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Clément Sanchez, lauréat du Prix François Sommer 2014

"C'est une triste chose de songer que la nature parle et que le genre humain n'écoute pas", Victor Hugo.

La chimie joue un rôle central dans la vie, dans notre vie, contribuant de façon déterminante aux besoins de l’humanité : nourriture, énergie, matières premières, médicaments, matériaux.
Clément Sanchez est le nouveau lauréat du Prix François Sommer 2014 en tant que chimiste des matériaux hybrides. Monsieur Sanchez vient d'être récompensé ce jour, jeudi 13 mars 2014, pour son approche biomimétique : il a compris que l’observation des systèmes vivants peut être source d’inspiration pour favoriser les innovations en science des matériaux réconciliant ainsi l’humanité avec la nature.

Observer et interroger la flore et la faune

Cette nouvelle approche biomimétique et/ou bio-inspirée, est une révolution car elle ne repose pas sur ce que nous pouvons prendre dans la nature, mais sur ce que nous pouvons en apprendre et bouleverse ainsi les paradigmes d’une société accoutumée à dominer la nature.
L'objectif est de favoriser l'accélération d'innovations durables par l'aide à l'identification des modèles biologiques pertinents, de repérer ce qui fonctionne et dure dans la nature après 3,8 milliards d'années de recherche, de développement et de mise à l'épreuve. Lorsque nous regardons attentivement la nature, nous nous apercevons que nombres de nos inventions existent déjà et, parfois, sous une forme plus élégante dans une économie de moyens n’affectant pas l’environnement.

L’analyse, la compréhension et in fine l’utilisation de ces concepts développés par mère nature doivent nous permettre de produire des architectures hybrides multi-échelles originales et performantes.
Face aux préoccupations écologiques et économiques qui exigent de plus en plus des matériaux qu’ils soient recyclables, biodégradables, multifonctionnels, très performants, voire " intelligents ", les matériaux hybrides fabriqués par la nature représentent à la fois un modèle, un potentiel de ressources et une source d’inspiration inépuisables.
Un des défis actuel est l’élaboration bio-inspirée de matériaux hybrides à structures hiérarchiques. A l’interface de la chimie, de la physique, de la biologie et de la science des matériaux, la chimie des matériaux hybrides intègre déjà de nombreux domaines d’application (automobile, construction, textile, cosmétique, micro-optique, microélectronique, revêtements fonctionnels, énergie, sciences environnementales et biomédicales).

L’art de la nature : élaborer des objets complexes à partir d’éléments simples

La chimie des matériaux hybrides que pratique Clément Sanchez se trouve au carrefour de la physique, de la biologie et de la science des matériaux. Elle s’inspire de cette chimie naturelle. Elle permet de concevoir des matériaux nouveaux et plus performants que les matériaux conventionnels.
Ces hybrides conjuguent la souplesse des polymères organiques, par exemple, et la résistance des verres et des céramiques. Il peuvent aussi être conçus de manière à présenter des propriétés d’auto-réparation. Ils remplacent progressivement les polymères qui ont envahi notre vie au cours du XXe siècle.

Un scientifique, autonome et créatif, qui a ouvert un nouveau champ disciplinaire

Jean-Marie Lehn, Prix Nobel de Chimie, qui a présenté Clément Sanchez au Collège de France, a souligné son goût pour l’interdisciplinarité, et plus que tout, lui adresse ce compliment : l’aventure et la créativité font aborder à Clément Sanchez des thèmes originaux et explorer de nouveaux espaces.

Clément Sanchez est un architecte-chimiste capable de trouver de nouvelles solutions dans les domaines de l’environnement, de l’énergie et de la médecine. Il imagine et réalise l’assemblage de véritables " légos chimiques" pour aboutir à des matériaux hybrides multifonctionnels, adaptatifs, autoréparables, répondant à des besoins prédéfinis.
Ses objectifs de recherche se sont orientés sur trois axes principaux :
- concevoir et élaborer des matériaux inorganiques et hybrides organiques- inorganiques originaux susceptibles d’applications dans de nombreux domaines ;
- étudier et comprendre les mécanismes de formation des nanomatériaux et de matériaux nanostructurés inorganiques et hybrides, de la molécule au produit final ;
- fabriquer sur mesure de nouveaux matériaux hybrides à structures hiérarchiques.

Un parcours non linéaire : le détour par une école buissonnière très formatrice

Après en avoir été le précurseur, Clément Sanchez est sans conteste le leader international de son domaine, celui de la chimie et de la physicochimie des solides hybrides organiques-inorganiques. Il en est arrivé là au terme d’une carrière pour le moins peu classique. Pour des raisons familiales, il interrompt le cycle normal de ses études et rentre dans le monde du travail dès 1966. Il poursuit ses études pendant son activité professionnelle, avec un baccalauréat et un Diplôme Universitaire de Technologie en Chimie (major de promotion). Admis en 1975 à l'Ecole Nationale Supérieure de Chimie de Paris, il en sort major en 1978 et rentre la même année au CNRS comme attaché de recherches. Sa thèse passée (sous la direction de Jacques Livage) et après son séjour post-doctoral à l’université de Berkeley, il devient directeur de recherches au CNRS et reçoit en 1995 la Médaille d’Argent du CNRS.
Clément Sanchez franchit toutes les étapes de l’échelle du CNRS et parallèlement enseigne comme professeur chargé de cours à l’École polytechnique. Il dirige le laboratoire de Chimie de la Matière Condensée à l’Université Pierre et Marie Curie de 1999 à 2013.

Une forte reconnaissance internationale

Membre de plusieurs académies, son activité de recherche s’est traduite par de nombreuses publications et distinctions. Le Web of Science l’a récemment classé premier français dans la discipline "Materials Science".
Ses travaux fondamentaux engagés sur les Matériaux Hybrides depuis plus de vingt ans ont donné lieu à de nombreuses applications dont certaines sont commerciales. Responsable de nombreux contrats industriels (Rhodia, Saint-Gobain, IFP, Corning, Protex, Rhône-Poulenc, Bouygues, Lafarge, l’Oréal, CEA, EADS, Sumitomo, Air liquide, Chryso, Solvay, SARP, PSA…), sa contribution à la valorisation des recherches sur les matériaux hybrides lui a permis de déposer plus de 50 brevets dont la majorité a une extension internationale. Certains de ces travaux ont donné lieu à un développement au niveau commercial (vernis photochromes, nano-membranes, produits cosmétiques), d’autres ont donné naissance à de nombreux brevets "d’application" déposés en interne par les entreprises.

Récipiendaire de nombreux prix dont le prestigieux International Gay-Lussac-Von Humboldt Award, Guest Professor dans plusieurs Universités en Chine à Jilin et Wuhan (2009), il a été nommé membre étranger à la Real Academia Nacional de Farmacia en 2011 (Espagne) et membre de lEuropean Academia of Sciences en 2010. En 2011, il est le 19e chimiste à rentrer au Collège de France depuis sa création en 1530 et l’Académie des Sciences française l’accueille en son sein.
Plus récemment il est devenu membre de l’Academia Europaea, 2012 et a été nommé Fellow de la très sélective Materials Research Society américaine en 2012.

A propos du Prix François Sommer Homme et Nature

Philippe Dulac, président de la Fondation François Sommer, a donc remis ce jeudi 13 mars 2014 pour la première fois le Prix François Sommer Homme et Nature dans les salons de l’hôtel de Guénégaud, à Paris, en présence des membres du jury (Yves Coppens, Pierre Corvol, Renaud Denoix de Saint Marc, Christian Dumas, André-Laurent Parodi, Yves Pouliquen, Hugues de Saint Simon, Claudine Tiercelin, Cédric Villani).

La Fondation François Sommer pour la chasse et la nature est reconnue d’utilité publique (FRUP), par décret du 30 novembre 1966.
La Fondation François Sommer dispose d’un « pôle culture » organisé autour de son musée, le musée de la Chasse et de la Nature (Musée de France). Elle mène un grand nombre d’actions de mécénat et de soutien aux artistes vivants. Depuis 1980, elle remet un prix littéraire saluant une oeuvre qui contribue à la promotion de ses valeurs.
La Fondation François Sommer possède également un « pôle nature » qui coordonne l’ensemble des actions qu’elle conduit en ce domaine.
Elle est dite « opératrice », parce qu’elle mène – seule ou en partenariat – des missions de gestion de la biodiversité en France et en Afrique. Elle est également distributrice, par l’aide qu’elle apporte à des projets de cette nature, en France et à l’international.
Dans le cadre de ce second pôle a été créé en 2012 un prix scientifique pour l’homme et le développement durable : le Prix François Sommer Homme et Nature.
Ce Prix honore une oeuvre novatrice, contribuant d’une manière remarquable au développement durable et à la réconciliation de l’homme avec la nature.
Ce prix est biennal et doté d’un montant de 50 000 €. La pluridisciplinarité des sciences mises en oeuvre est l’un des principaux critères de sélection pour l’attribution du prix. L’oeuvre doit faire appel aux connaissances développées par les sciences de la nature (physique, chimie), les sciences du vivant (biologie) et les sciences de l’homme (philosophie, sociologie). En outre, l’oeuvre primée peut faire appel à la création artistique.
(Source : Fondation François Sommer Homme et nature - 14 mars 2014)