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Quels métiers en 2022 : Prospective des métiers et des qualifications

économie de l'innovation

Le nouvel exercice de prospective nationale des métiers et des qualifications, "Les Métiers en 2022", réalisé par France Stratégies, vient de sortir aujourd'hui et a été remis à François Rebsamen, ministre du Travail, de l'Emploi, de la Formation professionnelle et du Dialogue Social. Il met en perspective les grandes évolutions qui contribueront à façonner l’emploi et le marché du travail dans les années à venir.

Pour accompagner les transformations du travail et de l’emploi induites par les mutations démographiques, technologiques et économiques de ces dernières décennies, et pour mieux en appréhender les enjeux, des travaux de prospective des métiers et qualifications ont été conduits et renouvelés depuis une quinzaine d’années, à la demande du Premier ministre, par le Commissariat général du Plan puis par le Centre d’analyse stratégique – devenu France Stratégie – et par la Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques (Dares).

Le troisième exercice de prospective, mené dans le cadre du groupe Prospective des métiers et qualifications (PMQ) au cours des années 2008-2014, s’est attaché à examiner les perspectives d’évolution des ressources en main-d’oeuvre et de l’emploi par métier à l’horizon 2022. Il en résulte un outil qui peut tout à la fois nourrir les travaux de programmation des formations, éclairer les choix individuels, permettre une meilleure anticipation des mutations économiques et fournir des informations susceptibles d’améliorer la fluidité du marché du travail. La publication de ces résultats constitue une responsabilité importante vis-à-vis de tous les utilisateurs potentiels, qui doivent être conscients de l’incertitude qui entoure ces projections. L’exercice s’est déroulé dans un contexte macroéconomique dominé par les conséquences d’une crise économique et financière d’une ampleur exceptionnelle, et sur le plan démographique par l’accélération des sorties de la vie active des générations issues du baby-boom.

Les nombreux départs en fin de carrière dans les prochaines années peuvent être anticipés avec un niveau d’incertitude relativement réduit, dans la mesure où les projections s’appuient sur les pyramides des âges propres à chaque métier. En revanche, compte-tenu des incertitudes qui entourent les révisions de retour à la croissance et les évolutions technologiques, les projections d’emplois sont plus fragiles. C’est la raison pour laquelle, cet exercice de prospective des métiers est décliné selon trois scénarios macroéconomiques pour les prochaines années : un scénario central correspondant à une sortie de crise progressive, contrainte par l’ajustement des finances publiques, un scénario « de crise » envisageant une dégradation tendancielle de la compétitivité, et un scénario « cible » de rebond de l’économie française.

Au-delà de l’analyse des effets différenciés de ces trois scénarios macroéconomiques, les travaux ont permis d’identifier plusieurs tendances structurelles qui gouvernent les évolutions en cours et à venir : tertiarisation et féminisation de l’emploi et polarisation de l’emploi vers les deux extrémités de l’échelle des qualifications, au détriment des métiers intermédiaires.

Ce rapport présente trois scénarios qui permettent d’apprécier les effets sur l’emploi par métier de l’évolution macroéconomique et sectorielle.
Il soulève également de nombreuses questions et propose des pistes de réflexion et d’actions, en faveur de l’apprentissage, de l’emploi des séniors, de mixité professionnelle et tire des enseignements en matière de développement des territoires.

1/ Trois grandes tendances générales pour l’emploi à l’horizon 2022 se dégagent du rapport :

- Entre 735.000 et 830.000 emplois à pouvoir par an entre 2012 et 2022
Selon les différents scénarios, entre 735.000 et 830.000 emplois seraient à pourvoir chaque année, dont environ 80% correspondent à des départs en fin de carrière (retraite). Ainsi, ce seraient entre 115.000 et 212.000 créations nettes d’emplois par an.

- Une tertiarisation des emplois
Les métiers du commerce et des services devraient continuer à se développer, avec notamment de fortes créations d’emplois dans les professions de santé (à l’exception des médecins) et de services aux personnes. On observe également un développement du secteur des services à l’industrie, particulièrement dynamique.

- Une relative polarisation vers les emplois qualifiés
Cette polarisation se traduirait par une forte progression de l’emploi dans les métiers très qualifiés (principalement les métiers de cadres), par une diminution du poids des ouvriers et des employés qualifiés et la relative stabilité de la part des ouvriers et des employés peu qualifiés.

2/ À l’horizon 2022, les cinq secteurs les plus dynamiques en termes de créations d’emplois :

- Santé, action sociale, culturelle et sportive :
2,6 millions de personnes employées dans ce secteur en 2010-2012
Créations d’emplois d’ici 2022 : + 303 000
Départs en fin de carrière : près de 549 000 personnes
Postes à pourvoir : + de 850 000
Perspectives d’emploi : très favorables

 

 

- Métiers de services aux particuliers et aux collectivités
Plus de 3 millions de personnes employées dans ce secteur en 2010-2012
Créations d’emplois d’ici 2022 : + 313 000
Départs en fin de carrière : 866 000
Postes à pourvoir : 1 200 000
Perspectives d’emploi : très favorables

 

 

- Hôtellerie, restauration, alimentation

Plus de 1,2 million de personnes employées dans ce secteur en 2010-2012
Évolution envisagée d’ici 2022 : + 150 000 (+1,2 % en moyenne par an)
Départs en fin de carrière : 225 000 personnes
Postes à pourvoir : 375 000
Perspectives d’emploi : favorables

 

 

- Informatique
Plus de 560 000 personnes employées dans ce secteur en 2012
Évolution envisagée d’ici 2022 : + 1,8% par an
Départs en fin de carrière : 81 000 personnes
Postes à pourvoir : 191 000
Perspectives d’emploi : favorables

 

 

- Gestion, administrations des entreprises
Plus de 2,5 millions de personnes employées dans ce secteur en 2012
Évolution envisagée d’ici 2022 : + 0,8% par an
Départs en fin de carrière : 614 000 personnes
Postes à pourvoir : 823 000
Perspectives d’emploi : favorables

 


3/ Zoom sur les jeunes, les seniors, les femmes et les territoires (diagnostics et pistes d’actions)

Un marché de l’emploi plus favorable aux jeunes :

Les perspectives d’emploi sont plus favorables pour les jeunes que pour les autres catégories d’âge de la population active. Elles seraient plutôt favorables aux jeunes diplômés du supérieur long, étant donné le dynamisme des professions les plus qualifiées et la part importante des jeunes débutants dans nombre de ces métiers. Néanmoins, le risque accru de concurrence entre diplômes pourrait entraîner des phénomènes de déclassement en chaîne (en particulier dans le scénario de crise) et une exclusion du marché du travail pour les jeunes les moins qualifiés.
Action : Lutter contre le décrochage scolaire et développer l’apprentissage dans les filières où il est encore peu développé.

Des perspectives contrastées pour l’emploi des seniors selon les métiers :

La question du maintien et du retour en emploi des seniors d’ici 2022 se posera de façon spécifique selon les métiers. L’amélioration de la qualité de l’emploi et la diversification des parcours professionnels pourraient particulièrement viser les métiers d’aide et de soins aux personnes. Les reconversions professionnelles concerneraient plus spécifiquement les salariés en milieu ou fin de carrière dans des métiers fragilisés (ouvriers par exemple). Cela nécessite un accès à la formation continue renforcé, notamment dans les métiers où les transformations technologiques ou organisationnelles sont rapides. Une réflexion pourrait être engagée sur l’élargissement du recrutement aux seniors dans des métiers où leur place est encore ténue (vendeurs, employés de l’hôtellerie-restauration…). Enfin, la prévention de « l’usure au travail » mériterait une attention accrue dans les métiers pénibles et présentant des risques pour la santé.
Action : Favoriser le maintien et le retour dans l’emploi des seniors

Un développement de la parité dans l’ensemble des catégories professionnelles :

Les femmes pourraient former 49,1 % de la population en emploi en 2022, contre 47,7 % en 2012, en progression ininterrompue depuis 1975. Cette progression résulterait de l’accroissement de leur part dans les métiers les plus qualifiés. Selon les projections, les créations d’emplois dans les métiers de soins et d’aide à la personne, très féminisés, devraient toujours être très dynamiques à l’horizon 2022. La mixité professionnelle, aujourd’hui faible et concentrée en bas de la hiérarchie, est un enjeu central pour élargir tant les perspectives d’emploi pour les actifs que les viviers de recrutement pour les entreprises.
Action : Favoriser le renforcement de la mixité dans les filières de formation et dans les emplois et valoriser l’accès des femmes à certains métiers aujourd’hui occupés majoritairement par des hommes.

Un risque de répartition inégale de l’emploi selon les territoires :

La fragilité des espaces ruraux, des petites villes et des villes moyennes pourrait être renforcée au regard des évolutions d’emploi projetées. En effet, les « métiers fragiles » au niveau national (métiers agricoles, ouvriers industriels, certains employés administratifs) sont davantage situés en dehors des grandes aires urbaines, les métiers à fort potentiel de création d’emplois sont plus souvent présents dans les métropoles. Si les jeunes, les cadres et les salariés de la fonction publique changent davantage de région, les seniors, les ouvriers industriels et les employés peu qualifiés ont une mobilité géographique plus faible.
Action : Opter pour une économie dynamique portée par les métropoles et mettre en œuvre des mécanismes de diffusion de la croissance sur l’ensemble du territoire

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Ugo Yaché, Journaliste UP' Magazine