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Les produits biosourcés sont-ils durables ?

bio innovations
L’utilisation de la matière végétale comme source première de produits chimiques est une pratique ancienne et qui s’est accrue au moment de la révolution industrielle. Déjà intégrée dans de nombreux produits de la vie quotidienne comme les produits d’hygiène et d’entretien, les films plastiques et emballages, la chimie du végétal contribue à répondre aux enjeux énergétiques, environnementaux et sociétaux que la société et les industriels doivent relever rapidement.
Photo : Construction d'une église en matériaux biosourcés par  la société Karibati 
 
La chimie du végétal vise à utiliser la biomasse (plantes entières ou résidus) tels que céréales, pommes de terre, betteraves, huiles, bois, … pour la fabrication de produits chimiques et de matériaux. Les végétaux offrent l’avantage d’être renouvelables et nous permettent de réduire nos émissions de gaz à effet de serre, ainsi que notre dépendance face aux matières première fossiles. Elle intègre les agro-industriels qui vont proposer une large gamme de produits à des clients industriels, les industriels de la chimie et de la transformation/formulation capable de fabriquer des intermédiaires chimiques, des résines et des matériaux biosourcés – présents dans les produits de grande consommation - et enfin, les distributeurs qui approvisionnent les différents marchés applicatifs (cosmétique, construction, transport…).

Diminuer l’impact environnemental des productions

Soucieuse de son impact sur l’environnement, la chimie du végétal entend être durable. Elle a intégré de longue date des démarches d’analyse de cycle de vie (ACV), critère pris en compte dès la conception des produits. C’est par exemple le cas du polyamide 11, produit à partir de ricin qui est utilisé dans de nombreux secteurs (emballage, automobile,..). Cette analyse consiste à compiler et à évaluer les intrants, les extrants, et les impacts environnementaux potentiels d’un système de produits au cours de son cycle de vie. Le résultat permet pour l’industriel de quantifier étape par étape du procédé son impact environnemental et de contribuer de façon continue à son amélioration.
 
A l’heure de la transition énergétique, la chimie du végétal est un moteur incontournable de la bioéconomie qui offre de nouveaux débouchés. La chimie du végétal propose des alternatives à certaines molécules aux nouvelles fonctionnalités, à partir de substrats végétaux. Par exemple, des plastifiants biosourcés de nouveau à base d’huile de ricin peuvent rentrer dans la composition de revêtements de sol, revêtements de plus en plus utilisés dans les milieux sensibles (créches, hopitaux,…), en substitut aux phtalates (connus pour être des perturbateurs endocriniens).
S’appuyer ainsi sur la valorisation des ressources renouvelables permet de s’orienter davantage vers une économie circulaire. Les déchets végétaux, les déchets ménagers et industriels peuvent ainsi être valorisés avec divers bénéfices :  préservation des ressources, réduction de l’impact environnemental, gains en compétitivité et création d’emplois sur les territoires.

Cumuler les atouts : gains économiques et écologiques et développement local

Enfin, l’un des enjeux majeurs de la chimie du végétal repose sur la capacité à implanter davantage de bioraffineries dans les territoires. Sur un même site, la bioraffinerie regroupe des unités complémentaires en termes de ressources, de technologies et de produits finaux. Le co-produit de l’une devient la matière première de l’autre. Par exemple, l’eau issue de la betterave utilisée pour fabriquer le sucre va alimenter l’amidonnerie, forte consommatrice en eau.
 
Eric Firtion, président de l’Association Chimie du végétal *
Article issu de l'intervention du 15 sept 2016 lors du FESTIVAL VIVANT
 
* Créée en 2007, l’Association chimie du végétal rassemble aujourd’hui près de cinquante acteurs industriels et organisations professionnelles. La volonté de l’association est de porter haut et fort, en France et en Europe, la voix d’une chimie durable et complémentaire à la chimie « base fossile » afin de concevoir des produits chimiques et des dérivés à partir de ressources végétales. Cette filière peut s’appuyer, en France, sur une agriculture forte (la première en Europe) et une industrie chimique puissante (la seconde après l’Allemagne).