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Dans ECONOMIE

L’investissement dans les énergies fossiles n’est plus du tout à la mode

Désinvestissement carbone
A l’occasion d’une conférence de presse organisée dans le cadre de la COP21 au Bourget, l’ONG environnementale 350.org a annoncé, mercredi 2 décembre, que ce sont désormais plus de 500 institutions, représentant au total quelque 3 200 milliards d’euros d’actifs, qui ont choisi de se désinvestir des énergies fossiles : gaz, pétrole et charbon.
 
Le mouvement semble en pleine dynamique. Il y a un an à peine, en septembre 2014, elles étaient seulement 181 institutions, pour un total de 50 milliards d’actifs, à se désinvestir des fossiles. Cantonné à quelques ONG, universités ou fondations, le mouvement s’étend aujourd’hui à des investisseurs, fonds de pensions et sociétés privées qui pèsent pour 95 % des « anti-fossiles ».
 
L’organisation 350.org s’en félicite, constatant que les investisseurs commencent à prendre très au sérieux le risque climatique. A titre d’exemple, The Guardian cite le président du Rockefeller Brothers Fund – le fonds de la famille Rockefeller, qui a bâti sa fortune grâce au pétrole-, explique pourquoi  son fonds entreprend un désinvestissement des énergies fossiles ; c’est selon lui  : « un impératif moral de sauver la planète », et une « rationalité économique », car « les actifs dans les énergies fossiles sont risqués et perdent de la valeur ». Il est vrai que les investisseurs voient la chute du prix du baril pétrole ne pas finir, réduisant ainsi de façon dramatique leurs actifs. L’argument économique pour le désinvestissement est donc sérieusement incitatif.
Il en est un autre que met en avant le nouveau directeur exécutif de WWF, l’ancien ministre Pascal Canfin. C’est l’argument juridique. Il prévient dans Le Monde qu’il sera bientôt possible de poursuivre en justice un fonds de pension, une banque ou une compagnie d’assurance, qui ne tiendrait pas assez en compte le risque climatique.
 
Le mouvement de désinvestissement prend de l’ampleur même s’il est encore insuffisant au regard de la masse des investissements fossiles encore réalisés à travers le monde et notamment les 450 milliards d’euros de subventions publiques accordées chaque année aux industriels du secteur.
Mais la dynamique existe et est rejointe selon 350.org par des acteurs de tous horizons. L’organisation cite ainsi dix-neuf villes françaises qui ont franchi le pas et rejoint des villes aussi diverses qu’Uppsala, Melbourne, Oslo ou Münster dans cette initiative.
Quelque chose est en train de changer. L’ONG cite la London School of Economics, Stanford, Yale, Harvard, Oxford qui ont rejoint le mouvement. Mais aussi, précise Le Monde,  le Science Museum de Londres, l’Eglise protestante de Hesse et Nassau en Allemagne, l’un des principaux fonds de pension néerlandais, PFZW, le fonds de pension norvégien – plus gros fonds souverain au monde – ou encore Allianz, la première compagnie européenne d’assurance. Les cercles financiers s’y mettent donc aussi – là encore à des degrés divers : BNP Paribas, Bank of America Merrill Lynch, Société Générale, Crédit Agricole, Natixis, l’assureur Axa, la Caisse des dépôts, et même la célèbre agence de notation américaine Standard and Poor’s, qui inclut désormais le risque climat dans ses éléments de notation.
 
Si l’on veut comprendre la trajectoire de cette dynamique, il faut en revenir aux chiffres. Les énergies fossiles représentent désormais un risque financier.  Si les décisions de la COP 21 étaient un succès, cela ferait peser sur la filière carbone un risque majeur sur des actifs qui deviendront immédiatement bloqués ou obsolètes.  Si la décision de maintenir le réchauffement climatique en dessous des 2°C était appliquée, seulement un cinquième des réserves fossiles affichées dans les bilans des industriels de l’énergie pourrait être exploité. Cela veut dire que la valorisation de ces réserves, telle qu’elle est établie aujourd’hui, se révèle de facto fausse. Or cette valorisation atteint des sommets astronomiques : elle totalise actuellement 28 000 milliards de dollars ! C’est plus de dix fois le PIB du Royaume-Uni !
 
Les investisseurs se retrouvent dans une impasse ou plus précisément dans un système de « double contrainte ». S’ils ne font rien pour éviter le chaos climatique, ils perdront du fait des énormes dégâts qui devront être financés (pensons notamment aux assurances). S’ils agissent en prenant des mesures pour désinvestir dans les industries fossiles, ils perdront aussi car leurs actifs perdront toute valeur et la bulle carbone explosera.

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L’accord climatique qui pourrait être conclu à Paris a la capacité de déstabiliser tout le secteur des énergies fossiles. Les banquiers centraux, qui ont commencé à se pencher sur cette question tentent d’analyser si on fait face à un risque systémique qui pourrait faire chanceler l'économie dans son ensemble ou si cette transition sera gérée de manière ordonnée. Des voix se font donc entendre pour que la transformation de l’économie après COP 21 se fasse en douceur. Faute de quoi, les turbulences risquent d’être sévères. Si les acteurs de la finance se font surprendre trop brutalement, les marchés risquent d’être déstabilisés violemment entraînant une crise à l’échelle mondiale.
Contre cette vision catastrophiste, une ONG comme 350.org permet d’observer que nous sommes en train de changer et qu’un nouveau système économique bas carbone s’amorce avec force. Dans ce mouvement, le secteur privé va plus vite que les gouvernements, en témoigne, parmi d‘autres, l’initiative annoncée par Bill Gates dès les premiers jours de la COP21 de créer avec d’autres leaders de la nouvelle économie, un fonds conséquent pour aider à cette mutation.

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