celles de notre présent. Une nouvelle sensibilité qui nous révèle une voie plus humaine que celle que nous empruntons habituellement. Une voie qui souligne que ce qui compte, contrairement à ce que nous pensons trop souvent aujourd’hui, ce n’est pas tant et seulement de construire une technique ou une science traversée par la valeur et l’économie, mais d’élaborer des constructions conceptuelles, imaginaires et rigoureuses, comme autant d’ordres du monde, par lesquelles notre finitude, au cœur des interrogations sur la vie et la mort, trouve son sens, du moins, pour un moment et par lesquelles, par ce que nous imaginons et pensons ces constructions, nous échappons à notre propre réduction en machine, énergie, etc. »
 
Philosophe et historien des sciences, Directeur de recherche émérite au CNRS, Michel Blay est notamment l'auteur de Dieu, la nature et l'homme. L'originalité occidentale (2013), L'Existence au risque de l'innovation (2014), et plus récemment de Penser ou cliquer ? (2016).