L'homme augmenté

Wandercraft ou comment redonner une vie ordinaire à des gens extraordinaires

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Permettre aux paraplégiques de retrouver l'usage de leurs jambes, c'est l'ambition des porteurs du projet Wandercraft, à l’origine du premier exosquelette reproduisant à l’identique les mouvements de la marche : Avec lui, des personnes paraplégiques peuvent retrouver la marche naturelle la plus avancée du monde ; plusieurs millions de personnes vont pouvoir remarcher. Et aujourd’hui, après les essais cliniques durant toute l’année 2017, pour la première fois, des paraplégiques se sont levés et ont marché dans un exosquelette sans béquilles. Nous sommes très loin de la robotique humanoïde …
 
Exit le vieux fauteuil roulant ! Atalante, en hommage à l’héroïne de la mythologie grecque que personne ou presque n'arrivait à battre à la course, vient supplanter ce bon vieil ancêtre sur roulettes. Créé par la startup Wandercraft, l’exosquelette marcheur était déjà un grand vainqueur avec le premier prix du concours de l'incubateur Centrale Paris en mai 2012, puis du concours EDF Pusle 2014 dans la catégorie Santé et de nombreux autrtes prix depuis. En septembre 2017, il bouclait un second tour de table de 17 millions d’euros et pouvait se lancer dans l’obtention des premières certifications pour commercialiser l’exosquelette sur le marché mondial des centres de soins. Une alliance homme-machine qui a un bel avenir. Surtout quand on connaît l'équipe : 35 mathématiciens, roboticiens et bio-mécaniciens du plus haut niveau. Age moyen, 29 ans.
 
 

L'innovation ne profite pas assez aux personnes à mobilité réduite

 
En France, on estime le nombre de paraplégiques à 30 000 personnes. Chaque année, 750 personnes de plus le deviennent. Dans une perspective plus large, on compte 420 000 personnes paraplégiques dans l'Union Européenne. Aujourd'hui, une personne handicapée devrait pouvoir se déplacer de manière autonome comme n'importe qui.
 
Vincent Blaclard, Alexandre Boulanger et Nicolas Simon, tous les trois étudiants à l'école Polytechnique de Paris, sont partis d'un constat simple : l'innovation ne profite pas assez aux personnes à mobilité réduite. Les fondateurs de Wandercraft entendaient donc réaliser "le rêve de pouvoir marcher à nouveau" des 30 000 paraplégiques qui vivent en France.
 
Les trois entrepreneurs ont donc imaginé des structures motorisées : le produit est un exosquelette motorisé, rapide, stable, sûr et d'usage intuitif, qui permet aux personnes paraplégiques de se tenir debout, s'assoir, se lever, marcher, monter et descendre des escaliers et ceci de façon autonome.
Placés de chaque côté des jambes, ces appareils sont contrôlés de manière intuitive par les paraplégiques qui conservent l'usage de leur buste.
Après cinq ans de développement après la création de l’entreprise en 2012, des patients paraplégiques ont remarché en essais cliniques. D'autres essais cliniques sont programmés dans les prochains mois et en 2017, les lourds exosquelettes se développent, deviennent plus fins et plus légers. Tout en améliorant leurs performances et leur sécurité.
En 2018, l’exo sera disponible en centres de médecine physique et de réadaptation, d'abord en Europe, dans le but de permettre des nouveaux traitements et des sessions plus longues et plus fréquentes.
L’équipe travaille sur l'exo personnel. Il faut lui apprendre progressivement à franchir les obstacles qui arrêtent les fauteuils roulants. Car, l’objectif est de concevoir un appareil d’accompagnement dans la vie quotidienne.
 
 

Maitriser des technologies complexes pour marcher simplement

 
Trois ruptures technologiques ont été nécessaires pour recréer la marche naturelle. Avec la première utilisation des algorithmes de robotique dynamique dans un exo. Pari technologique réussi pour imiter la marche humaine. Il s’agit ensuite du premier exo capable de répliquer les mouvements du corps humain avec 12 articulations robotisées, animées par une électronique ultra-rapide. Il possède le premier système de pilotage totalement intuitif car des micro-centrales inertielles comprennent l’intention de l’utilisateur par l’inclinaison de son buste. Un boîtier, pas plus grand qu’un smartphone, se charge d’exécuter les commandes et les algorithmes de mouvements : Pour se pencher en avant, pas besoin de manette, l'utilisateur émet l’intention et, en quelques millièmes de secondes, l’intention d’avancer se traduit en mouvement. Pour tourner, il suffit de faire pivoter ses épaules vers la droite ou la gauche…
 

Premiers essais cliniques concluants

 
Avec des médecins, des experts reconnus en Médecine Physique et de Réadaptation (MPR)  - neurologie et orthopédie - supervisent le développement depuis le début du projet, avec des professeurs comme Isabelle Laffont, Alain Yelnik et François Boyer du comité scientifique. Le professeur Nicolas Petit, directeur du Centre Automatique et Systèmes de MinesParisTech, dirige le Comité Scientifique Robotique depuis les premiers pas de Wandercraft et les travaux se poursuivent en liaison étroite avec les professeurs Jesse Grizzle, de l'Université du Michigan et Aaron Ames, de Caltech.
L’équipe travaille aussi avec des kinés experts pour valider la sécurité et les performances de l'exo et rechercher ses bénéfices pour la santé. Les premiers essais viennent de se terminer au Centre de Médecine Physique et de Réadaptation Apajh de PIonsat, en Auvergne, avec des patients atteints de paraplégie.
Ils se sont levés et ont marché pour la première fois depuis des années, en sécurité, de façon autonome et sans béquilles.
Plusieurs études cliniques sont prévues dans des grands centres de médecine physique et de réadaptation, en France et à l'étranger. Elles vont permettre d'améliorer les performances et de rechercher les effets sur la santé des patients utilisateurs.
Quant au prix de vente, il devrait approcher le prix d'un fauteuil électrique haut de gamme ou d'une voiture moyenne. 
Prochaine étape, dans quelques années : la fabrication d'une jambe de la structure motorisée. 
 
Pour en savoir plus : http://wandercraft.net/
 
 

 

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