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Ces objets connectés proposent de nous mener vers le transhumanisme

transhumanisme et objets connectés

Vous n’avez plus besoin de vous tourner vers la science-fiction pour trouver des cyborgs. Nous en sommes tous, maintenant. Les téléphones mobiles, les capteurs d’activité, les stimulateurs cardiaques, les implants mammaires et même les patchs d’aspirines, tous sont comme des extensions biologiques, cognitives ou sociales de notre corps, et tendent à l’augmenter. Certains ont même prédit que les humains tels que nous les connaissons aujourd’hui seront remplacés par des êtres techniquement améliorés, des cyborgs à l’image de dieux immortels. Ou au moins pour les gens riches.

La prochaine génération des technologies nomades et portables est conçue pour nous amener un pas plus loin dans cet avenir prédit. Nous sommes confrontés maintenant à des technologies bioniques internes au corps, riches en données, qui peuvent changer pour toujours ce que cela signifie d’être humain.

La société Athos prévoit de lancer des vêtements sportifs qui mesurent l’activité musculaire, le rythme cardiaque et la respiration en temps réel. Son service marketing encourage les consommateurs à « se mettre à niveau » et devenir « la version idéale » d’eux-mêmes. Ce faisant, Athos révèle clairement sa position transhumaniste : l’idée que la technologie emmènera notre espèce vers la prochaine étape de son évolution.

En coopération avec le fabricant de jeans Levi Strauss & Co, Google développe des vêtements qui interagissent avec vos appareils. Avec leurs surfaces tactiles, les vêtements seront en mesure de contrôler les gains de poids, comprendre vos gestes, passer des appels téléphoniques et plus.

Les capteurs de fitness et d’activité que nous connaissons pourraient bientôt être dépassés par les bracelets biométriques qui peuvent mesurer ce qui se passe à l’intérieur de votre corps. Les chercheurs de l’Echo Labs travaillent actuellement sur une bande biométrique qui peut mesurer votre oxygène, le dioxyde de carbone, le pH, l’hydratation et les niveaux de pression artérielle via des signaux optiques.

Plusieurs initiatives sont encore en cours pour créer des technologies implantables, qui pourraient essentiellement augmenter la biologie humaine. Des micropuces internes et des tatouages numériques pourraient remplacer les bracelets intelligents, les dispositifs de paiement et d’autres objets similaires dans les prochaines années.

Cependant, la question qui est souvent posée est la suivante : « Comment pouvons-nous nous sentir avec de la technologie sur (ou dans) notre corps 7 jours sur 7, 24h sur 24 ?"

Toujours allumé, toujours sur moi

Nous avons récemment mené une étude avec 200 femmes qui portaient un capteur d’activité Fitbit. Elle a révélé que la plupart des utilisatrices ont adopté le dispositif comme s’il était parti d’elles-mêmes et ont cessé de le traiter comme une technologie externe. Il était « toujours allumé, toujours sur moi ». 89 % des participantes le portent presque constamment, ne l’enlèvent que pour recharger la batterie.

Nous avons également constaté que le Fitbit participait activement à la vie quotidienne. Il a eu un impact profond sur la prise de décision des femmes en termes de régime alimentaire, d’exercice et de la façon dont elles ont voyagé d’un endroit à un autre. Presque toutes les participantes (91 %) ont pris une route plus longue pour augmenter leur nombre de pas et la quantité d’exercice hebdomadaire réalisée (95 %). La plupart (56 %) a augmenté leur vitesse de marche pour atteindre leurs objectifs Fitbit plus rapidement. Nous avons également vu un changement dans les habitudes alimentaires vers des aliments plus sains, des portions plus petites et moins de plats à emporter (76 %).

 

Une menotte ? 

La plupart des femmes de l’étude ont pensé qu’il était important de quantifier leurs activités quotidiennes (88 %) et vérifier leur tableau de bord de progression plus de deux fois par jour (84 %). L’objectif était de recevoir de gratifiants « Hourra » et des messages comme « Championne ! » quand un objectif a été atteint. Une personne a même dit : « j’aime ma Fitbit Flex parce que c’est comme si l’on me donnait une tape amicale dans le dos tous les soirs. »

Nous étions particulièrement intéressés de savoir comment les femmes jugeaient leur Fitbit. Pour beaucoup, il a été considéré comme un ami qui les aidait à atteindre leurs objectifs (68 %). Atteindre les objectifs quotidiens a créé des sentiments de bonheur (99 %), d’autosatisfaction (100 %), de fierté (98 %) et de motivation (98 %). Une bonne journée où le programme a été atteint les a fait aimer Fitbit encore plus (96 %). La plupart (77 %) d’entre elles seraient même rentrées à la maison pour aller chercher leur Fitbit si elles l’avaient quitté sans lui.

Le côté sombre

Mais, en analysant ces résultats, nous avons commencé à remarquer que la relation n’était peut-être pas aussi pure et sans problème que pensé à l’origine. L’idée que la technologie est à la fois libératrice et oppressive, d’abord articulée par le philosophe Lewis Mumford dans les années 1930, a commencé à émerger. Lorsque nous avons demandé aux femmes comment elles se sentaient sans leur Fitbit, beaucoup ont déclaré se sentir « nue » (45 %) et que les activités qu’elles menaient, gaspillées (43 %). Certains se sentaient même moins motivés pour faire de l’exercice (22 %).

Peut-être plus inquiétant, beaucoup se sont senties sous pression pour atteindre leurs objectifs quotidiens (79 %) et ont ressenti que leurs routines quotidiennes étaient contrôlées par Fitbit (59 %). Ajouter à cela que près de 30 % estimaient que Fitbit était un ennemi et les faisait se sentir coupables, et tout à coup, cette technologie ne nous semble pas si parfaite.

Les technologies portables peuvent avoir un impact positif sur la façon dont nous menons nos vies, en nous donnant un aperçu de nous-mêmes et en nous permettant d’interagir avec notre environnement de façon nouvelle. Cependant, il est également clair que lorsque nous invitons la technologie à investir notre corps, nous devons être prêts à partager avec elle les prises de décision quotidiennes. Comme ces dispositifs captent nos moindres mouvements, nous allons de plus en plus les entendre nous dire quoi faire et quelle est la meilleure façon de se comporter et de communiquer avec les autres.

Pour l’instant, nous croyons que les objets connectés peuvent être nos compagnons, mais les premiers signes d’une prise de contrôle par la technologie sont là. Cela questionne la durabilité de notre relation actuelle avec ces dispositifs. Que nous le voulions ou non, nous sommes lentement, mais sûrement, en train de se transformer en une nouvelle espèce humaine. Je vous présente : Homo cyberneticus.

Rikke Duus, Senior Teaching Fellow in Marketing, UCL et Mike Cooray, Professor of Practice, Hult International Business School

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

The Conversation